Indonesia

Indonésie : Seize jermal reconstruits en mer d'Aceh, projet pilote de la CRF

Source
Posted
Originally published
Dimanche, dans le village de Lancang, près de Sigli, 16 pêcheurs ont reçu l'équipement nécessaire à la reconstruction de jermal, larges échafaudages en bambou soutenant des filets de pêche et placé à 300 mètres du bord de mer.

La communauté des pêcheurs de Lancang est rassemblée devant la mosquée du village. Lahmuddin, 54 ans, père de quatre enfants, est appelé par un membre de la Croix-Rouge. Il présente sa carte d'identité, puis s'avance vers la tente pour prendre son kit : deux gros sacs contenant cordes, fils et filets, qu'il transporte en brouette. « La pêche par Jermal est la seule chose que je sais faire dans la vie. J'ai appris tout petit. Depuis le Tsunami, je ne vis que grâce aux aides. C'est un grand jour pour moi. »

Seize personnes du village de Lancang ont ainsi été sélectionnées par la Croix-Rouge Française et la PMI (Croix-Rouge Indonésienne) pour bénéficier de ce projet pilote. « Nous allons suivre le bon fonctionnement de son application et si tout se passe bien, nous l'étendrons aux villages voisins », explique Christophe Perruchot, chef de mission Indonésie. La fabrication d'un jermal coûte en tout 11 millions de roupies, un investissement inaccessible pour ces pêcheurs modestes qui n'ont plus de revenus depuis le raz-de-marée. Les jermal sont souvent obtenus par héritage, améliorés et agrandis au fil des années ; les seuls frais engagés portent sur la maintenance des filets et les réparations de la structure. Comme il est fréquent, Lahmuddin partage la propriété de son jermal avec son ami, Moktar. Les revenus de leur pêche, environ 100.000 Rp par jour, sont répartis équitablement.

De la méthode

L'application du programme jermal se déroule par étape : aujourd'hui, les bénéficiaires se voient remis de quoi assembler leurs filets de pêche. Une fois ce travail terminé, dans quinze jours, la CRF leur remettra un bateau (en construction chez un fournisseurs) et les éléments nécessaires à la construction du jermal en lui-même. « Nous procédons ainsi pour stimuler les bénéficiaires et être sûrs que le programme sera terminé dans les trois mois, explique Nadica Rinic, coordinatrice pour les projets de relance économique. « Tout notre travail préparatoire part des habitants. Ils connaissent mieux leurs besoins que nous, pour les programmes de relance économique, nous menons des interviews, croisons les informations et s'il y a des différences, nous ajustons avec les autorités locales, explique Nadica. L'important est d'arriver à des kits standards pour que tout le monde obtienne la même chose et ne pas créer de jalousie ».

Des projets modestes mais efficients

Jusqu'à maintenant, la CRF privilégie des projets modestes, mais rapidement mis en place et ayant un impact direct sur les bénéficiaires. En plus du projet jermal, deux autres projets de relance économique doivent voir le jour dans les semaines à venir, le projet krupuk (chips locales) et tikar (natte de pailles tressées). « Ces programmes ne demandent pas beaucoup d'investissements humains et financiers. Mais en quelques jours, les familles retrouvent une source de revenu régulier, » explique Christophe. Le projet krupuk consiste à fournir des instruments de cuisine à plus de 240 femmes de Mantak Raya et Peukan Tuha, près de Sigli qui fabriquent ces chips locales. Pour le projet tikars, encore en cours d'évaluation, le principe est le même. Les bénéficiaires devraient représenter plusieurs dizaines de mères de famille. La CRF inclut à chaque fois la matière première nécessaire à la reprise de la production. En parallèle, la Croix-Rouge Française prépare un plan beaucoup plus ambitieux destiné à la réhabilitation de 350.000 hectares de bassins d'aquaculture, prévu pour juillet. Ces programmes sont très attendus par les victimes du tsunami, lassées d'être en position d'assistées et aspirant à retrouver leur travail. Christophe conclut : « Les gens ici ont les compétences et l'expérience de leur travail. Nous n'avons rien à leur apprendre. Ce dont ils ont besoin, c'est de fonds pour repartir, des instruments nécessaires à leur profession et d'un peu d'encadrement. »

Gilles Lordet