Messages clé
- L’insécurité alimentaire aiguë généralisée de Crise (Phase 3 de l'IPC) est toujours observée à travers le pays. L’intensification de l’insécurité et la forte prévalence de la malnutrition aiguë maintiennent des résultats d’Urgence (IPC Phase 4) à Cité Soleil, Port-au-Prince, Croix-des-Bouquets, ainsi que dans les sites de personnes déplacées internes (PDI) de la zone métropolitaine de Port-au-Prince (ZMPP).
- Bien qu’en-dessous de la moyenne, les récoltes d’automne améliorent provisoirement la disponibilité de certains produits alimentaires dans les Nippes, le Nord, le Nord-Ouest, le Centre, et certaines parties de l’Ouest. Cette légère amélioration n’est pas observée dans la ZMPP, freinée par la persistance des violences des gangs et la hausse des droits de passage illégaux qu'ils imposent sur les axes routiers essentiels, empêchant ainsi les produits locaux d’atteindre cette région. Ces facteurs continuent de perturber la chaîne d'approvisionnement des marchés régionaux, maintenir les prix élevés et d’affecter les activités génératrices de revenus.
- Les données récentes et statistiquement représentatives sur la malnutrition aiguë globale (MAG) ne soient pas disponibles, mais les données d’admission issues des structures de santé indiquent une situation préoccupante. Au niveau national, plus de 27 pour cent des enfants de moins de cinq ans admis dans les centres de santé présentaient une malnutrition aiguë. Dans l’Ouest, cette proportion atteint 42 pour cent. Ces chiffres pourraient indiquer que les niveaux de MAG sont supérieurs à ceux observés lors de la dernière enquête SMART en 2023. Toutefois, ces données ne représentent pas l’ensemble de la population et peuvent également refléter des changements dans l’accès aux services de santé, l’intensification du dépistage ou des limites des données.
- Les prix des produits alimentaires de base demeurent exceptionnellement élevés, une situation aggravée par les taxes illégales et les frais de transit exorbitants imposés par les gangs armés sur les routes nationales, ce malgré la stabilité du taux de change par rapport au dollar américain.
Ce rapport fournit une mise à jour des perspectives sur la sécurité alimentaire du mois d’octobre 2025 et des messages clés du mois de novembre 2025. L’analyse est basée sur les informations disponibles au 15 décembre.
Anomalies des conditions de sécurité alimentaire en décembre 2025
L'évolution récente de la situation sécuritaire a un **impact négatif sur les activités génératrices de revenus liées aux festivités de fin d’année.**L’insécurité s'accroît dans l’Artibonite (attaques à Pont Sondé), le Centre (Mirebalais) et l’Ouest (Arcahaie, Montrouis). Ces violences provoquent de nouveaux flux de PDI et de nombreux assassinat. Selon l’OIM, environ 9 000 personnes sont forcées de fuir leur lieu de résidence en novembre après des attaques de gangs armés. Parallèlement, 22 000 autres ont été déportées de l’extérieur, notamment de la République dominicaine.
La zone métropolitaine de Port-au-Prince connaît désormais une vague d’enlèvements et de séquestrations contre rançon, surtout à Delmas et ses environs, créant un climat de peur malgré l’intensification des opérations policières. Une augmentation de la violence politique et des manifestations liées à l’expiration du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT) en février 2026 est également observée.
