Haiti

Les repas scolaires du PAM en Haïti: depuis l’aide d’urgence jusqu’aux projets de développement

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Suite au tremblement de terre de janvier 2010 en Haïti, l’aide humanitaire a afflué massivement vers le pays dévasté. Dans ce contexte, le programme de cantines scolaires du Programme Alimentaire Mondial des Nations Unies (PAM) a joué un rôle-clé en tant que filet de protection sociale pour de nombreux enfants et leur famille. Deux ans après le séisme, la fonction des cantines scolaires a évolué, mais ces dernières restent d’une importance cruciale pour le redressement du pays.

par Loyse Tobin

Le système éducatif haïtien était catégorisé comme étant l’un des plus défavorisés au monde, et ce déjà avant le tremblement de terre de janvier 2010: c’est pourquoi le PAM, présent dans le pays depuis 1969, avait mis sur pied des programmes de cantines scolaires, permettant aux enfants de recevoir un repas chaud et nutritif par jour. En effet, le lien entre scolarisation et alimentation n’est plus à prouver, puisqu’assurer un repas par jour encourage les enfants à venir en cours et améliore leurs capacités de concentration. Le séisme de janvier 2010 en Haïti a bouleversé le pays, et les séquelles restent profondes. Dans le secteur scolaire, il a causé la mort de 1 350 professeurs et de 38 000 écoliers, ainsi que la destruction de 4 200 écoles. La communauté internationale, les différentes organisations humanitaires et les gouvernements se sont tout de suite mobilisés pour prêter main forte au pays en ruine. Dans ce cadre, les activités de cantines scolaires du PAM en Haïti ont endossé un rôle bien spécifique. Malgré le report de la rentrée scolaire de janvier à avril 2010, les programmes de repas scolaires du PAM ont repris et se sont même intensifiés en intégrant de nouveaux établissements scolaires. L’objectif était de réunir les enfants, que ce soit dans les écoles ou dans les tentes qui les remplaçaient, afin de pouvoir leur fournir un filet de protection sociale. D’après Alphonsine Bouya, responsable des programmes de cantines scolaires en Haïti pour le PAM, les parents, qui craignaient d’abord d’envoyer leurs enfants à l’école, ont peu à peu repris confiance en voyant le nombre d’enfants qui affluaient à la perspective d’un repas chaud et nourrissant. Ceci a contribué à normaliser la situation, et les cours ont pu reprendre en avril.

Deux ans après

Aujourd’hui, deux ans après le tremblement de terre, la situation a évolué en Haïti, même si les besoins restent considérables. Le PAM est dorénavant en mesure de cibler ses activités et a modifié son approche en divisant le pays en deux catégories : les zones qui ont été physiquement touchées par le tremblement de terre, dans lesquelles l’organisation met en place des programmes de secours et de redressement, et le reste du pays, dans lequel il est d’ores et déjà possible de se concentrer sur des programmes de développement. Le PAM travaille actuellement dans 3 296 écoles à travers le pays et fournira des repas à 1.1 million d’enfants pendant l’année scolaire 2011-2012. Dans chaque école, une équipe de cuisiniers et de cuisinières reçoivent des stocks de denrées de base, telles que des céréales, des légumineuses, de l’huile et du sel qui leur permettent de préparer les repas des enfants. Le PAM fournit également des marmites et autres ustensiles de cuisine, et, plus récemment, a commencé à équiper les cuisines scolaires de fourneaux fonctionnant avec des briquettes en papier et carton recyclé. Ceci permet de diminuer la consommation de charbon du pays. De plus, le PAM s’efforce d’acheter les vivres sur le marché national, pour améliorer le fonctionnement de l’industrie et de la production locale. Pour le PAM, fournir un repas quotidien à un enfant en Haïti revient à 29 centimes de dollars. Par manque de budget, l’organisation se voit forcée de refuser des établissements scolaires qui voudraient faire partie du programme. La demande est forte, et elle est renforcée par le discours du nouveau Président haïtien, Michel Martelly, qui a déclaré en octobre 2011, que «ventre affamé n’a pas d’oreilles, ce qui signifie que les enfants ne peuvent pas apprendre quand ils ont faim». Le gouvernement, conscient de l’importance du programme de cantines scolaires, a fait de l’éducation obligatoire et gratuite pour tous l’une de ses priorités.

Travailler avec le gouvernement

Le PAM travaille ainsi en étroite collaboration avec le gouvernement haïtien pour mettre en place les programmes de cantines scolaires, dans le but de renforcer la capacité du gouvernement à gérer et à développer le programme. Selon Alphonsine Bouya, «l’objectif est que les repas scolaires deviennent partie intégrante des programmes gouvernementaux.» Le PAM vise également à accroître le nombre d’enfants bénéficiaires des repas scolaires, et veut augmenter la quantité de nourriture achetée localement. Dans ce cadre, le Programme de Développement des Repas Scolaires a récemment été approuvé, «marquant un éloignement des opérations d’urgence et devenant un véritable projet de développement à long terme» a ajouté la responsable des programmes de cantines scolaires en Haïti pour le PAM. Les programmes de repas scolaires ont différentes fonctions : il s’agit bien sûr d’assurer la sécurité alimentaire des enfants, mais également d’augmenter le taux de scolarisation, notamment pour les filles, de s’assurer de la régularité de la présence à l’école, d’améliorer les capacités de concentration des enfants ou encore de rompre le cycle de pauvreté. En Haïti, le principal problème n’est pas le taux de scolarisation à proprement parler, car le taux d’inscription à l’école est relativement bon. Cependant le défi est de conserver les enfants à l’école, car les absences répétées, les redoublements, ou les abandons sont fréquents. Les repas scolaires incitent les enfants à fréquenter l’école de manière régulière, leur permettant ainsi d’acquérir les outils et les capacités nécessaires non seulement au niveau individuel, mais également au niveau collectif pour favoriser le développement du pays.