Haiti

Les leçons de l'ouragan Matthew en Haïti : appliquer des solutions innovantes, abordables et reproductibles à l’aide de drones et de données spatiales

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FRANCESCO VAROTTO, GIOVANNI MICHELE TOGLIA & CLAUDIA SOTO | 29 AVRIL 2021

En 2016, l'ouragan Matthew de catégorie 4 a touché terre dans le sud d'Haïti, provoquant des destructions jamais vues depuis plus d'une décennie pendant la saison des ouragans, avec des vents atteignant 230 kilomètres par heure et 600 millimètres de pluie en moins de 24 heures. Le bilan est très lourd, avec un total de 546 victimes, 128 disparus, 439 blessés et 2.1 millions de personnes touchées.

Après cette catastrophe, le gouvernement d’Haïti (GdH) a été confronté au défi de déterminer l'impact économique global afin de mesurer l'ampleur de l'événement, d'identifier les secteurs prioritaires pour la reconstruction, de comprendre les différents impacts géographiques et d’appréhender les dommages relatifs aux secteurs publics et privés. Le gouvernement a donc procédé à une évaluation rapide des dommages et des pertes avec le soutien technique de la Banque mondiale et de la Banque interaméricaine de développement (BID) afin de mettre en place un plan de secours, de redressement, de reconstruction et de développement. Dans un contexte marqué par une extrême urgence, il était impératif d'estimer rapidement les dommages afin d'affecter les ressources financières appropriées aux efforts de redressement. Il n'y avait pas d'informations sur les impacts réels de l'ouragan et l'accès aux zones touchées était compliqué en raison de l'état des routes, fortement dégradées après le passage de l'ouragan. En outre, les routes ont été libérées autant que possible pour faciliter le travail des services d'urgence. Cette situation a soulevé un problème : comment évaluer correctement les dommages et les pertes ?

Cela a été rendu possible grâce à l'évaluation GRADE, une méthodologie innovante développée par la Banque mondiale avec le soutien de la Facilité mondiale pour la prévention des risques de catastrophes et le relèvement (GFDRR). En utilisant des techniques de modélisation des risques de catastrophe en combinaison avec des données historiques sur les dommages, des données de recensement et d'enquêtes socio-économiques, des images satellites, des images de drone et d'autres médias, l'évaluation GRADE quantifie rapidement les dommages et fournit ainsi un soutien aux gouvernements dans l’estimation des pertes.

Pour mettre en œuvre l'évaluation GRADE, la télédétection est essentielle. Dans le cas présent, le Centre National de l'Information Géo-Spatiale (CNIGS) a fourni un système d'information géographique (SIG) et un support de données spatiales. Une première tentative a été réalisée grâce à l'imagerie satellite. Malheureusement, elle a été empêchée par l'état des infrastructures de télécommunication en Haïti (c'est-à-dire la faible bande passante Internet) suite à la catastrophe, la présence de nuages obstruant la vue et la résolution relativement faible des images disponibles.

Après avoir réalisé qu'il ne serait pas possible de travailler avec des données satellitaires, mais qu'il était tout de même nécessaire d'analyser la situation dans les zones touchées, une deuxième tentative de télédétection a été faite à l'aide de véhicules aériens sans pilote (UAV), plus communément appelés drones, qui ont réussi à cartographier les communes clés dans les zones où la force de Matthew avait été particulièrement perturbatrice, comme les départements de la Grand'Anse et du Sud.

La maniabilité et la facilité d'utilisation des drones ont permis de recueillir rapidement des images à haute résolution. En quatre jours, les équipes de la Banque mondiale et de la BID ont couvert un total de sept villages et deux villes et ont obtenu une vision beaucoup plus claire de la situation sur le terrain. Le contraste accablant entre la situation d’Haïti avant et après Matthew a été condensé dans une courte vidéo, ci-dessous.

L'un des outils utilisés par l'équipe de la Banque mondiale pour comparer les conditions avant et après la catastrophe était les orthophotos. Ce sont des photos aériennes ou des images satellites qui sont corrigées géométriquement pour que l'échelle soit uniforme. Après l'évaluation par télédétection, des orthophotos prises quelques mois avant Matthew ont été utilisées pour mesurer les dégâts infligés par l'ouragan aux écoles. En comparant les images obtenues par les drones avec des images des mêmes endroits avant Matthew, l'équipe a pu déterminer quelles écoles, et donc quelles municipalités, avaient subi les plus gros dégâts.

L'évaluation a été réalisée en seulement quinze jours. Elle a constitué une première étape cruciale vers la résolution de la situation d'urgence et, finalement, vers le rétablissement des moyens de subsistance en Haïti. Cette activité a également encouragé l'utilisation des données spatiales et de la télédétection dans d'autres projets en Haïti, notamment le Projet de Reconstruction et de Gestion des Risques et des Désastres (PRGRD) et le Projet de Gestion des Risques et de Résilience aux Aléas Climatiques (PGRAC), financés par l'IDA. Les données spatiales y ont été utilisées pour identifier les zones dans lesquelles les abris d'urgence étaient les plus nécessaires, en fonction de la population, de l'exposition aux risques, de l'accessibilité et de la position géographique des abris. Dans le cadre du projet PGRAC, le CNIGS est en train de mettre en place le premier laboratoire officiel de drones du GdH et renforce l'utilisation des données spatiales par la promotion de la plateforme SIG à données ouvertes HaitiData.org.

Alors qu'Haïti entre dans la saison des ouragans 2021, tout en connaissant une instabilité persistante et des restrictions de mobilité dues à la pandémie de COVID-19, il est crucial que le pays continue d'investir dans les nouvelles technologies, telles que les données spatiales et la télédétection, et de les appliquer lors des évaluations post-catastrophes, de la mise en œuvre et de la supervision des projets, afin de s'assurer que le travail essentiel puisse être effectué même dans des circonstances défavorables.

Les activités décrites dans ce blog ont été cofinancées avec l’Union européenne (UE) et la Facilité mondiale pour la prévention des risques de catastrophes et le relèvement (GFDRR).