1. CONTEXTE OPÉRATIONNEL
Les violences basées sur le genre (VBG), qui regroupent le viol, l’agression sexuelle, la violence physique, le mariage forcé, la violence psychologique et le déni des ressources, représentent actuellement un des problèmes majeurs de la protection dans la crise humanitaire en cours en Haïti. En effet, le pays traverse depuis 2021 plusieurs crises politiques et humanitaires, avec l’assassinat du président Moïse ainsi que le tremblement de terre qui a touché les départements du Sud, de Grand’Anse et de Nippes. Les conséquences néfastes de ce tremblement de terre continuent jusqu’à présent à se faire sentir dans cette partie du pays.
Quant à l’assassinat du président Moïse, il a créé un vide politique et sécuritaire dans lequel les différents gangs armés se sont vite engouffrés afin d’étendre leurs zones de contrôle dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince.
Les principaux acteurs des VBG sont ces gangs armés opérant principalement dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince et dans la partie sud de l’Artibonite. Les femmes et les filles sont aussi les principales victimes de ces VBG. En effet, les gangs armés contrôlent 80% de la capitale, Port-au-Prince, et ont étendu leurs activités criminelles à travers le pays notamment dans le département de l’Artibonite. Dans une étude plus récente sur la violence basée sur le genre à cite Soleil (ONUFEMMES, Mai 2023) a constaté que les VBG et la violence sexuelle s’est considérablement intensifié à Port-au-Prince ces dernières années alors que les gangs se sont multipliés et ont pris un large contrôle sur les communautés. Les affrontements entre gangs armés, y compris les tentatives de prise de contrôle du territoire ont largement affecté la sécurité, en particulier pour les femmes et filles. Ces dernières n’ont pas accès aux premiers soins.
Les attaques contre les femmes, les filles et garçons y compris viol, violence sexuelle et basée sur le genre (VSBG) sont d’une ampleur catastrophique. Les cas de VSBG sont très répandus malgré qu’ils soient sous-déclarés par crainte de représailles et de stigmatisation. 15 411 cas de violences sexuelles et physiques ont été enregistrés entre janvier et septembre 2022 (81% de femmes et de filles, 11% d’hommes et 8% de garçons) contre 2399 cas de violences sexuelles et physiques entre Janvier-Mars 2023. En mars 2023, l’ONU avait enregistré au moins 93 cas de viols impliquant des groupes armés depuis le début de l’année. L’avènement de la période cyclonique entre Septembre-Décembre 2023 risque de créer de nouveaux besoins humanitaires et accroitre des risques d’exposition aux VSBG.
Les résultats de rapports d’audits de sécurité et d’évaluation menés par UNFPA (des discussions avec les acteurs de protection, des femmes et filles) dans les départements de l’Ouest et Artibonite en Mai 2023 ont relevé un déploiement réduit de services psychosociaux et santé mentale pour les survivantes de VBG et une capacité extrêmement limitée au sein des structures de santé existantes pour fournir des soins cliniques aux femmes et aux enfants survivants de violence sexuelle.
Les survivantes sont confrontées à plusieurs obstacles pour accéder aux soins médicaux nécessaires et de qualité notamment la restriction de mouvement dans les zones contrôlées par les gangs, la prise en charge de tout ou partie des coûts des services médicaux (paiement des factures de laboratoire et d’autres actes médicaux).Certaines structures de santé ne disposent pas des Kits post viol, médicaments essentiels et personnel formé pour la prise en charge médicale des victimes de violence sexuelle, manque d’espaces confidentiels et aménagés avec des équipements adéquats dans la plupart de structures sanitaires, et enfin les services spécialisés de santé mentale pour le cas de traumatisme aigue restent limités. L’augmentation des prix et la rupture du carburant dans le pays impactent considérablement la disponibilité de services médicaux
Par ailleurs, le système de gestion d’information VBG répondant aux standards internationaux n’est pas encore opérationnel au pays et, par conséquent, le Sous-secteur ne dispose pas des statistiques fiables concernant les éléments clés suivants :
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Le type de VBG;
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Le profil des agresseurs;
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Le lieu de l’incident;
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L’âge de la personne survivante;
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Le système de référencement existant;
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Le statut (déplacé interne, non déplacé, migrant);
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Le moment de l’incident.
En plus de cette absence d’outils standards de collecte de données et de gestion de cas, l’accès très limité aux zones affectées demeure l’un des principaux obstacles majeurs dans la réponse humanitaire en faveur des personnes survivantes des VBG.