La situation sécuritaire continue de perturber le fonctionnement normal d’approvisionnement, des activités génératrices de revenus (petit commerce, activité journalière, entre autres), ainsi que le fonctionnement normal des marchés et des transports publics. Le département de l’Ouest (plus de 84 pour cent des cas de violence, plus spécifiquement dans la ZMPP), l’Artibonite et le Centre sont les plus touchés selon le dernier rapport de PLSO. La violence des gangs et leurs tentatives d'expansion territoriale constituent l'un des principaux défis pour les forces de sécurité nationales et un des déterminants majeurs de l’insécurité alimentaire dans le pays, particulièrement dans la ZMPP et maintenant Artibonite. Les affrontements en cours à Arcahaie, Montrouis, Pont Sondé et Estère bloquent la Route nationale n°1, reliant le Nord au reste du pays. Selon le International Crisis Group le gang ‘viv Ansanm’ a pu tirer parti de leurs taxes et péages informels pour générer entre 60 et 75 millions USD par an. Les gangs imposent des taxes illégales qui augmentent les coûts logistiques : 1 500 USD par camion par mois, 150 USD par trajet, et 2 000 USD par conteneur maritime. Ces coûts se répercutent sur les prix des denrées alimentaires, contribuant à la hausse des prix à travers le pays.
Les effets résiduels de l’ouragan Melissa sur les revenus agricoles et la sécurité alimentaire continuent de se faire sentir dans les zones touchées. Deux mois après le passage de l’ouragan Melissa dans le grand Sud (Grand’Anse, Sud, Nippes, Sud-est), les impacts sur les infrastructures routières, agricoles et des moyens d’existence restent importants. Environ 1.25 million de personnes sont affectées, ce qui accentue les besoins humanitaires et l’insécurité alimentaire, selon le PAM. Une évaluation rapide menée par CRS et Caritas en novembre 2025 confirme des dégâts sévères : destruction sévère des habitations et des infrastructures publiques comme les routes et les systèmes d’irrigation. Une aggravation de l’insécurité alimentaire est observée dans la région. Les ménages touchés subissent des pertes quasi totales de cultures saisonnières et de bétail. Ils adoptent des stratégies négatives comme l’emprunt de nourriture, la réduction des repas quotidiens et la consommation des dernières réserves, y compris des semences destinées à la prochaine saison.
Un faible niveau de récoltes d’automne dans les différentes zones agroécologiques du pays est observé, notamment celles touchées par Melissa. Bien que l’impact de l’ouragan sur les cultures ait été moyen (25 à 50 pour cent de pertes selon le PAM), la campagne d’automne a fait montre d’une faible performance, les cultures ayant été détruites, dans certains cas, endommagées. Etant les plus affectées, les cultures saisonnières telles le pois congo, le sorgho, le maïs, le haricot, la banane, sont très peu disponibles sur les marchés locaux et régionaux, leurs récoltes étant nettement en-dessous de la normale. Par ailleurs, dans les zones agroécologiques (Nord, Nord-est, Artibonite, Ouest), qui n’ont pas été directement affectées par l’ouragan, les plantations ont été surtout hypothéquées par des déficits hydriques compromettant leur cycle de croissance, ayant entrainé aussi des pertes, voire l’absence, de récoltes dans ces zones. Depuis le passage de l'ouragan Melissa en octobre, la région n'a pratiquement pas reçu de précipitations, aggravant les ravages sur les récoltes d’automne et d’hiver. La disponibilité des produits locaux reste faible, surtout dans la ZMPP.
Assistance alimentaire humanitaire
Le passage de l’ouragan Melissa a augmenté le nombre de personne en besoin d’assistance humanitaire. Cependant, l’assistance alimentaire d’urgence s'est déjà avérée insuffisante pour répondre aux besoins, subissant des contraintes opérationnelles et financières. Pour sa part, le PAM a fait état de réduction significative de financement de ses programmes d’urgence, lesquels sont financés à hauteur de 59 pour cent au cours des douze derniers mois. Pour la ZMPP qui héberge la plupart des camps de déplacés internes, les partenaires signalent des couvertures intermittentes, avec des interruptions d’accès dues aux violences et aux coûts logistiques élevés. Ainsi, selon le Cluster de sécurité alimentaire, sur une cible de 3 millions de personnes, cumulativement 1.8 million, soit environ 60 pour cent, ont pu être atteintes, ayant bénéficié soit de cash transferts (1.4 million) et de repas chauds (0.4 million) notamment dans les sites de PDI.