Haiti

La reconstruction, oui... mais pas sans les droits de l’homme !

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Après les actions d’urgence et de relèvement post-séisme en faveur des sinistrés, place désormais aux efforts de reconstruction. A travers le livre intitulé « Reconstruction d’Haïti : l’extrême pauvreté, un enjeu fondamental», Me Jean Gédéon, son auteur, par ailleurs Directeur-fondateur du Centre d’Analyse et de Recherche en Droits de l’Homme (CARDH), met en relief l’importance d’une reconstruction basée sur le respect des Droits de l’homme.

Bientôt deux ans, depuis que la terre d’Haïti a tremblé et emporté des centaines de milliers de vies, sans oublier que le tremblement de terre a détruit partiellement ou totalement des milliers d’habitations et autres infrastructures du pays. Reconstruire Haïti est donc un enjeu de taille, tant il est vrai, comme le souligne Me Jean Gédéon, que « le séisme a levé le voile sur la situation, déjà existante, d’extrême pauvreté de la grande majorité de la population haïtienne ».

Une vision partagée par la Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur le Logement Convenable, Mme Raquel Rolnik, lors de sa visite en Haïti, en juin 2011, dans le cadre d’une séance de travail organisée par le Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’Homme, la Section des Droits de l’Homme de la MINUSTAH et ONU-Habitat, autour du thème « stratégie de reconstruction et amélioration du droit au logement décent et à la terre». Pour elle non plus, la crise de logement en Haïti n’est pas une conséquence du séisme du 12 janvier 2010. « Le tremblement de terre, en aboutissant à la création des camps, a rendu visible un problème épineux qui existait déjà et qui n’était pas sous les feux des projecteurs », avait-elle souligné.

Dans son ouvrage, Me Jean Gédéon évoque, par ailleurs, des « facettes multiples et multiformes de l’extrême pauvreté en Haïti ». Voila pourquoi, celui-ci estime que « la reconstruction effective d’Haïti parait impensable en dehors d’une véritable politique visant à résorber la situation d’extrême pauvreté qui y prédomine ». Et l’auteur de poursuivre : « là où l’extrême pauvreté établit sa « dictature » ou son « hégémonie », il ne peut y avoir de développement durable, de démocratie et d’Etat de droit ».

De par sa démarche, l’auteur se propose de défendre une stratégie de lutte contre « l’extrême pauvreté à partir d’une approche fondée sur les droits de l’homme et non sur le revenu ». Selon lui, il s’agit surtout d’« aborder la question par rapport aux droits sociaux, économiques et culturels, deuxième génération des droits de l’homme, tout en tenant compte des normes d’universalité, d’indivisibilité et d’interdépendance des droits de l’homme ».

Il ajoute que « la reconstruction a été mal abordée, en se sens qu’elle n’a pas fait l’objet de suffisamment de débats pour cerner les besoins fondamentaux de la population ». Autre insuffisance que dénonce Me Gédéon, « tous les acteurs n’ont pas été intégrés au processus de reconstruction », même si, reconnait-il, « les efforts en cours sont déjà visibles ».

Aussi, dit-il, « mon message s’adresse principalement à trois acteurs : l’Etat, en tant que premier détenteur d’obligations, ensuite la société civile, qui constitue un élément important de toute démocratie et politique de bonne gouvernance, et la coopération internationale ».

La « reconstruction basée sur le respect des droits de l’homme » est une préoccupation que partage également l’Expert indépendant des Nations Unies pour les droits de l’homme, Michel Forst, qui a, entre autres, postfacé l’ouvrage. Dans son dernier rapport, l’Expert Indépendant fait valoir que « l’approche fondée sur les droits de l’homme permet de porter une attention particulière aux personnes les plus vulnérables, les femmes, les enfants, les personnes atteintes de handicap, de rechercher à associer systématiquement à la reconstruction les organisations de la société civile ».

Michel Forst se félicite, par ailleurs, du soutien apporté par les autorités haïtiennes et par des membres de la CIRH à l’idée de « réfléchir sur une approche basée sur les droits de l’homme dans la reconstruction qui pourrait refonder la stratégie et le plan d’action, de telle sorte que la population comprenne que la finalité même de la reconstruction vise à leur garantir des droits».

Nombre de préoccupations mis en relief dans l’ouvrage publié par le Directeur-fondateur du Centre d’Analyse et de Recherche en Droits de l’Homme ont été aussi mises en exergue, sous forme de recommandations, par les pays membres du Conseil des droits de l’homme (CDH), dans le cadre de l’Examen Périodique Universel (EPU) sur la situation des droits de l’homme en Haïti, le 13 octobre 2011, à Genève. Des recommandations que la délégation haïtienne a promis de transmettre à l’Exécutif.

Le Centre d’Analyse et de Recherche en Droits de l’Homme (CARDH) est une ONG partenaire de la section des Droits de l’Homme de la MINUSTAH (SDH) / Bureau du Haut-commissariat aux Droits de l’Homme. A ce titre, ses membres ont pris part à plusieurs activités de renforcement de capacités, notamment sur les droits économiques, sociaux et culturels, ainsi que l’approche fondée sur les droits de l’homme dans le cadre la reconstruction en Haïti.

La SDH a, par ailleurs, tenu, en partenariat avec CARDH, un atelier relatif à l’analyse du budget de la République selon une approche basée sur les droits de l’homme en Avril 2011. Cette analyse, à laquelle avaient pris part des cadres des Ministères du plan, des Finances, de la Santé, ainsi que le Fonds d’Assistance Economique et Social (FAES) et Entreprises Publiques de Promotion de Logements Sociaux (EPPLS), fera l’objet d’un rapport qui sera publié très prochainement.

Rédaction : Uwolowulakana Ikavi
Edition: Pierre Jérome Richard