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Haïti : Tremblement de terre Rapport de Situation No. 2 Au 26 Août 2021

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Situation Report
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Ce rapport a été élaboré par OCHA Haïti avec la contribution des agences, fonds et programmes des Nations Unies, des organisations non gouvernementales et des partenaires humanitaires

POINTS SAILLANTS

  • Le 25 août, les agences des Nations Unies et leurs partenaires ont lancé un appel éclair (Flash Appeal) de 187,3 millions de dollars US pour venir en aide à 500 000 personnes particulièrement vulnérables touchées par le tremblement de terre du 14 août.

  • Environ 650 000 personnes ont besoin d'une assistance humanitaire d'urgence dans les trois départements les plus touchés - Grand'Anse, Nippes et Sud - où 634 000 personnes avaient déjà besoin d'une aide multisectorielle avant le séisme.

  • Tirant les leçons des crises précédentes, les acteurs humanitaires cherchent à capitaliser sur l'expertise, les capacités et les connaissances au niveau local et national afin de promouvoir une réponse rapide et efficace adaptée aux besoins exprimés par les personnes touchées.

  • Les convois humanitaires en route vers les zones sinistrées continuent d'être bloqués par différents groupes, notamment les personnes touchées qui sont de plus en plus frustrées par le manque d'assistance, et les gangs armés qui pillent les matériels de secours.

  • Les différents impacts du tremblement de terre auront des effets durables sur le développement des communautés les plus durement touchées, ce qui rend indispensable la mise en place de programmes de relèvement rapide et de réhabilitation pour rétablir les moyens de subsistance.

800 000 Personnes touchées
(Source: ONU en Haïti)

650 000 personnes ont besoin d’une aide humanitaire d’urgence
(Source: ONU en Haïti)

$187,3M de financement requis pour atteindre 500 000 personnes touchées par la crise
(Source: Haiti Earthquake Flash Appeal – Août 2021)

+ DE 2 200 morts, chiffre susceptible d’augmenter
(Source: DGPC)

320 personnes toujours portées disparues
(Source: DGPC)

130 000 maisons détruites ou endommagées
(Source: DGPC)

APERÇU DE LA SITUATION

Près de deux semaines après le tremblement de terre de magnitude 7,2 qui a secoué le sud-ouest d'Haïti, l'aide humanitaire commence tout juste à arriver dans certaines des zones les plus difficiles à atteindre, les personnes les plus vulnérables n'étant toujours pas en mesure de répondre à leurs besoins urgents en matière de nourriture, d'assainissement et d'hygiène de base et de services de santé essentiels. Dans certaines zones rurales reculées, le personnel d'intervention et les fournitures de secours n'ont pas encore atteint les personnes les plus démunies.

L'impact cumulé du tremblement de terre et de la dépression tropicale Grace a considérablement aggravé les besoins préexistants. Le système des Nations Unies en Haïti estime que 650 000 personnes ont besoin d'une aide humanitaire d'urgence, un chiffre inquiétant si l'on considère que 634 000 personnes dans les trois départements les plus touchés - Grand'Anse, Nippes et Sud - avaient déjà besoin d'une aide humanitaire multisectorielle avant le séisme.

Lors des dernières mises à jour publiées le 25 août, la Direction générale de la protection civile (DGPC) faisait état de 2 207 morts, 12 268 blessés et 320 disparus. Le 22 août, les équipes de recherche et de sauvetage avaient extrait des décombres 24 personnes disparues, dont 4 enfants, qui ont été transportés par avion à Camp-Perrin pour recevoir une assistance médicale d'urgence.

Dans le département du Sud, les répliques sismiques se poursuivent près de deux semaines après le séisme initial du 14 août, provoquant une panique généralisée parmi la population touchée. Certaines personnes dont les maisons sont encore debout dans les zones touchées choisissent de dormir dans les rues de peur que les structures ne s'effondrent à tout moment.

Le séisme dévastateur a ravagé des zones entières dans les départements du Sud, des Nippes et de la Grand'Anse, détruisant et endommageant des milliers de bâtiments. Selon la DGPC, au moins 52 953 maisons ont été complètement détruites et 77 006 autres ont subi des dommages. Bien que la réponse aux besoins urgents en matière d'abris soit une priorité essentielle, le gouvernement cherche à éviter l'établissement de camps à grande échelle pour les personnes déplacées à l'intérieur du pays (PDI), semblables à ceux qui ont vu le jour après le tremblement de terre de 2010 et à nouveau après l'ouragan Matthew en 2016, en vue d'atténuer les risques sanitaires liés au placement de dizaines de milliers de personnes dans un espace restreint dans le contexte de la pandémie de COVID-19.

Alors que les efforts collectifs restent centrés sur les activités immédiates de sauvetage, il est évident que le tremblement de terre aura des effets durables sur tous les aspects de la vie dans les zones touchées pour les années à venir. Pour les personnes déplacées et sans abri, en particulier les femmes et les enfants, la protection est une préoccupation majeure, avec des risques accrus de violence, notamment de violence sexuelle et basée sur le genre (VSBG). En 2020, la violence sexuelle et la VBG ont augmenté de 377 % en Haïti pendant la pandémie. Une protection immédiate et des solutions d'hébergement seront essentielles pour sauver des vies et préserver la dignité humaine, car les incidents de violence sexuelle et la VBG sont susceptibles de se multiplier après le tremblement de terre en raison de l'insécurité, du désespoir et des besoins accrus.

