Haiti

Une reconstruction au ralenti: Deux ans après le tremblement de terre

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Introduction

Le tremblement de terre qui a secoué Haïti le 12 janvier 2010 a donné lieu à l’une des plus grandes et complexes situations d’urgence de l’Histoire. Pour y remédier, les agences humanitaires ont entrepris l’une des plus importantes et plus difficiles opérations jamais lancées, principalement dans une zone densément urbanisée.

Avant ce tremblement de terre, Haïti était plongé dans une crise structurelle de longue durée – une « crise de pauvreté », comme l’a expliqué à Oxfam un conseiller présidentiel de haut niveau (voir l’encadré 1). Presque 80 pour cent des Haïtiens vivaient en-dessous du seuil de pauvreté et le pays affichait la pire inégalité de revenu de l’hémisphère Ouest. La plupart des personnes économiquement actives travaillaient soit comme petits agriculteurs, soit dans l’économie informelle. La violence fondée sur le genre était endémique et les femmes avaient un accès inférieur à l’éducation et aux opportunités économiques par rapport aux hommes. Depuis la déclaration d’indépendance en 1804, l’État haïtien a maintenu les privilèges d’une petite élite aux dépens de la majorité, provoquant ce que Robert Fatton, professeur de sciences politiques, a décrit comme un « gouffre entre dirigeants et dirigés, riches et pauvres ».

Deux ans se sont écoulés depuis le séisme, mais plus de 519 000 Haïtiens vivent encore dans des tentes et sous des bâches dans 758 camps, principalement à Port-au-Prince et ses environs ; la moitié des décombres n’ont toujours pas été déblayés ; le choléra a tué des milliers de personnes et constitue une importante menace pour la santé publique ; rares sont les Haïtiens qui peuvent accéder aux services de base ; une grande partie de la main-d’oeuvre est soit au chômage soit sous-employée ; 45 pour cent de la population est confrontée à l’insécurité alimentaire ; et les élections, suivies d’une impasse politique entre le nouveau président et le parlement, ont entravé les progrès de la reconstruction.

Les efforts d’assistance humanitaire d’urgence ont permis de sauver des vies et de fournir des services de base à plus d’un million de personnes mais, depuis, les progrès réalisés pour satisfaire les besoins à long terme des Haïtiens ont été insuffisants. La communauté internationale a fait preuve d’une extrême lenteur au moment defournir les milliards de dollars promis pour la reconstruction en mars 2010, et n’a pas non plus répondu de manière satisfaisante aux appels à l’assistance humanitaire lancés par les Nations Unies. De nombreuses ONG ont entamé la transition du travail humanitaire au travail de développement, laissant parfois un « trou » au niveau de la prestation de services. La Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti (CIRH) – qui se compose de représentants du gouvernement, de la société civile et de bailleurs de fonds – a tenté de garantir un processus de reconstruction cohérent, mais n’a pas beaucoup renforcé la capacité du gouvernement et, durant son mandat, n’a pas contribué à mettre en place la structure devant lui succéder, l’Autorité pour le développement d’Haïti (ADH).

La présente note d’information constitue une mise à jour du document de 2011 d’Oxfam « De l’urgence au relèvement », publié un an après le séisme15. Elle traite des changements requis pour mettre Haïti sur le chemin de la reconstruction et du développement durables, de la justice sociale et d’un avenir meilleur. Elle porte plus précisément sur les questions de gouvernance et le rôle de la société civile haïtienne, du gouvernement et des organismes associés (comme la CIRH), des bailleurs de fonds et des ONG (nationales et internationales) dans la reconstruction, et en particulier au moment de garantir la prestation adéquate de services de base (eau, assainissement, logements) et des moyens de subsistance durables (opportunités d’emploi et protection sociale).