Informing humanitarians worldwide 24/7 — a service provided by UN OCHA

Haiti

Haïti — Redevabilité et communication auprès des populations déplacées et des communautés hôtes (Septembre 2025)

Attachments

Depuis quelques années, Haïti est affecté par des violences armées, notamment dans sa capitale, la Zone Métropolitaine de Port-au-Prince (ZMPP), et plus récemment dans les départements du Centre et de l’Artibonite, qui ont entraîné d'importants déplacements de population. En décembre2025,plus de 1,4 million de personnes sont déplacées internes dans le pays.

Face à ce contexte, et à travers sa matrice de suivi des déplacements (DTM, Displacement Tracking Matrix, en anglais), l’Organisation internationale pour les migrations met en oeuvre plusieurs méthodologies de collecte de données afin d’orienter les réponses humanitaires, ainsi que des programmes de transition, stabilisation et développement. Les enquêtes auprès des ménages constituent l’un des principaux outils de la DTM. Elles reposent sur des entretiens menés auprès des ménages affectés par les déplacements, notamment les personnes déplacées internes (PDI) et les communautés hôtes.

Ce rapport présente les analyses des besoins en redevabilité et communication de ces catégories de population, s’appuyant sur des entretiens menés auprès de 6 351 ménages entre le 26 juillet et le 30 août 2025, dont 3 137 ménages déplacés (accueillis en sites et hors sites) et 3 214 ménages des communautés hôtes. Les enquêtes ont été recueillies par 217 enquêteurs (dont 69 femmes) et se sont déroulées dans les départements qui accueillent le plus de PDI dans le pays, ce qui constitue tous les départements sauf les départements du Nord-Est et du Nord-Ouest qui accueillent peu de PDI.

Les résultats indiquent que :

  • Le manque de nourriture en quantité et qualité suffisantes est le défi principal pour les trois groupes de populations (communauté hôte, déplacés internes en sites et déplacés internes hors sites). Les ménages déplacés en sites font cependant face à des difficultés spécifiques : le manque d’un espace de vie approprié et du manque de biens non alimentaires. En revanche, le manque de sources de revenus et d’accès à l’eau potable sont des défis majeurs partagés de manière relativement uniforme par tous.

  • Top 5 des besoins prioritaires de tous les 3 groupes de populations: 1) l'assistance alimentaire, 2) le logement (surtout pour les déplacés hors sites), 3) les moyens de subsistance, 4) les soins de santé et 5) l'eau potable. Le premier et les trois derniers besoins sont exprimés de façon homogène par toutes les populations.

  • Les trois groupes de populations ont exprimé une préférence première pour les espèces physiques (cash) comme modalité d'assistance principale. La distribution de nourriture en nature et les transferts monétaires mobiles viennent en deuxième et troisième position.

  • Près de quatre ménages sur dix estiment que l'aide est mal ciblée, ne parvenant pas ou peu aux plus vulnérables. Selon ces critiques, les personnes âgées constituent le principal groupe souvent exclu. Les femmes enceintes, les personnes handicapées et les veuves ont été par ailleurs beaucoup plus mentionnées par les ménages des communautés hôtes et déplacés hors sites.

  • L'accès à l'aide est bien plus difficile pour les ménages des communautés hôtes et déplacés installés en dehors des sites spontanés, où près des trois quarts des ménages déclarent des obstacles. Le principal défi est le manque d'information sur les services disponibles.

  • Paradoxalement, les déplacés en sites, pourtant les principaux bénéficiaires des assistances humanitaires, sont les plus insatisfaits de l'aide (35% contre 21% des bénéficiaires déplacés hors sites et 16% des communautés hôtes). Si tous les 3 groupes déplorent son insuffisance et son inadéquation, les ménages en sites critiquent plus fortement sa mauvaise qualité.

  • Près de la moitié des bénéficiaires n’ont pas été consultés sur l’aide qu’ils recevraient, un déficit particulièrement marqué dans les sites. Ce manque de consultation explique en grande partie les taux d'insatisfaction et le sentiment d'une aide inadéquate aux besoins réels.

  • L’évaluation des comportements des acteurs humanitaires est délicate, avec un taux élevé de non-réponse, notamment hors sites. Parmi les répondants, une part significative (19% des ménages déplacés en site et 28% pour les 2 autres groupes) exprime de l’insatisfaction, invoquant principalement des manquements à l'intégrité (fraude, corruption) ou au respect. Dans les sites, un signal grave et spécifique émerge, avec une proportion nettement plus élevée (22%) de répondants critiques citant des abus et exploitations, nécessitant un suivi prioritaire dans les mécanismes de protection et de redevabilité

  • La redevabilité est entravée par une forte réticence à signaler les mauvais comportements (69% des ménages déplacés et 75% des communautés hôtes critiques ne sont pas confortables à le signaler) et par une ignorance des mécanismes existants (72% des ménages déplacés et 74% des communautés n’en connaissent pas l’existence). Il est urgent de promouvoir activement ces mécanismes de sensibiliser les communautés pour garantir des voies de signalement accessibles et sûres.