Haiti

La CIRH à l’heure du bilan

Source
Posted
Originally published
Origin
View original

La Commission Intérimaire pour la Reconstruction d’Haïti (CIRH) a organisé, les 7 et 8 avril 2011 à Pétion-Ville (à l’est de la capitale haïtienne), sa sixième réunion de travail. Cette rencontre, qui s’est déroulée dans un contexte marqué par l’élection d’un nouveau président, a été l’occasion de faire le point sur l‘état d’avancement du dossier de la reconstruction.

C’est autour du thème « Accélérer le progrès à travers l’atteinte des objectifs de la reconstruction » que la CIRH a organisé sa sixième réunion. « La CIRH est en train de mettre en place des mécanismes devant permettre au nouveau gouvernement qui entrera en fonction en mai prochain de voir ce qui a été fait dans le domaine de la reconstruction et de les renforcer éventuellement », a précisé Rose-Anne Auguste, membre du Conseil d’Administration de la Commission, expliquant le but de cette rencontre. Un processus de reconstruction, rappelle Mme Auguste, qui ne concerne pas seulement les villes affectées par le séisme comme Port-au-Prince et Léogane, mais s’étend à l’ensemble du pays.

Selon le Premier ministre haïtien et co-président, avec Bill Clinton, de la CIRH, Jean-Max Bellerive, cette rencontre avait aussi pour objectif de faire le bilan du travail realize jusqu’à présent. Il s’agit d’un « travail d’introspection, d’analyse et d’audit », un an après la réunion de New-York, le 31 mars 2010, qui a vu la communauté internationale promettre à Haïti 9,9 milliards de dollars sur trois ans, dont 5,3 milliards sur les deux premières années.

Lors de son intervention, M. Bellerive qui a souligné que « le bilan n’est pas négatif », a mis l’accent sur la nécessité de « passer à une nouvelle étape ». Et au nombre des plus grands défis rencontrés par la commission, a-t-il noté, l’indisponibilité des fonds nécessaires pour financer l’exécution de certains projets.

« Nous avons un plan bien préparé et une série de programmes clés qui sont prêts à être mis en œuvre. Mais nous ne pouvons reconstruire qu’au rythme des décaissements de fonds», a déclaré le Premier ministre Bellerive.

Ce point de vue est partagé par M. Clinton pour qui « la Commission est toujours en avance sur les donateurs ». Il a en effet mis en exergue la nécessité de disposer de fonds supplémentaires. Car, parmi les 87 projets approuvés pour un montant total de 3,26 milliards de dollars, certains n’ont pas encore eu de financement ou sont partiellement financés. Seulement 37,2% des fonds promis par les bailleurs sont déjà décaissés. Les deux co-présidents ont exhorté les bailleurs à accélérer le décaissement.

Identifier des problèmes et faire des propositions

Au cours de cette réunion de deux jours, quelque huit (8) ateliers de travail ont été organisés en vue de réfléchir sur des thèmes clés susceptibles de favoriser le relèvement d’Haïti et de permettre que le pays « devienne d’ici à 2030, un pays émergent », comme le prévoit le « Plan d’Action pour le Développement et le Relèvement National », élaboré par l’administration Préval après le tremblement de terre du 12 janvier. Au nombre des sujets débattus figurent des thèmes comme « Enlèvement des débris, Agriculture et sécurité alimentaire, Education, E au et Assainissement, Santé, Gestion des catastrophes et Logement ».

Chacun des thèmes abordés a fait l’objet d’une présentation résumant les actions déjà entreprises, les besoins, les défis et des approches pouvant faciliter la recherche de solutions aux divers problèmes. Des discussions ont également eu lieu sur des questions comme le financement, la coordination et les politiques à mettre en œuvre.

Selon le communiqué final de la CIRH, ces échanges ont permis d’identifier de nouveaux besoins. A titre d’exemple, un montant supplémentaire de 100 millions s’avère nécessaire pour l’enlèvement des débris et la création de décharges supplémentaires. Dans le domaine de la sécurité agricole et alimentaire, les pouvoirs publics auront besoin de 56 millions de dollars dans les 12 prochains mois afin d’éviter une crise alimentaire dans le pays et plus de 175 millions sont encore nécessaires pour soutenir l’investissement du gouvernement dans le secteur agricole. Les participants ont aussi identifié des mesures devant permettre d’accélérer les efforts de reconstruction. Au nombre de ces mesures, le renforcement des capacités institutionnelles de l’Etat, la célérité dans le décaissement des fonds qui doivent d’ailleurs mieux s’aligner sur les priorités identifiées par la CIRH en concertation avec les autorités haïtiennes, ainsi que la mise en application des réformes par le gouvernement.

La CIRH a par ailleurs exhorté le Parlement à approuver le cadre juridique élaboré par le Système National de Gestion des Risques et des Désastres. Il a également conseillé au nouveau gouvernement de renforcer les réformes au niveau de la gestion de l’eau et de se pencher sur les problèmes liés à la sécurité. La rencontre a en outre été l’occasion pour l’ancien président américain Bill Clinton et le Premier ministre Jean Max Bellerive de plaider pour que les nouvelles autorités du pays prorogent le mandat de la CIRH. Avec des parlementaires élus, ils ont en effet discuté de la nécessité de maintenir cette Commission prévue pour durer 18 mois et dont le mandat arrive à terme, le 31 octobre prochain.

Quoiqu’il en soit, le nouveau gouvernement pourra compter sur la CIRH qui promet de « continuer à lui apporter son soutien en vue du renforcement de ses capacités institutionnelles de telle sorte qu’il puisse assumer pleinement la conduite des efforts de reconstruction du pays». Et le Premier ministre de souligner « lorsque le nouveau président d’Haïti prendra ses fonctions, la CIRH ne lui présentera pas seulement un plan d’action global, mais aussi les moyens de mise en œuvre de ce plan ».

L’Ambassadeur de France en Haïti, Didier Le Bret, s’est montré satisfait de cette réunion. « Je crois que c’est la première fois dans une réunion de la CIRH que les problèmes sont posés aussi clairement », a-t-il commenté. L’Ambassadeur de France pense aussi que le travail d’évaluation réalisé « doit être mis à la disposition des nouvelles autorités pour qu’elles en tirent des enseignements et que des propositions soient faites pour améliorer leur gouvernance de la reconstruction ».

Cette sixième réunion a également vu l’expert indépendant des Nations Unies pour les droits de l’homme en Haïti, Michel Forst, faire une présentation sur « les droits humains et la reconstruction ». Celui-ci a mis l’accent sur l’approche par les droits qui rejette «la notion de charité » et se concentre plutôt sur une meilleure manière d’aider l’Etat, en l’occurrence l’Etat haïtien, à « garantir l’effectivité de tous les droits » à savoir les droits civils et politiques ainsi que l’accès de tous aux droits économiques, sociaux et culturels, notamment dans le cadre de la reconstruction.