Depuis quelques années, Haïti est affecté par des violences armées, notamment dans sa capitale, la Zone Métropolitaine de Port-au-Prince (ZMPP), et plus récemment dans les départements du Centre et de l’Artibonite, qui ont entraîné d'importants déplacements de population. En décembre 2025, plus de 1,4 million de personnes sont déplacées internes dans le pays.
Face à ce contexte, et à travers sa matrice de suivi des déplacements (DTM, Displacement Tracking Matrix, en anglais), l’Organisation internationale pour les migrations met en œuvre plusieurs méthodologies de collecte de données afin d’orienter les réponses humanitaires, ainsi que des programmes de transition, stabilisation et développement. Les enquêtes auprès des ménages constituent l’un des principaux outils de la DTM. Elles reposent sur des entretiens menés auprès des ménages affectés par les déplacements, notamment les personnes déplacées internes (PDI) et les communautés hôtes.
Ce rapport présente les analyses des besoins en santé et nutrition de ces catégories de population, s’appuyant sur des entretiens menés auprès de 6 351 ménages entre le 26 juillet et le 30 août 2025, dont 3 137 ménages déplacés (accueillis en sites et hors sites) et 3 214 ménages des communautés hôtes. Les enquêtes ont été recueillies par 217 enquêteurs (dont 69 femmes) et se sont déroulées dans les départements qui accueillent le plus de PDI dans le pays, ce qui constitue tous les départements sauf les départements du Nord-Est et du Nord-Ouest qui accueillent peu de PDI.
Les résultats clés indiquent que :
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Les besoins de santé déclarés sont comparables d’un groupe à l’autre, avec une prévalence légèrement supérieure parmi les personnes déplacées en sites (33% contre 28% hors sites et 26% au sein des communautés hôtes). L’accès aux soins reste toutefois très insuffisant, en particulier pour les ménages déplacés hors sites : 38 pour cent n’ont pas pu accéder aux soins requis, contre 32 pour cent parmi les communautés hôtes et 25 pour cent en sites
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Les hôpitaux publics restent la principale source de soins pour tous les groupes. Les ménages hors sites recourent davantage aux hôpitaux privés, tandis que l’assistance humanitaire bénéficie presque exclusivement aux populations en sites.
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Le temps de marche pour atteindre un service de santé est deux à trois fois plus long hors sites (42 minutes pour les déplacés hors sites et 37 minutes pour les communautés hôtes) qu’en sites (18 min). L’éloignement est davantage cité comme obstacle par les ménages hors sites (12% et 11% respectivement, contre 6 % en sites), tout comme le manque de traitement disponible (9% chacun contre 5%). Cependant, les trois groupes mentionnent l’incapacité de payer les soins ou la consultation comme frein principal à l’accès aux soins.
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Les taux de grossesse menée à terme sont comparables entre groupes, légèrement supérieurs en sites (31% contre 27% des ménages déplacés hors sites et 25% des communautés hôtes). Près de la moitié des accouchements ont eu lieu en hôpital public, mais une proportion importante de femmes a accouché à domicile (29% des ménages déplacés hors sites, 25% en sites et 21% des communautés hôtes). Pour les trois groupes, l’accouchement au domicile est à la fois justifié par une préférence pour cette pratique, mais aussi par des freins économiques, dus à l’incapacité de payer les soins ou le transport, et par des freins structurels, comme l’indisponibilité des services de santé.
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Les besoins en soutien psychologique sont plus élevés en sites (58%), mais restent également importants chez les déplacés hors sites (44%) et les communautés hôtes (39%). Dans la majorité des cas, aucune aide n’a été recherchée, et ce d’autant plus pour les ménages déplacés hors sites et des communautés hôtes. Les amis et la famille constituent la principale source de soutien. Les leaders religieux sont davantage sollicités hors sites, les professionnels de santé surtout en sites. L’accès aux soutiens est entravé par des obstacles économiques (frais de transport et de consultation) et géographiques (distance avec les soutiens recherchés).
La couverture du traitement contre la malnutrition aiguë chez les nourrissons (0–2 ans) est faible dans tous les groupes, avec seulement 14 pour cent d’enfants ayant été pris en charge en sites et 11 pour cent hors sites et en communautés hôtes. L’absence d’allaitement est plus fréquente en sites (42%, contre 34% hors sites et 33% hôtes). L’alimentation des nourrissons repose principalement sur des céréales, racines et tubercules