Séisme en Haïti : le CICR fait l'impossible pour distribuer rapidement eau et secours médicaux aux rescapés

Report
from International Committee of the Red Cross
Published on 17 Jan 2010 View Original
D'importantes quantités de secours d'urgence sont arrivées à Port-au-Prince. Le défi consiste à présent à les distribuer le plus vite possible aux rescapés du séisme. Les dernières évaluations confirment l'énorme ampleur des dégâts. Très peu de quartiers ont été épargnés, tandis que les infrastructures et les services locaux ont été réduits à néant. Le CICR a construit des latrines pour 1 000 personnes et fourni des kits médicaux pour 2 000 patients à deux hôpitaux. Sept camions chargés de secours médicaux du CICR devraient arriver dans la capitale dimanche dans la soirée.

Situation générale

Des dizaines de milliers de rescapés du séisme ont passé une cinquième nuit dehors dans les camps de fortune qui ont été aménagés dans chaque quartier de Port-au-Prince. L'accès aux abris, aux toilettes, à l'eau, à la nourriture et aux soins médicaux demeure extrêmement limité, selon les spécialistes du CICR présents sur place. S'il semble que des vivres soient disponibles dans la capitale, les prix sont montés en flèche et la plupart des habitants ne peuvent pas se permettre d'acheter quoi que ce soit.

Les structures médicales à Port-au-Prince manquent encore de personnel et de médicaments. Elles sont submergées et pleines à craquer. La situation sanitaire dans les camps de fortune est précaire.

« Croix de Pré semble être le quartier le plus dévasté de Port-au-Prince », déclare Simon Schorno, porte-parole du CICR, qui a visité la plupart des secteurs de la ville. « Très peu de bâtiments sont restés debout, et dans chaque ruelle, on trouve des gens installés sous des bâches en plastique et des couvertures. Certains rescapés vivent dans des voitures démolies et recouvertes de poussière. Les ordures jonchent le sol un peu partout, et la pestilence des cadavres en décomposition flotte un peu partout », relate-t-il.

Le CICR, qui était déjà présent et actif en Haïti avant le séisme de mardi, intensifie ses efforts pour faire face à la crise. Ses activités s'inscrivent dans le cadre de l'action déployée par le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, et il travaille en étroite coopération avec la Société nationale de la Croix-Rouge haïtienne.

Selon M. Schorno, le siège de la Société nationale, situé non loin de Croix de Pré, est assiégé par des personnes qui demandent de l'aide médicale. La Croix-Rouge haïtienne a mis en place un poste de premiers secours dans la rue, où des volontaires de la Croix-Rouge d'Haïti et d'autres pays travaillent de concert pour nettoyer et suturer les plaies au milieu des gravats.

Mort et désespoir

À Centreville, sur la place du Champ de Mars, plusieurs milliers de rescapés vivent désormais dans l'un des plus grands camps de fortune de la ville. M. Schorno décrit la situation désespérée des gens qui y ont trouvé refuge. « Certains ont réussi à trouver un coin d'ombre, mais la plupart sont assis sous le soleil. Il règne une insoutenable odeur d'urine. Des centaines d'enfants improvisent des jeux, rient et pleurent. Les mères discutent avec des voisins en agitant leurs éventails », raconte-t-il.

Martine, une mère de 39 ans, lave son enfant dans une bassine d'eau. Plusieurs familles s'en sont déjà servies. Son mari est parti à la recherche d'eau potable tôt dans la matinée. Pour l'heure, ils n'en ont pas. Ses voisins lui ont donné quelques légumes qu'ils ont cuisinés. « Je ne sais pas combien de temps nous allons rester ici, ni où nous irons », dit-elle.

Plus loin, près du littoral, les rues sont bondées. Les répliques se font encore sentir et personne ne veut s'aventurer dans les rares bâtiments encore debout.

« Les rues sont jonchées de corps en décomposition, le ventre gonflé ; beaucoup d'entre eux répandent un liquide jaunâtre, relate M. Schorno. Les motocyclettes et les voitures les contournent, personne ne s'attarde à les regarder. Plusieurs jeunes hommes s'emploient à déplacer les gravats d'un immeuble effondré. Ils ne sont pas à la recherche de personnes, mais de ferraille. Désormais, tout ce qui compte pour eux, c'est leur propre survie. »

Course contre la montre pour sauver des vies

À l'ombre de ce qui reste du Palais national, le siège de la police est vide et le bâtiment à demi détruit. Les membres des forces de l'ordre et leurs familles - qui ont eux aussi besoin d'aide - sont assis dans leurs voitures et leurs camionnettes. Rémi, 3 ans, fils d'un des policiers, est malade et blessé.

« Il est resté coincé sous les décombres pendant quatre heures ; et depuis que nous l'avons tiré de là, il y a trois jours, il est paralysé », raconte son père. « J'ai peur, dit sa mère Wilma dans un souffle de voix. Mon garçon va-t-il mourir ? » Son fils, qui n'a rien mangé depuis deux jours et ne réagit plus, est emmené dans un hôpital de campagne qui se trouve à proximité. Il s'agit de la seule structure médicale opérationnelle à Montrissant. Il y a quatre médecins pour quelque 400 patients qui attendent d'être soignés dans ce dispensaire de fortune composé de deux conteneurs en métal et d'une cour abritée sous une bâche.

Le lieu est bondé, et des dizaines de blessés et de malades attendent à l'entrée. « Un des médecins m'a expliqué qu'il sont débordés et qu'ils ont perdu plus de 50 patients ces deux derniers jours », raconte M. Schorno. Une cinquantaine de médecins expatriés devraient arriver prochainement sur place, mais pour certains survivants, comme le petit Rémi, cette aide risque d'arriver trop tard.

