Depuis quelques années, Haïti est affecté par des violences armées, notamment dans sa capitale, la Zone Métropolitaine de Port-au-Prince (ZMPP), et plus récemment dans les départements du Centre et de l’Artibonite, qui ont entraîné d'importants déplacements de population. En décembre 2025, plus de 1,4 million de personnes sont déplacées internes dans le pays.
Face à ce contexte, et à travers sa matrice de suivi des déplacements (DTM, Displacement Tracking Matrix, en anglais), l’Organisation internationale pour les migrations met en œuvre plusieurs méthodologies de collecte de données afin d’orienter les réponses humanitaires, ainsi que des programmes de transition, stabilisation et développement. Les enquêtes auprès des ménages constituent l’un des principaux outils de la DTM. Elles reposent sur des entretiens menés auprès des ménages affectés par les déplacements, notamment les personnes déplacées internes (PDI) et les communautés hôtes.
Ce rapport présente les analyses des besoins en sécurité alimentaire de ces catégories de population, s’appuyant sur des entretiens menés auprès de 6 351 ménages entre le 26 juillet et le 30 août 2025, dont 3 137 ménages déplacés (accueillis en sites et hors sites) et 3 214 ménages des communautés hôtes. Les enquêtes ont été recueillies par 217 enquêteurs (dont 69 femmes) et se sont déroulées dans les départements qui accueillent le plus de PDI dans le pays, ce qui constitue tous les départements sauf les départements du Nord-Est et du Nord-Ouest qui accueillent peu de PDI.
Les résultats clés indiquent que :
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Les régimes alimentaires sont comparables d’un groupe à l’autre, dominés par les céréales, huiles et légumes (4–5 jours sur 7). L’apport en protéines animales et produits laitiers reste marginal (2 jours sur 7 et 1 jour sur 7 respectivement).
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La majorité des ménages souffrent de la faim, mais les déplacés en sites sont les plus sévèrement touchés : ils sont davantage confrontés au manque de nourriture, à se coucher sans manger et à passer des journées entières à jeun.
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Les stratégies de subsistance sont globalement similaires, mais les ménages déplacés (en sites et hors sites) restreignent plus fréquemment leur propre consommation pour nourrir les jeunes enfants (2 jours sur 7, contre 1 jour sur 7 chez les hôtes).
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Face au manque de nourriture, les ménages en sites adoptent des stratégies d’urgence bien plus marquées qu’ailleurs : 50% puisent dans leur épargne contre 41% des ménages de la communauté hôte et 35% des ménages déplacés hors sites. Le recours à l’emprunt ou à la réduction des dépenses non alimentaires suit la même tendance. Près de la moitié de ménages en sites (47% contre 16 et 15% au sein de 2 autres groupes) ont eu recours à la mendicité, exposant femmes et filles à des risques de protection critiques. Plus d’un ménage sur dix en sites (11% contre 7 et 8% des 2 autres groupes) ont indiqué l’engagement dans des activités illégales ou dangereuses pour accéder à la nourriture. Le retrait des enfants de l’école pour diriger les dépenses vers la nourriture est également plus fréquent en sites (18% contre 7 et 8% de 2 autres catégories).