Haiti

Le Comité pour l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes examine le rapport d'Haïti

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Le Comité pour l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes a examiné aujourd'hui le rapport d'Haïti sur les mesures prises par ce pays pour mettre en œuvre les dispositions de la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes.

Présentant ce rapport, Mme Marie Elise Brisson Gelin, Directrice générale du Ministère à la condition féminine et aux droits des femmes d'Haïti, a souligné que la Constitution de 1987, amendée en 2011, «consacre l'égalité des sexes» en établissant le principe d'un quota d'au moins 30% de femmes dans toutes les activités de la vie nationale, notamment dans les services publics. Le Gouvernement a adopté la première politique nationale d'égalité des sexes pour une période de vingt ans, de 2014 à 2034, qui est assortie d'un plan d'action pour les six premières années, a-t-elle ajouté. Le Ministère à la condition féminine et aux droits des femmes œuvre depuis sa création en 1994 contre les pratiques, les us et les coutumes revêtant un caractère discriminatoire à l'égard des femmes, a en outre indiqué Mme Brisson Gelin. Dans le cadre de la réforme judiciaire en cours, un avant-projet de code pénal a été élaboré et soumis à l'exécutif, a-t-elle par ailleurs souligné, avant d'ajouter qu'un projet de loi-cadre sur la prévention, la sanction et l'élimination des violences faites aux femmes a été élaboré qui doit être soumis au Parlement.

Le Plan directeur décennal de santé, qui est en cours de mise en œuvre à l'horizon 2022, accorde une place centrale aux droits sexuels et reproductifs, a d'autre part indiqué la cheffe de la délégation haïtienne. Si la mortalité maternelle a fortement baissé, passant de 630 à 150 pour mille en dix ans, les risques de grossesse précoce et d'infection au VIH demeurent en revanche très élevés, a-t-elle poursuivi. Le Gouvernement fait de l'éducation universelle et gratuite l'une de ses priorités et on constate, de fait, une amélioration de l'accès des filles et des garçons à l'éducation primaire et secondaire, a-t-elle en outre fait valoir. Mme Brisson Gelin a ensuite reconnu que la pauvreté s'était «considérablement aggravée» dans son pays et a attiré l'attention sur la féminisation de la pauvreté en Haïti, car les femmes sont discriminées dans l'accès aux moyens de production, notamment la terre, ainsi que dans l'accès aux autres ressources essentielles, telles que le crédit et le prêt.

La délégation haïtienne était également composée, entre autres, de M. Pierre André Dunbar, Représentant permanent d'Haïti auprès des Nations Unies à Genève, ainsi que de représentants du Ministère de la justice et de la sécurité publique; du Ministère de l'éducation nationale et de la formation professionnelle; et du Ministère des affaires étrangères.

La délégation a répondu aux questions qui lui étaient adressées par les membres du Comité s'agissant, entre autres, de la lenteur de la promulgation des textes de loi; du nouveau code pénal; de l'accès à la justice; de la représentation des femmes, notamment en politique et dans le système de justice; des questions budgétaires; des questions de sensibilisation et de lutte contre les préjugés sexistes; des personnes déplacées suite au séisme de 2010; du problème des construction dans les zones à risques; de la lutte contre la traite de personnes; de l'incrimination du viol et des possibilités d'entente à l'amiable face à ce crime; des questions de mariage et de reconnaissance de la paternité; des questions de nationalité et de la délivrance des actes de naissance; des questions d'éducation et de santé; ainsi que des questions d'emploi.

Une experte a constaté que les femmes et les filles haïtiennes continuaient d'être victimes de discriminations et de violence, particulièrement celles vivant dans la pauvreté, autrement dit la majorité d'entre elles. Sur les huit lois dont l'adoption avait été recommandée par le Comité lors de l'examen du précédent rapport d'Haïti, seules trois ont été adoptées, a-t-elle par ailleurs fait observer. Une autre experte s'est elle aussi étonnée de la lenteur du processus législatif. S'agissant des personnes déplacées suite au séisme de 2010, il a été relevé que les femmes vivent dans des situations extrêmement précaires dans les camps de personnes déplacées.

Un membre du Comité s'est inquiété de la recrudescence des préjugés et attitudes sexistes. A par ailleurs été évoqué le problème de la difficulté d'accès à la santé pour les femmes, particulièrement dans les campagnes. Des mesures ont-elles été prises afin de contraindre les Casques bleus ayant eu un enfant avec des Haïtiennes à reconnaître leur paternité, a-t-il été demandé, une experte suggérant «une inversion de la preuve» en la matière, à savoir qu'il s'agirait plutôt de demander à l'homme de prouver son éventuelle absence de paternité?

Le Comité adoptera ultérieurement, à huis clos, ses observations finales sur le rapport d'Haïti, avant de les rendre publiques à l'issue de la session, qui doit clore ses travaux dans l'après-midi de vendredi prochain, 4 mars, date de la prochaine et dernière séance publique de cette 63e session.