Depuis quelques années, Haïti est affecté par des violences armées, notamment dans sa capitale, la Zone Métropolitaine de Port-au-Prince (ZMPP), et plus récemment dans les départements du Centre et de l’Artibonite, qui ont entraîné d'importants déplacements de population. En décembre 2025, plus de 1,4 million de personnes sont déplacées internes dans le pays.
Face à ce contexte, et à travers sa matrice de suivi des déplacements (DTM, Displacement Tracking Matrix, en anglais), l’Organisation internationale pour les migrations met en œuvre plusieurs méthodologies de collecte de données afin d’orienter les réponses humanitaires, ainsi que des programmes de transition, stabilisation et développement. Les enquêtes auprès des ménages constituent l’un des principaux outils de la DTM. Elles reposent sur des entretiens menés auprès des ménages affectés par les déplacements, notamment les personnes déplacées internes (PDI) et les communautés hôtes.
Ce rapport présente les analyses des besoins en protection de ces catégories de population, s’appuyant sur des entretiens menés auprès de 6 351 ménages entre le 26 juillet et le 30 août 2025, dont 3 137 ménages déplacés (accueillis en sites et hors sites) et 3 214 ménages des communautés hôtes. Les enquêtes ont été recueillies par 217 enquêteurs (dont 69 femmes) et se sont déroulées dans les départements qui accueillent le plus de PDI dans le pays, ce qui constitue tous les départements sauf les départements du Nord-Est et du Nord-Ouest qui accueillent peu de PDI.
Les résultats clés indiquent que :
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Une majorité des ménages n’a pas sollicité de services juridiques durant l’année précédant la collecte des données. Parmi ceux qui l’ont fait, les déplacés en site se distinguent par un besoin élevé de documents d’identité (14%, soit presque le double des autres groupes). Si les contraintes financières constituent un frein généralisé, l’absence de services disponibles est particulièrement signalée par les déplacés en site (46% contre environ 25% pour les autres)
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Les ménages déplacés en site expriment des niveaux d’insécurité nettement supérieurs, avec des craintes élevées liées aux déplacements (32% contre 14% et 12% chez les autres groupes), aux violences générales (36% contre 13% et 16% chez les autres), à la persécution (24% contre 9% et 10%), aux enlèvements (22% contre 8% et 9%), aux violences sexuelles (22% contre 10% et 11%) et au recrutement forcé (22 % contre 7% et 8%). Cette anxiété, amplifiée par des expériences de déplacements multiples, révèle une vulnérabilité sécuritaire et psychologique particulièrement aiguë dans les sites
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Les déplacés en site signalent davantage de restrictions de mouvement (6%) que les autres groupes (2 à 3%), principalement en raison de craintes pour la sécurité et de la présence de points de contrôle armés
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Plus de la moitié des ménages déplacés en site (55%) signalent des troubles du comportement ou des émotions chez leurs enfants, contre environ 30 pour cent dans les autres groupes. Les symptômes rapportés incluent des troubles alimentaires, agressivité, maux de tête, cauchemars, pleurs excessifs et peur persistante
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Tous les groupes sont touchés par la séparation avec au moins un enfant, avec un taux légèrement plus élevé dans les sites (11%). Chez les déplacés, cette séparation est principalement liée au déplacement forcé, l’enfant étant confié à des proches. Chez les ménages hôtes et déplacés hors site, la recherche d’emploi par l’enfant est un motif fréquent (jusqu’à 14%), ce qui les expose à des risques importants d’exploitation et de rupture des liens familiaux.