Le choléra en Haïti : une crise humanitaire silencieuse

A ce jour, l’épidémie de choléra apparue en octobre 2010 en Haïti a déjà affecté 680 820 personnes, soit près de 7% de la population, et enregistré 8 307 décès. Depuis janvier 2013, la maladie a déjà atteint 41 701 personnes et tué 360 personnes. A ce jour, Haïti concentre plus de la moitié du nombre de cas de choléra dans le monde et représente plus de 50% de la mortalité mondiale.

Depuis le mois de juin 2013, date du début de la saison cyclonique, on observe une augmentation croissante et constante du nombre de cas suspects de choléra ainsi qu’une augmentation inquiétante du taux de létalité globale et institutionnelle. Malgré une saison cyclonique, pour l’instant de faible intensité, 19 260 cas de choléra ont déjà été recensés entre le 01 juin et le 30 septembre représentant, en seulement 4 mois, 46% des cas observés depuis le début de l’année4. En aout 2013, la moyenne nationale du taux de létalité hospitalière a atteint 1,79%5 dépassant largement le seuil limite de 1% ; plus de 50% des décès se produisent dans les structures hospitalières6.

Ces hausses anormalement élevées ne sont que les conséquences d’un ensemble de facteurs : accès encore très faible à l’eau potable et à l’assainissement, déperdition des connaissances et informations des communautés en termes de prévention de la maladie, mauvaise prise en charge des patients, abandon et fermeture d’un nombre très important de structures sanitaires depuis fin 2012. Ces constats démontrent cruellement l’insuffisance des capacités des structures existantes à faire face à la recrudescence des cas de choléra dans le pays et la persistance des problèmes d’accès à l’eau et l’assainissement. A ce jour, certaines communes ne bénéficient plus d’aucune structure de prise en charge de la maladie.

Malgré les efforts du Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP), l’intégration de la prise en charge du choléra dans le système de santé est encore faible et incomplète et plusieurs structures existantes connaissent d’importants manques de moyens : personnels sanitaires insuffisants pour assurer la permanence de soins, et dans certains cas, non-formés à la prise en charge des patients atteints de la maladie, discontinuité dans le paiement de leurs salaires, infrastructures en eau, hygiène et assainissement désuètes, intrants pas toujours disponibles etc…

En 2013, les fonds pour la lutte contre le choléra ont drastiquement diminués démontrant une certaine minimisation de cette problématique humanitaire et engendrant le retrait brutal de nombreux acteurs. Il est urgent de remobiliser l’ensemble des acteurs nationaux et internationaux, afin que cette épidémie ne devienne pas une crise humanitaire oubliée et silencieuse.