Kenya

Le boom humanitaire du téléphone portable

Richard Etienne

12 août 2008 - GENEVE - Le potentiel humanitaire des téléphones portables, surprenant, est de plus en plus exploité. Au Kenya par exemple, les ONG les utilisent pour envoyer de l'argent aux nécessiteux. Inventaire des fonctions solidaires du mobile.

Bip-bip ! Les sonneries des portables qui commencent à résonner bien souvent dans les bidonvilles et les campagnes kenyanes pourraient être plus heureuses. Et pour cause, elles riment fréquemment avec argent. M-pesa, la dernière nouveauté de Safaricom, la compagnie locale de télécommunication, permet les transferts d'argent via le mobile et n'exige nul compte ou carte bancaire. Le principe est si simple : on charge sa carte SIM en déposant du cash auprès des innombrables points M-pesa de la rue, on indique ensuite le montant sous la rubrique « transfert d'argent » de l'appareil, on tape le numéro du destinataire et on envoie. Le receveur n'aura plus qu'à récolter le cash auprès d'un agent M-pesa.

M-pesa. Tout le monde s'y met au Kenya si bien que le modèle ne devrait pas tarder à dépasser les frontières nationales. Les dernières en date à utiliser M-pesa sont les ONG, elles qui sont constamment à la recherche du meilleur rapport efficacité - prix. « Nous nous sommes mis à utiliser le portable pour envoyer de l'argent aux victimes de la crise qui a frappé le pays après les élections. Elles peuvent ainsi avoir un accès facile au cash et acheter beaucoup plus vite ce dont elles ont besoin, » expliquait Anne O'Mahony de l'ONG Concern Worldlife à IRIN au début du mois. Les déplacements, coûteux, sont évités et l'aide arrive. « C'est tellement mieux comme ça : c'est moins cher et, comme les biens ne sont plus distribués mais achetés, ça développe les commerces. »

3,5 milliards de téléphones portables sont utilisés aujourd'hui dans le monde. Plus de la moitié des gens en a un selon un nouveau rapport cosigné par Vodafone et l'ONU. Au Kenya, présent dans la plupart des familles, il peut avoir un impact très important. Et les ONG, s'en rendant compte, ont de plus en plus recours au nouvel outil du bénéficiaire pour l'aider.

Les portables et les réseaux téléphoniques sont souvent présents là où les docteurs ne sont pas. Dans le district de Mbale, en Ouganda, pour 15'000 personnes, il n'y a qu'un seul médecin. L'accès à d'autres sources médicales étant essentiel, l'organisation américaine AED-Satellife a décidé d'offrir des consultations téléphoniques. Un succès immédiat.

En Iraq, le Programme Alimentaire Mondial (PAM) envoie des sms aux réfugiés pour leur dire où et quand il distribue ses vivres. « Les numéros de portables sont demandés aux centres de distribution. Ce système permet d'atteindre tellement plus de gens, » explique Haitham El Noush, du PAM, dans le rapport de l'ONU. Auparavant, il demandait aux ONG locales de prévenir les gens. « C'était compliqué car elles avaient peu de contacts avec les gens. »

Au Kenya, une ONG locale, PeaceNet, a envoyé des sms de prévention pendant la crise. Et de leur côté, les gens pouvaient avertir l'ONG des violences. « Ces sms nous tenaient au courant des violences, ce qui était essentiel car le gouvernement avait interdit tout reportage sur les violences, » dit Barasa Mang'eni de PeaceNet.

En Argentine, des sms incitent les membres des campagnes de Greenpeace aux actions. « Les mobiles, beaucoup plus que les autres medias, poussent à l'action. Ils sont beaucoup plus efficaces », note le rapport de l'ONU. C'est particulièrement vrai quand il s'agit de récolter des fonds. Après le tsunami de l'océan Indien de 2004, des millions de dollars ont été récoltés grâce aux sms.

Entre prévention, alertes, conseils, transfert d'argent, appels et sensibilisation, le téléphone portable s'impose de plus en plus comme l'outil indispensable des humanitaires modernes. Selon Michael Joseph, CEO de Safaricom, la possibilité d'avoir un portable, du crédit pour moins d'un dollar, un accès à l'information et à de l'argent, « a été beaucoup plus bénéfique aux Kenyans que l'aide du secteur des ONG. »