« L’appui psychosocial a beaucoup aidé les enfants après le séisme de 2010 en Haïti » - Aider les enfants les plus vulnérables

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from UN Children's Fund
Published on 10 Jan 2020 View Original

Geslet Bordes

Le séisme du 12 janvier 2010 a fait plus de 220 000 morts, 300 000 blessés et 1,5 million de sans-abris. D’innombrables familles ont été brisées et 750 000 enfants directement touchés. Même touchés dans leur chair les collègues, de l’UNICEF ont répondu présents. Nous vous offrons leur témoignage. Voici celui de Geslet Bordes, officier en protection à l’UNICEF.

Je suis entré à l’UNICEF sept mois avant le tremblement de terre. J’ai senti que c’était prédestiné. Il fallait que je donne ma contribution en aidant les personnes victimes, principalement les enfants.

Lors du tremblement de terre, je me trouvais dans la ville des Cayes, très loin de ma famille. J’ai dû patienter près d’une semaine pour rentrer à Port-au-Prince car les voitures ne pouvaient pas circuler. Je rongeais mon frein car je n’avais aucune nouvelle de ma femme et de ma petite fille. Le téléphone ne passait pas dans les deux sens, l’angoisse me rongeait. Finalement, j’ai reçu un texte message aux environs de 3h du matin qui disait que tout le monde allait bien. C’était le soulagement ultime.

Il fallait rentrer à Port-au-Prince, car je pensais à tous ces enfants traumatisés et qui avaient besoin d’un appui psychosocial de toute urgence, le champ dans lequel je travaille. Dès l’entrée sud, les images de désolation défilaient sous mes yeux. Toutes ces maisons effondrées, ces personnes blessées et ces morts. C’était l’horreur.

Faire don de soi

Ma situation personnelle n’était pas catastrophique, je n’avais pas subi de pertes matérielles ni personnelles. Cependant, j’ai dû héberger une vingtaine de personnes chez moi. Ce qui posait un problème dans l’organisation de ma vie de tous les jours. De plus, ma femme et ma fille ont quitté rapidement le pays pour prendre un peu de recul. Je suis un homme très proche de ma famille, cette situation était extrêmement pénible pour moi. Ma famille a passé cinq mois en dehors du pays, et à un moment, j’étais obligé d’aller les chercher pour reprendre des forces et continuer à travailler. Dans ces conditions, se motiver pour venir travailler tous les jours n’était pas facile.

Mon superviseur de l’époque m’a fait remarquer que mon champ d’action serait plus vaste qu’avant. Et que je n’allais pas seulement toucher les enfants victimes de traite ou de trafic, mais tous les enfants affectés par tous les types de vulnérabilités.

Donner un appui psychosocial aux enfants

Je me suis engagé corps et âme dans l’appui que j’apportais sur le terrain, notamment dans les camps de déplacés. Car les enfants étaient les plus vulnérables et les plus touchés par la catastrophe. J’ai participé à la mise sur pied d’un vaste programme de l’UNICEF portant sur l’appui psychosocial qui a touché plus de 5 000 enfants directement et des dizaines de milliers d’autres de manière indirecte. Une seule passion m’anime, le bien-être de tous les enfants haïtiens, notamment les plus vulnérables.

Dans un premier temps, de concert avec la brigade de Protection des mineurs (BPM) et l’Institut du Bien-Etre Social Recherches (IBESR), les activités étaient diverses : sensibilisation et sécurité des enfants dans les camps, présence dans les aéroports et sur la frontière pour éviter les cas de trafic et de traite des enfants ; visite des maisons d’enfants, crèches et évaluation de tous les orphelinats dans les zones affectées.

Nous avons initié l’approche psychosociale avec 200 animateurs qui ont été formés et qui ont intervenu de manière régulière dans 100 espaces amis des enfants à Port-au-Prince. Dans les provinces, le nombre d’animateurs sociaux était de 500 dans 200 espaces amis des enfants. Mon travail a consisté à la formation de ces animateurs sociaux, à des visites de terrain, à un appui technique, à la supervision, à la production et à la distribution de matériels de suivi des activités.

Je crois que mon action a eu un impact positif sur la vie des enfants. Ils se sont sentis rassurés dès les premières visites de l’UNICEF, de la BPM de l’IBESR dans les camps et les communautés. Les enfants non-accompagnés qui étaient dans les rues ont été transférés au foyer l’Escale, un centre de transit pour enfants en domesticité appuyé par l’UNICEF. Sans notre intervention, ces enfants seraient sûrement perdus dans les rues et auraient pu être victimes de traite et de trafic.

Dix ans après, avec du recul, je pense que les interventions ont touché plusieurs aspects qui ont trait à la protection de l’enfant parce qu’elles étaient holistiques. Nous avons eu la meilleure approche en impliquant directement les communautés au cours de la réponse.