Après le tremblement de terre de 2010, Human Rights Watch avait signalé que des mesures de sécurité et de santé adéquates n'avaient pas été efficacement intégrées dans les efforts de réponse pour réduire les risques particuliers et les besoins différenciés des femmes et des filles. Par conséquent, les besoins des femmes en matière de santé reproductive et maternelle n'ont pas été satisfaits et le manque de nourriture a contraint de nombreuses femmes à recourir à des mécanismes d'adaptation négatifs, notamment en échangeant des rapports sexuels contre de la nourriture.

UNFPA estime que plus de 22 000 femmes vont accoucher au cours des trois prochains mois, et qu'environ 3 700 d'entre elles auront besoin d'une césarienne ou subiront des complications potentiellement mortelles liées à l'accouchement, ce qui fait des actions sensibles au genre dans les domaines de la santé et de la nutrition des priorités d'intervention urgentes. Pour éviter les lacunes des précédentes interventions d'urgence, le gouvernement et les partenaires humanitaires doivent assurer la collecte et l'analyse de données désagrégées par sexe et par âge afin de mieux aligner la formulation des programmes sur les besoins spécifiques des femmes, des filles, des hommes et des garçons.

Les infrastructures essentielles, notamment les installations d'eau, d'assainissement et de santé, ont été détruites, et les moyens de subsistance ont été complètement dévastés. En conséquence, l'intégration des activités de relèvement précoce et de réhabilitation dans les efforts de réponse sera essentielle pour restaurer les moyens de subsistance.

Dans le but de faciliter les secours à long terme, les partenaires humanitaires relient stratégiquement leurs activités de secours aux efforts de réponse menés par le gouvernement, en travaillant étroitement avec la DGPC et les ministères concernés pour assurer une réponse bien coordonnée et efficace, canalisée par l'architecture humanitaire établie et rationalisée aux niveaux national et départemental. Sur la base des leçons tirées des crises passées, les acteurs humanitaires cherchent à capitaliser sur l'expertise, les capacités et les connaissances au niveau local et national afin de promouvoir une réponse rapide et efficace adaptée aux besoins exprimés par le peuple haïtien. Ceci est particulièrement important dans les centres urbains, tels que Les Cayes, où la présence accrue à court terme des ONG internationales pourrait potentiellement détourner l'attention des efforts à long terme et des partenaires ayant une présence de longue date dans la région.

Toutefois, les contraintes persistantes en matière d'accès et de sécurité continuent de compromettre l'efficacité de la réponse. Des routes impraticables et des ponts endommagés, notamment le pont Dumarsais Estimé qui enjambe la rivière Grand'Anse, ont ralenti l'acheminement de l'aide. Les conditions sur le terrain se sont considérablement aggravées après le passage de la dépression tropicale Grace les 16 et 17 août, qui a provoqué des inondations considérables dans les zones côtières et de nombreux glissements de terrain. En l'absence du pont Dumarsais Estimé ou de routes alternatives menant à Jérémie, l'accès logistique aux populations affectées est gravement entravé. Ces derniers jours, les convois humanitaires ont été bloqués par différents groupes de personnes touchées, de plus en plus anxieuses et exaspérées par le manque d'assistance, et pillés par des gangs armés qui sont très actifs le long des principales artères, notamment la route nationale 2, qui relie Port-au-Prince aux zones dévastées du sud de la péninsule. On a également signalé des cas de pillage des stocks d'aide par des bandes armées.

Afin de remédier aux contraintes d'accès, de solides efforts ont été entrepris pour négocier un couloir humanitaire qui a apporté une certaine prévisibilité à une situation sécuritaire extrêmement volatile et précaire. Le 22 août, l'un des chefs de gangs les plus connus du pays a annoncé sur les médias sociaux que ses gangs alliés avaient conclu une trêve dans le but de soutenir les efforts de secours. Si le corridor humanitaire a permis aux premiers convois humanitaires d'atteindre les communautés durement touchées, il n'offre pas de solution permanente aux défis auxquels sont confrontés les acteurs de la réponse.

Dans un contexte de réponse aussi complexe, le gouvernement et les partenaires humanitaires doivent s'assurer que la responsabilité envers les populations affectées (AAP) et la communication bilatérale efficace avec les communautés (CAC) soient intégrées dans toutes les activités de réponse et de relèvement rapide. Cela nécessite la création d'espaces participatifs où les personnes concernées, en particulier les plus vulnérables, telles que les femmes et les enfants, les personnes handicapées et la communauté LGBTIQ+, peuvent participer activement à la prise de décision afin de s'assurer que leurs besoins et préoccupations différenciés sont intégrés de manière significative dans la conception des programmes. La stratégie de réponse multisectorielle des acteurs humanitaires doit souligner l'importance de l'engagement communautaire et de l'instauration d'un climat de confiance développé par une communication transparente et claire sur les modalités d'accès à l'aide et sur les défis et les limites de l'assistance humanitaire.

UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs
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