Depuis quelques années, Haïti est affecté par des violences armées, notamment dans sa capitale, la Zone Métropolitaine de Port-au-Prince (ZMPP), et plus récemment dans les départements du Centre et de l’Artibonite, qui ont entraîné d'importants déplacements de population. En décembre 2025, plus de 1,4 million de personnes sont déplacées internes dans le pays.
Face à ce contexte, et à travers sa matrice de suivi des déplacements (DTM, Displacement Tracking Matrix, en anglais), l’Organisation internationale pour les migrations met en œuvre plusieurs méthodologies de collecte de données afin d’orienter les réponses humanitaires, ainsi que des programmes de transition, stabilisation et développement. Les enquêtes auprès des ménages constituent l’un des principaux outils de la DTM. Elles reposent sur des entretiens menés auprès des ménages affectés par les déplacements, notamment les personnes déplacées internes (PDI) et les communautés hôtes.
Ce rapport présente les analyses des besoins en eau, hygiène et assainissement de ces catégories de population, s’appuyant sur des entretiens menés auprès de 6 351 ménages entre le 26 juillet et le 30 août 2025, dont 3 137 ménages déplacés (accueillis en sites et hors sites) et 3 214 ménages des communautés hôtes. Les enquêtes ont été recueillies par 217 enquêteurs (dont 69 femmes) et se sont déroulées dans les départements qui accueillent le plus de PDI dans le pays, ce qui constitue tous les départements sauf les départements du Nord-Est et du Nord-Ouest qui accueillent peu de PDI.
Les résultats clés indiquent que :
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L’accès à l’eau reste problématique pour la majorité des ménages, mais la nature des difficultés diffère. Les ménages déplacés en sites, bien qu’ayant plus souvent une source sur place (55%), sont paradoxalement les plus touchés par les pénuries (30%). Les ménages hors sites et les communautés hôtes font surtout face à un problème d’éloignement (distance aux points d’eau)
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Les ménages déplacés en sites subissent un surpeuplement sanitaire critique : 62 pour cent partagent les latrines, contre un tiers ou moins ailleurs. La promiscuité y est alarmante, avec 18 ménages en moyenne (environ 72 personnes) par installation, contre 4 pour les autres groupes. Il en résulte des problèmes d'affluence, d'hygiène et de dysfonctionnement répandus en sites.
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Malgré un accès quasi universel à un dispositif de lavage des mains, son état fonctionnel est déficient, surtout dans les sites. Près de la moitié des ménages déplacés en sites (45%) avaient des dispositifs sans eau et sans savon au moment de l'observation, un taux nettement supérieur à celui des autres groupes
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L’accès aux produits d’hygiène menstruelle est un défi pour près d’un ménage sur deux, toutes populations confondues. La principale barrière est économique, liée au coût élevé de ces produits selon les ménages, limitant ainsi la santé et la dignité des femmes et des filles.