Indonesia

Indonésie : La phase de reconstruction en question

Format
News and Press Release
Source
Posted
Originally published
Pour plus de 500,000 sans-abri, l'aide humanitaire internationale est le seul espoir de retrouver un toit. Les programmes de reconstruction se mettent en place. La tâche est immense : plus de 300 000 maisons et un tiers des écoles sont à reconstruire, ainsi que des dizaines de ponts et de routes.

Des populations prêtes

M. et Mme Murafal ont plus de cinquante ans. Ils habitaient au nord de Meulaboh, à Cuak Mitah, petite ville côtière à laquelle on accède par une mauvaise route en pierre. La moitié de la population a été tuée par le Tsunami. Aucune construction n'a tenu.

Ce n'est pas avec leur maigre salaire de fonctionnaires que les Murafal pourront reconstruire leur maison : « Nous avons mis plus de dix ans à la payer. Elle nous a coûté 200 millions de roupies (16 000 euros). Maintenant, nous n'avons plus que le scooter que j'utilise pour aller au bureau » raconte M. Murafal. Sa femme enseigne à l'école municipale, récemment réaménagée par l'Unicef. Leur fille de 12 ans n'entrera plus en classe : « Nous revenions de Meulaboh quand le raz-de-marée a englouti la ville. Nos deux filles étaient à la maison. L'une a disparu. La seconde, qui a survécu, a été emportée sur cinq kilomètres. » Recueillis par des parents, ils attendent d'être relogés dans un camp semi-permanent. Ils ne peuvent s'empêcher de repasser presque chaque jour devant leur pavillon.

Sharial, la trentaine, coordinateur d'un camp, revient aussi régulièrement dans son ancien quartier de Benteng, dans les faubourgs de Sigli, sur la côte nord d'Aceh. Dans une petite échoppe qu'a récemment rouvert M. Ibrahim, il retrouve des voisins rescapés : « On vient ici voir ce qu'on peut faire », dit Sharial sans trop y croire. Même s'ils se savent impuissants devant l'ampleur des dégâts, ces hommes reviennent chez eux comme aimantés par leurs anciens quartiers.

La phase de reconstruction

Les quartiers rasés de Meulaboh, de Sigli ou de Banda Aceh offrent tous le même spectacle de désolation. Dans les décombres, dont le nettoyage a déjà bien avancé, on voit des panneaux plantés dans le sol faisant office d'acte de propriété. Etablir un plan des sols est la première grande difficulté de la phase de reconstruction : qui possède quel terrain, et comment le prouver ? Car les actes de propriétés sont pour plupart perdus. La Banque mondiale prévoit un large programme incluant l'historique fiscale des individus, photos satellite et parfois la simple mémoire des villageois pour redéfinir les plans des sols. Ce travail pourrait durer plusieurs mois.

En outre, le gouvernement indonésien a donné le départ de la phase de reconstruction fin avril avec la création du Bureau de Reconstruction et de Réhabilitation, dont le rôle est de coordonner les programmes de l'aide international et d'organiser les appels d'offre auprès des entreprises. Plusieurs plans sont déjà en place.

Le Mouvement de la Croix-Rouge de son côté lance d'importants projets. Au sud de Nias, les Croix-Rouge Belge, Espagnole et Hollandaise s'associent pour la reconstruction dans les zones les plus touchées par le tremblement de terre du 28 mars : un prototype de maison standard en bois, reprenant le modèle traditionnel mais incorporant des caractéristiques antisismques, a été couché sur le papier. Au sud ouest d'Aceh, plusieurs Croix-Rouge coordonnent leurs efforts pour la réhabilitation et le développement de trois districts ; la Croix-Rouge Française participe à ce programme en se concentrant sur les centres médicaux. Au nord est, à Sigli, plusieurs projets de reconstruction d'écoles et d'un bâtiment de la Croix-Rouge Indonésienne sont à l'étude également par la mission CRF.

Les Murafal espère bénéficier de ce véritable plan Marshall prévu pour l'Indonésie. En nous montrant ce qu'il reste de leur maison, nous décrivant les pièces où ils y vivaient, ils nous sourient, se voulant aimables avec des étrangers qui s'intéressent à leur sort. Leur humeur joyeuse pourrait faire croire qu'ils ont fait leur deuil et que, pour eux, la vie continue. Il ne faut pas s'y tromper : derrière les sourires, les visages sont tendus, les traits sont tirés. La douleur est bien là, cachée sous une incroyable pudeur.

Gilles Lordet