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L’Ébola recule, mais son impact économique subsiste

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  • L’épidémie d’Ébola recule, laissant derrière elle de profondes séquelles économiques

  • La chute des prix des produits de base pénalise la reprise

  • Des investissements d’infrastructures sont nécessaires pour stimuler la croissance

Les ministres des finances de trois pays fragiles d’Afrique subsaharienne indiquent que leurs pays ont du mal à rétablir la situation économique.

Lors d’une conférence de presse à l’occasion des Réunions de printemps du FMI et de la Banque Mondiale à Washington, les ministres des finances du Libéria, de la République centrafricaine et de Madagascar ont précisé que l’atonie de l’économie mondiale rendait d’autant plus difficile le redressement de leur pays.

M. Abdalla Kadre Assane, de la République centrafricaine, a ajouté qu’après au moins trois années d’insécurité massive, le pays est dépourvu des ressources nécessaires pour stabiliser ses institutions à l’approche des élections parlementaires prévues pour août. M. Gervais Rokotoarimanana a annoncé que Madagascar sollicitera l’aide du FMI au titre de la facilité élargie de crédit pour aider le pays à se remettre d’une crise politique qui s’est dénouée en janvier 2014.

Mais le problème le plus pressant est l’Ébola. «Cette épidémie a ravagé notre économie au-delà tout ce que l’on peut imaginer, expliquait Amara Konneh, Ministre des Finances du Libéria.

Le Libéria, a ajouté M. Konneh, a réussi à surmonter la crise, et les autorités espèrent pouvoir déclarer d’ici le 15 mai que le pays s’est affranchi de l’Ébola, mais les ravages de la maladie sont terribles. «Notre système sanitaire s’est littéralement effondré, il faut tout reconstruire pour retrouver notre résilience. Il faut que les enfants retournent à l’école; nous n’avons jamais eu autant d’orphelins, de veuves et de veufs. Alors nous réaffectons des budgets, nous faisons des arbitrages difficiles – mais les besoins sont trop importants, et nos ressources n’y suffisent pas».

Épuisement des ressources

L’Ébola, expliquait M. Amana Konneh, a aussi eu pour effet d’isoler le Libéria du reste du monde. La pandémie a bloqué les importations, les exportations et les déplacements, au point que le gouvernement a été contraint d’acheter davantage de biens et des services «pour prévenir l’effondrement total du pays».

«Tout le monde nous fuyait. Nous avons donc dû prendre des mesures budgétaires et monétaires pour maintenir la stabilité macroéconomique».

Dans le même temps, les projections de croissance des trois pays les plus gravement touchés par l’épidémie d’Ébola ont été fortement révisées à la baisse, et la situation actuelle de l’économie mondiale, a ajouté M. Konneh, avec notamment le ralentissement de la Chine, ne facilitera pas le retour de la croissance aux niveaux d’avant la crise.

«Après être descendus à 1 %, nous voulons retrouver une croissance de 6 % le plus rapidement possible. Et pour cela, il nous faut investir dans des activités qui vont diversifier l’économie. La baisse des prix des produits de base liée au ralentissement de la croissance mondiale a fortement pénalisé nos principales matières premières comme le minerai de fer et le caoutchouc».

Retombées du fléchissement de la croissance en Chine

MM. Assane et Rokotoarimanana se sont dit eux aussi préoccupés par l’impact du ralentissement de l’économie chinoise, pas seulement en raison de son impact sur les prix des produits de base, mais aussi parce que la Chine prend part à des projets d’amélioration d’infrastructure dans leurs pays. M. Rokotoarimanana a indiqué que Madagascar attendait d’autres investissements chinois, mais que ces projets sont actuellement en attente.

«La Chine a construit des hôpitaux, des équipements culturels, et nous espérions qu’elle nous aiderait à reconstruire notre infrastructure routière».

Les trois ministres des finances s’accordent à dire que l’investissement d’infrastructure est la clé de la croissance économique. M. Konneh a précisé que le principal obstacle au développement économique de la région est le manque d’alimentation électrique fiable à bon prix. Les pays ne seraient pas si dépendants des exportations de matières premières vers la Chine, s’ils pouvaient produire eux-mêmes des produits manufacturés.

«Nous avons des matières premières, mais nous ne pouvons pas ajouter de valeur à ces matières premières car nous n’avons pas d’électricité».