« Plus près du littoral, d'énormes tas d'ordures se forment, les rues baignent dans une eau grisâtre polluée, des femmes vendent des légumes mal en point, et des jeunes hommes découpent des pneus usés, relate M. Schorno. Les autobus qui passent dans un nuage de fumée noire sont pleins à craquer. Tous ceux qui le peuvent quittent la ville pour la campagne, où ils espèrent pouvoir survivre plus facilement et peut-être recommencer une nouvelle vie. »

Personne n'est épargné

Avant le séisme, la Croix-Rouge haïtienne comptait quelque 1 000 volontaires à Port-au-Prince ; bon nombre d'entre eux ont travaillé sans relâche depuis mardi pour venir en aide à ceux qui en ont besoin.

« Nous avons sauvé de nombreuses vies ces derniers jours », déclare Judas Celoge, coordonnateur du poste de premiers secours de la Croix-Rouge haïtienne à Martissant - un des quartiers les plus pauvres de la capitale.

Près de la table des premiers secours posée dans la rue, Marine, 13 ans, est assise sur le trottoir, la tête entre les mains. Elle ne pleure pas, mais a le regard perdu dans le vide. Son père, sa mère, son frère et sa sœur sont morts dans le séisme. Leurs corps n'ont pas été retrouvés et ne le seront probablement jamais.

« Tous ceux à qui vous parlez ont perdu quelqu'un. Personne ici n'a été épargné par cette tragédie », explique M. Schorno.

Activités du CICR

Les activités internationales de secours de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, y compris celles du CICR, sont coordonnées par la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

Le CICR continue de travailler en étroite coopération avec ses partenaires de la Croix-Rouge présents sur place afin d'évaluer les besoins humanitaires et de distribuer les secours.

Une cargaison de quelque 40 tonnes de secours médicaux du CICR, partie de Genève dans la nuit de jeudi, devrait arriver à Port-au-Prince dans la soirée de dimanche. Les secours seront acheminés par camion à partir de la République dominicaine.

Samedi16 janvier, le CICR a lancé une opération de transport d'eau par camions dans le quartier de Delmas, qui a permis d'approvisionner en eau potable quelque 1 000 personnes installées dans un camp de fortune. Des latrines ont également été mises en place dans ce quartier.

Avec le soutien de la Croix-Rouge haïtienne, le CICR a fourni à deux hôpitaux de référence de Port-au-Prince des trousses médicales pour soigner 2 000 patients pendant un mois. Des centaines de couvertures et de bâches en plastique ont également été distribuées.

Vu l'ampleur de la catastrophe, le CICR n'est pas en mesure de fournir de chiffres exacts sur le nombre de morts et de blessés.

Dimanche matin, une deuxième équipe de déploiement rapide du CICR a quitté Genève pour Haïti, où elle soutiendra les équipes déjà présentes sur place dans les domaines de la médecine légale, de la recherche de personnes, des soins infirmiers, des communications et de la logistique.

Entre-temps, la première des trois grandes unités d'intervention d'urgence de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge est arrivée sur l'île le 16 janvier. Elle est conçue pour fournir des soins de santé de base à 30 000 personnes. Pour l'instant, 14 unités d'intervention d'urgence ont été déployées en Haïti, la plupart devant arriver ces prochains jours. Parmi elles, des unités spécialisées dans l'eau et l'assainissement, la logistique, les infrastructures informatiques et de télécommunication, ainsi qu'un grand hôpital de 250 lits.

Par ailleurs, les délégués du CICR ont visité plusieurs lieux de détention à Port-au-Prince afin d'évaluer les besoins des détenus et des autorités, et d'assurer le suivi sur les questions de détention.

Family Links

Le CICR s'apprête à mettre en place un bureau au siège de la Croix-Rouge haïtienne pour aider les personnes qui ont été séparées de leur famille ou qui sont à la recherche de proches disparus. Les gens auront également la possibilité de s'enregistrer pour faire savoir qu'ils sont sains et saufs. Ce bureau permettra aux personnes de recevoir des nouvelles de leurs proches et de leur en transmettre.

Le 17 janvier, plus de 21 600 personnes étaient enregistrées sur le site web spécial du CICR (www.icrc.org/familylinks), activé jeudi pour aider les personnes recherchant des membres de leur famille.

Si la grande majorité des personnes enregistrées cherchent à obtenir des nouvelles de membres de leur famille, près de 1 500 personnes ont utilisé le site pour faire savoir qu'elles étaient en vie. « Le nombre élevé de personnes ayant enregistré le nom d'un proche montre clairement qu'il y a énormément de monde en dehors de Haïti qui cherche désespérément à obtenir des nouvelles », explique Robert Zimmerman, responsable du programme de rétablissement des liens familiaux du CICR.

« Il faudra toutefois du temps avant que nous puissions récolter suffisamment d'informations utiles auprès de la population haïtienne. Nous faisons tout notre possible pour faire savoir aux habitants que ce service existe et qu'ils peuvent informer la Croix-Rouge qu'ils sont sains et saufs. Mais les proches qui attendent des nouvelles dans l'angoisse devront faire preuve de patience. »

Informations complémentaires :

Simon Schorno, CICR Port-au-Prince, tél. satellitaire : +88 165 146 6175

Anna Nelson, CICR Genève, tél. : +41 79 217 3264

Tél. en dehors des heures de bureau : +41 22 730 3443

Pour des mises à jour régulières sur les opérations de secours déployées en Haïti, visitez la page du CICR sur Twitter : http://www.twitter.com/icrcnews