Note de conférence de presse sur la situation de crise en Haïti, 1 novembre 2019

Porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme : Marta Hurtado
Lieu : Genève
Date : 1 novembre 2019
Sujet : la situation de crise en Haïti

Nous sommes profondément préoccupés par la situation de crise qui se prolonge en Haïti et son impact pour les haïtiens sur l’accès à leurs droits aux soins de santé, à la nourriture, à l’éducation et aux autres besoins de base.

Au moins 42 personnes sont mortes, et 86 ont été blessées depuis que les tensions se sont accrues avec la dernière vague de protestations qui a débuté le 15 septembre 2019, selon les informations vérifiées par notre bureau. La vaste majorité de ces victimes ont reçu des coups de feu. Les informations reçues indiquent que les forces de sécurité sont responsables de la mort de 19 des personnes tuées, alors que les autres personnes ont été tuées par des civils armés ou non identifiés. Au moins un journaliste figure parmi ces morts. Neuf autres journalistes ont été blessés et plusieurs autres auraient reçu des menaces. Nous exhortons tous les acteurs impliqués à s’abstenir de cibler les journalistes, et à respecter la liberté de la presse.

Depuis la rentrée scolaire en septembre dernier, la majorité des enfants sur l’ensemble du pays n’ont pas pu avoir accès aux écoles dont la plupart sont restées fermées, alors que les blocages de routes et les incidents de sécurité ont eu pour effet, en particulier dans les régions, de rendre très difficile l’approvisionnement de la population en nourriture, eau potable, médicament et carburant. Le secteur de la santé a été particulièrement affecté, avec des coupures d’électricité, des pénuries de carburant, et l’incapacité pour beaucoup de personnels médicaux à atteindre leur lieu de travail. Nous sommes également préoccupés par l'impact de la fermeture des institutions judiciaires et autres services publics dans le pays, en particulier pour les groupes vulnérables. Ainsi, les taux déjà alarmants de détentions préventives prolongées sont aggravés par la fermeture de nombreux tribunaux pour des raisons de sécurité.

Nous incitons toutes les parties à éviter d’entraver le fonctionnement des hôpitaux, et de faciliter l’accès aux soins de santé, ainsi que l’approvisionnement, y compris à travers l’aide humanitaire, de nourriture et médicaments pour les personnes en prison, dans les orphelinats et pour d’autres groupes vulnérables comme les personnes handicapées.

Nous saluons l’ouverture d’enquêtes par l’Inspection générale de la Police nationale d’Haïti, concernant les allégations de violations de droits de l’homme par les forces de police, et insistons sur le besoin pour les enquêtes d’être rigoureuses, transparentes et indépendantes, afin d’assurer la redevabilité, la vérité et la justice pour les victimes et leur famille, y compris à travers l’action judiciaire.

Il est crucial que tous les acteurs apportent leur soutien à des solutions pacifiques qui répondent aux nombreux griefs ayant portés les haïtiens dans la rue de façon répétée au cours des 16 derniers mois. Nous demeurons prêts à apporter notre appui pour une résolution profonde et inclusive de la situation actuelle, afin de soulager les souffrances du peuple haïtien.