Haiti

Reconstruction décevante deux ans après le séisme

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Quelque 600.000 personnes vivent encore dans des camps précaires pour déplacés près de deux ans après le séisme di 12 janvier 2010 qui dévasta une bonne partie de la capitale Port-au-Prince et de ses environs. Ce chiffre officiel a été communiqué par le premier ministre Garry Conille dans un discours énonçant ses priorités pour 2012. “Ces personnes sont toujours dans les camps, il faut les gérer, c’est notre objectif (…) la bonne nouvelle c’est que nous venons de signer un projet pour le Champ de Mars – la place principale de la capitale – nous travaillons également sur différents autres endroits pour avancer” a déclaré le premier ministre.

Pour les organisations de la société civile, l’heure est au bilan, et il n’est pas positif : selon le site d’information Alterpresse, “les projets mis en œuvre au cours de l’année 2011 dans le cadre de la reconstruction n’ont pas contribué au changement réel des mauvaises conditions de vie des sinistrés et de la population en général” peut-on lire dans un article qui dresse un état des lieux de la situation.

“Des relocalisations de personnes déplacées sont réalisées dans des conditions peu claires par la cellule responsable du projet 16/6, les Mairies de Pétionville et de Port-au-Prince. De plus, plusieurs expulsions forcées contraires au droit de la personne humaine ont eu lieu” dénoncent des sources du média indépendant.

Lancé le 17 août 2011 à Port-au-Prince par le président Michel Martelly, accompagné de l’envoyé spécial du secrétaire général de l’Organisation des Nations-Unies (Onu) pour Haïti, William Clinton, le projet 16/6 vise à réhabiliter 16 quartiers de Port-au-Prince en offrant des services de base aux sinistrés, comme l’eau, l’électricité, les routes, les écoles. Ce projet, initié 19 mois après le séisme, vise aussi la fermeture de 6 camps de sans-abri. Il avait été approuvé par la Commission Intérimaire pour la Reconstruction d’Haïti (CIRH), créée en avril 2010 et qui a pour mandat de mettre en œuvre le “Plan d’Action pour le Relèvement et le Développement d’Haïti”, adopté lors de la réunion des bailleurs de fonds à New-York en mars 2010. La CIRH est contestée par des organisations de base haïtiennes.

A Pétionville, la banlieue résidentielle qui surplombe Port-au-Prince, plus de 500 familles qui vivaient sur la place St-Pierre ont été relocalisées dans le cadre de l’application de ce projet qui concerne aussi la place Boyer. Chaque famille a reçu la somme de 20.000 gourdes pour son déplacement. Les 750 autres familles de la place Boyer devraient être relogées avant la fin de cette année, avait annoncé le gouvernement. Cependant, jusqu’au mois de décembre le processus de relocalisation de bon nombre de ces personnes est en attente, faute d’enregistrement par la Mairie et l’Organisation internationale pour les migrations.

En juillet 2011, 561 familles de sans abris, installées dans des tentes, sur l’aire de stationnement intérieur du stade Sylvio Cator, ont été, pour la plupart, relocalisées par la mairie dans des conditions précaires à l’ouest de la capitale. Le maire de Port-au-Prince, Jean Yves Jason, a procédé au mois de novembre à la relocalisation de 110 familles qui logeaient dans le Gymnasium Vincent depuis le séisme du 12 janvier 2010. Chaque famille devait bénéficier d’un montant de 20 mille gourdes qui va lui permettre de louer un logement. Pourtant, plusieurs des bénéficiaires du projet se disaient perplexes pour leur avenir à cause d’une absence de suivi dans ce projet.

Les sources d’Alterpresse rapportent également des cas d’abus sur les déplacés : des autorités municipales de Delmas (au nord-est de la capitale), accompagnées d’agents de la Police nationale ont procédé, le lundi 23 mai 2011, à la destruction de plusieurs tentes de personnes déplacées, qui occupaient, depuis le 12 janvier 2010, une des places publiques sises à l’angle du carrefour de Delmas et de la route de l’aéroport international. Le mercredi 25 mai, des centaines de déplacés-es internes issus de deux autres camps des environs de Delmas 3 et Delmas 5, ont été enlevés de force, leurs effets détruits et plusieurs d’entre eux ont été frappés par la police, d’après le Groupe d’Appui aux Rapatriés et Réfugiés (GARR).

En réponse aux expulsions forcées, des sans-abris et des victimes de quelques camps de déplacés de la capitale ont manifesté le 10 juin, dans les rues de Port-au-Prince, pour réclamer de la part des autorités des logements décents. Des organisations sociales ont dénoncé les déguerpissements forcés comme des atteintes aux droits de la personne humaine. Quatre-vingt représentants de comités de camps ont signé le 23 mai 2011 une prise de position publique conjointe avec plusieurs organisations en vue de condamner ces actes. Parmi ces organisations, figurent le GARR, la Force de réflexion et d’actions sur la problématique du logement en Haïti (FRAKKA), la Plateforme des organisations haïtiennes de droits humains (POHDH) et la Plateforme haïtienne de plaidoyer pour un développement alternatif (PAPDA), initiatrices d’un colloque de 3 jours sur la situation des sans-abri. Ces organisations haïtiennes et étrangères ont préconisé des dispositions institutionnelles pour prévenir les expulsions forcées de personnes déplacées.

Le président Martelly a annoncé pour le début de 2012 la construction de 680 logements pour des sans-abri. Par ailleurs, au cours du mois de décembre, une structure baptisée Unité de coordination pour la reconstruction (Ucr) a été mise en place par le gouvernement afin de faciliter la reconstruction des bâtiments administratifs publics détruits par le séisme. De son coté, le gouvernement américain, via son agence pour le développement international (Usaid) a inauguré et remis de nouveaux locaux transitoires au Parlement haïtien, qui logeait dans des locaux transitoires établis sur le site de l’ancien immeuble détruit.

Parmi les bailleurs de fonds, le Canada, par la voix de son ministre des Affaires Étrangères John Bird, s’est dit insatisfait des progrès dans la reconstruction, ralentie par des questions administratives mais également par une crise politique qui a bloqué pendant plusieurs mois les activités du gouvernement.

[CC]