Le Groupe des 184, principal organisateur du rassemblement devant le QG de la mission onusienne, adresse ses sympathies au Brésil pour la mort du général Urano Teixeira da Matta Bacellar et demande à Koffi Annan de mettre fin à la passivité des casques bleus vis-à-vis des gangs ; le coordonnateur des 184, André Apaid Junior, dénonce les bénéfices politiques que le candidat René Préval tirerait du kidnapping
Plusieurs centaines de personnes dont des leaders politiques et des étudiants ont manifesté lundi sans incident devant le siège de la mission onusienne à Port-au-Prince à l'appel de la société civile. Très remontés contre l'inertie de la Mision des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) malgré la recrudescence des enlèvements depuis plusieurs semaines, les manifestants voulaient porter la force internationale de paix à rétablir la sécurité en Haïti en mettant fin à la politique de terreur des bandes armées, à trois semaines du premier tour des présidentielles et législatives prévu le 7 février.
Le Groupe des 184 qui réunit des organisations de différents secteurs de la société civile avait lancé cette nouvelle mobilisation avec le soutien des neuf partis politiques de "L'Entente pour la Démocratie et la Modernité" dans le but de maintenir sous pression la MINUSTAH après la grève générale largement suivie de lundi dernier.
A bas les kidnappings ! A bas la MINUSTAH !, a scandé à l'unisson une foule résolument hostile aux gangs opérant dans différents quartiers de Port-au-Prince notamment Cité Soleil (nord), bastion des partisans armés de l'ancien dictateur Jean-Bertrand Aristide, et ouvertement impliqués dans la campagne de l'autre figure Lavalas (le parti d'Aristide), l'ex-Président René Préval, dont la candidature à un second mandat suscite de plus en plus de controverses.
Lors de ce rassemblement qui s'est déroulé au milieu d'un imposant dispositif de sécurité, à l'entrée de l'hôtel Christopher qui abrite les bureaux de la MINUSTAH, l'industriel André Apaid Junior, coordonnateur des 184, a désigné sans le nommer M. Préval comme "le principal bénéficiaire politique de la vague de kidnappings qui continue de frapper toutes les couches de la population". Après avoir ignoré des appels incessants de la société civile à l'endroit de son candidat en vue d'une clarification de sa position vis-à-vis des gangs, la Plate-Forme Lespwa (Espoir) de René Préval avait, dans une note de presse rendue publique le week-end dernier, dénoncé "une campagne de dénigrement systématique dont elle ferait l'objet de la part d'un secteur politique".
Les dirigeants de la plate-forme de la société civile ont également remis au personnel administratif de la MINUSTAH deux lettres ouvertes adressées respectivement au Président brésilien Luiz Inàcio Lula da Silva et au secrétaire général de l'ONU Koffi Annan. Dans la première lettre, ils expriment, au nom du peuple haïtien, leurs sympathies au chef de l'Etat et au peuple brésilien à l'occasion de la mort tragique du général Urano Tekixeira da Matta Bacellar, le 7 janvier à Port-au-Prince, alors que dans la seconde, les responsables des 184 appellent à un changement radical d'approche de la direction politique de la MINUSTAH vis-à-vis des bandes armées considérées comme une bombe à retardement pour les compétitions électorales. "Nous venons vous demander de vous pencher spécialement, ainsi que le Conseil de sécurité, sur l'évolution des problèmes de sécurité et de désarmement qui ont un impact indiscutable sur le bon déroulement des élections. Une attention urgente doit être donnée au problème des gangs" soulignent les rédacteurs de la lettre qui souhaitent que la Police Nationale d'Haïti soit matériellement renforcée et parvienne à coordonner son action avec celle de la force onusienne. Les représentants de la société civile haïtienne ont également demandé la formation par l'ONU d'une commission d'évaluation de la situation en Haïti et exprimé le désir d'envoyer une délégation à l'ONU.
Trois candidats à la Présidence présents au rassemblement, Charles-Henry Baker (indépendant), Serge Gilles (Fusion des Sociaux-Démocrates) et Paul Denis (OPL) ont pris la parole de même que le bâtonnier de l'Ordre des avocats de Port-au-Prince, Me Gervais Charles. Le président de la FUSION, Victor Benoît, et des candidats au Sénat et à la députation s'étaient également joints au mouvement.
Des soldats brésiliens qui ont essuyé les injures de certains manifestants fougueux et contre qui des bouteilles d'eau ont été lancés sont restés impassibles.
Un individu qui affirme avoir été accusé à tort d'appartenir à Lavalas, a été maîtrisé par la police avant d'être relâché.
Pendant toute la durée du sit-in devant l'hôtel Christopher à Bourdon (est de la capitale), toutes les artères débouchant sur cette voie principale ont été bloquées par la police. La circulation automobile s'en est grandement ressentie vers midi, heure de pointe à Port-au-Prince.