Depuis quelques années, Haïti est affecté par des violences armées, notamment dans sa capitale, la Zone Métropolitaine de Port-au-Prince (ZMPP), et plus récemment dans les départements du Centre et de l’Artibonite, qui ont entraîné d'importants déplacements de population. En décembre 2025, plus de 1,4 million de personnes sont déplacées internes dans le pays.
Face à ce contexte, et à travers sa matrice de suivi des déplacements (DTM, Displacement Tracking Matrix, en anglais), l’Organisation internationale pour les migrations met en œuvre plusieurs méthodologies de collecte de données afin d’orienter les réponses humanitaires, ainsi que des programmes de transition, stabilisation et développement. Les enquêtes auprès des ménages constituent l’un des principaux outils de la DTM. Elles reposent sur des entretiens menés auprès des ménages affectés par les déplacements, notamment les personnes déplacées internes (PDI) et les communautés hôtes.
Ce rapport présente les analyses des besoins en éducation de ces catégories de population, s’appuyant sur des entretiens menés auprès de 6 351 ménages entre le 26 juillet et le 30 août 2025, dont 3 137 ménages déplacés (accueillis en sites et hors sites) et 3 214 ménages des communautés hôtes. Les enquêtes ont été recueillies par 217 enquêteurs (dont 69 femmes) et se sont déroulées dans les départements qui accueillent le plus de PDI dans le pays, ce qui constitue tous les départements sauf les départements du Nord-Est et du Nord-Ouest qui accueillent peu de PDI.
Les résultats clés indiquent que :
-
La non-scolarisation affecte particulièrement les enfants déplacés en sites (29% contre 20% des ménages déplacés hors sites et 13% des communautés hôtes). La cause principale, communes à tous les groupes, est la barrière économique (coûts directs d’éducation)
-
Les enfants déplacés en sites sont les moins scolarisés et quand ils le sont, leur éducation est la plus perturbée (43% affectés contre 15 et 7% des 2 autres groupes). Cette crise éducative est principalement due à l'absence d'enseignants (potentiellement liée à l'émigration) et aux attaques directes contre les écoles, surtout dans le Centre (67% des enfants en sites touchés). Les aléas climatiques ont perturbé l’éducation des enfants en particulier dans les départements de la Grande’ Anse, du Nord et du Sud
-
L'éducation alternative, bien que cruciale, demeure inaccessible pour la quasi-totalité des enfants non scolarisés (86% des enfants déplacés en sites et 95% des 2 autres groupes). Une légère exception est observée dans les sites (13% d'accès, contre 4 et 3% chez les 2 autres groupes), où les programmes humanitaires d'urgence sont concentrés. Hors des sites, les rares alternatives reposent sur des initiatives privées ou communautaires (leçons privées, cours par des leaders religieux ou des fondations locales), laissant la majorité des enfants sans aucune solution de remplacement.
-
Pour améliorer l'accès à l'éducation, les ménages ont deux priorités distinctes. Un consensus émerge sur la nécessité d'ouvrir de nouvelles écoles, de mieux rémunérer les enseignants et de fournir un soutien matériel aux familles. Une demande spécifique aux sites porte sur la sécurité (27% des ménages contre 13 et 11% chez les autres catégories) et l'aide à l'inscription scolaire (11% contre 5 et 4% chez les autres groupes), soulignant les obstacles supplémentaires liés à l'insécurité et à la complexité administrative dans les sites.