Haiti

Point de situation : 70% de la population du Sud et de la Grand’Anse a besoin d’une aide humanitaire immédiate

Format
News and Press Release
Source
Posted
Originally published
Origin
View original

L’ouragan Matthew qui a frappé la pointe sud-ouest d’Haïti le 4 octobre dernier a touché près d’1,4 million de personnes, soit 20% de la population haïtienne. Dans le Sud et la Grand’Anse, qui ont été les plus touchés, 100% de la population a été affectée, selon les estimations, et 70% de la population des deux départements réunis est aujourd’hui dans le besoin d’une aide humanitaire immédiate, soit quelque 840 000 personnes. Les habitations ont été rasées au sol, les toits des habitations encore debout arrachés, les routes d’accès aux zones les plus reculées de la Grand’Anse restent coupées, les champs et les plantations sont dévastés : les besoins sont considérables. Les réserves de nourriture sont déjà très limitées, et la destruction des cultures pourrait conduire à une situation de stress alimentaire dans les mois à venir, non seulement pour les zones touchées de plein fouet par l’ouragan mais aussi pour le reste de l’île. Aujourd’hui les familles n’ont pas accès à de l’eau potable et boivent de l’eau de pluie, insalubre, pour soulager leur soif, s’exposant ainsi aux risques de choléra, une menace réelle dans les régions dévastées par Matthew. De nombreux cas ont déjà identifiés.

Dans le Sud et la Grand’Anse, les opérations d’urgence sont en cours

Les équipes d’ACTED sur place travaillent d’arrachepied depuis le passage de l’ouragan. La première phase d’évaluation et de diagnostic terminée, les premières opérations d’urgence sont en cours depuis une semaine. Les équipes ont été renforcées, et notamment au niveau logistique, afin d’assurer les interventions le plus rapidement possible dans les zones affectées et notamment dans les endroits les plus difficiles d’accès.

Depuis plusieurs jours, les équipes d’ACTED distribuent des kits de purification de l’eau, et mettent en place six unités de traitement de l’eau mises à disposition par la Fondation Veolia permettant aux populations d’avoir un accès à l’eau potable, indispensable à leur survie et à la prévention de maladies d’origine hydrique, et en particulier du choléra. « Nous sommes vraiment dans une période de première urgence. Si nous ne donnons pas un accès à l’eau et à la nourriture, il y a un risque de nouvelles pertes humaines », témoigne Emilie Bernard, Directrice pays d’ACTED en Haïti.

Les rations alimentaires (4,5 kg de riz, 0,15 kg d’huile et 0,075 kg de sel par personne pour 30 jours) ont été acheminées dans les communes de Jérémie et des Cayes depuis la capitale Port-au-Prince. Désormais il faut s’assurer de distribuer, de manière systématique et équitable, ces denrées à toute la population.

L’accessibilité de certaines zones reculées constitue aujourd’hui l’un des plus grands défis : « sur la zone du Sud et de la Grand’Anse, particulièrement la Grand’Anse, nous avons des gros problèmes d’accessibilité. Les principaux axes commencent à être déblayés, mais nous n’arrivons toujours pas à atteindre les zones les plus reculées. Dans certains endroits, mêmes les diagnostics n’ont pas pu être réalisés car les équipes n’ont pas pu physiquement atteindre certaines parties des Mornes. La logistique constitue un défi énorme. Nous travaillons par voie terrestre mais également par voie maritime ou aérienne pour pouvoir livrer le plus rapidement possible les vivres et biens de première nécessité. »

Dans cette première phase d’urgence, ACTED prévoit de poursuivre les distributions (eau portable, nourriture, abris d’urgence et autres bien de première nécessité, liquidités) en priorité sur les zones côtières, avec une couverture progressive des Mornes, qui demeurent encore coupées à l’heure actuelle. En parallèle, ACTED agit quotidiennement pour répondre à l’urgence choléra dans la Grand’Anse et le Sud.

Les équipes mobilisées quotidiennement pour prévenir la menace du choléra

Après l’ouragan, beaucoup de zones ont été inondées et envahies par la boue, créant des conditions favorables à la propagation du choléra.

Le choléra est apparu dans le département de l’Artibonite (centre de l’île) en octobre 2010 et s’est rapidement propagé à travers Haïti. Depuis 2012, les efforts conjoints des autorités haïtiennes et des acteurs internationaux ont permis de contenir l’épidémie et de parvenir à une baisse considérable des cas grâce à une lutte quotidienne contre la maladie, dans laquelle les équipes d’ACTED en Haïti sont fermement engagées depuis le début. Face à une recrudescence du choléra en 2014 et à sa persistance, ACTED a renforcé ses équipes mobiles de prévention et de traitement, tout en contribuant à renforcer les capacités de surveillance et de réponse institutionnelle, en étroite collaboration avec la Direction de la Protection Civile et la Direction Nationale de l’Eau Potable et de l’Assainissement (DINEPA).

Les conséquences de l’ouragan Matthew, notamment les quantités d’eau qui sont tombées sur la région et les inondations, couplées aux destructions des structures d’hygiène et du manque d’eau potable, laissent craindre le pire. 10 jours seulement après l’ouragan, beaucoup d’Haïtiens touchés par l’ouragan présentent des symptômes du choléra. Selon Emilie Bernard, « les interventions d’urgence pour le choléra sont quotidiennes et sans arrêt ». Les équipes sont mobilisées pour poursuivre et renforcer leur action de prévention et de relai des cas de la maladie pour en faciliter la prise en charge et le traitement, et ainsi contenir la propagation de la maladie et contrer la catastrophe sanitaire, qui pourrait aggraver le tableau déjà bien sombre auquel les populations font face à la suite de Matthew.

La sécurité alimentaire et les moyens d’existence, un défi majeur

La catastrophe a asséné un grand coup au grenier du pays, en dévastant les cultures et les plantations. L’agriculture, qui constitue un moyen d’existence essentiel pour beaucoup de familles des régions affectées, a subi des dégâts très importants. Si les opérations se concentrent aujourd’hui sur la fourniture de vivres et d’eau potable, vitaux pour la survie des populations, la priorité sera demain de mettre en place des interventions de récupération des moyens de production, et de permettre ainsi à de très nombreuses familles de recouvrer leurs moyens d’existences et une sécurité alimentaire menacée aujourd’hui. « On se donne un délai de 3 mois au maximum pour lancer les actions de réhabilitation agricole avec les acteurs locaux », annonce Emilie Bernard. Si le Sud et la Grand’Anse ont été les plus touchés, d’autres régions ont également été affectées par Matthew, notamment le Nord-Ouest, le Sud-Est et le département des Nippes. Bien que les besoins humanitaires soient « un peu moins urgents » que dans le Sud et la Grand’Anse, les opérations de recouvrement, notamment agricole, s’annoncent d’ores et déjà considérables. Emilie Bernard poursuit : « au regard des pertes agricoles, il est encore un peu tôt pour fournir des données dont nous soyons vraiment sûrs, mais nous pouvons facilement estimer qu’au moins une année entière de recouvrement sera nécessaire. […] Le calendrier agricole pour la fin de l’année 2016 et pour le début de l’année prochaine est quoi qu’il arrive compromis sur une très large partie du territoire. On peut en revanche espérer que le deuxième semestre de 2017 pourra permettre une récolte, qui ne sera pas totale mais au moins partielle, et ainsi progressivement retrouver une production nationale telle qu’elle était avant l’ouragan. »

Les équipes d’ACTED réfléchissent d’ores et déjà aux étapes qui feront suite à une intervention d’urgence en cours et qui demeurent la priorité pour notre équipe de 200 humanitaires sur place.

ACTED a lancé un appel aux dons en ligne (www.acted.org/fr/soutenir-notre-action) et appelle les entreprises et collectivités locales françaises à soutenir les premières actions d’urgence, mais également à accompagner, dans la durée, nos programmes pour permettre aux communautés les plus affectées de l’île de se reconstruire, retrouver un toit, assurer leur sécurité alimentaire et un accès à des moyens de subsistance, notamment agricoles.