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Haïti-Grand’Anse : Construire désormais au goût de la technique

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« L’ouvrier travaille au goût du maître » est désormais une conception du passé dans le domaine de la construction dans le département de la Grand’Anse. Grâce aux diverses sessions de formation organisées par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et le Ministère des Travaux Publics Transports et Communication (MTPTC), le professionnel en construction de ce département travaille de préférence, aujourd’hui, au goût de la technique.

En effet, dans le cadre du projet de « Réduction des risques urbains » mis en œuvre conjointement dans le département de la Grand-Anse, le PNUD et le MTPTC ont initié, à Jérémie, une formation pour plus de 60 maçons sur les méthodes de construction parasismique avec l’appui financier du Département de développement international (UK DFID). Cette première formation fait partie d’une série qui devra toucher près de 400 maçons dans toute la Grand’Anse.

Cette initiative de renforcement de capacité est capitale considérant la faille sismique active qui traverse tout le Grand Sud, le rythme d’urbanisation de la Grand’Anse et l’expérience des impacts matériels et humains du séisme du 12 janvier 2010 avec ses 300 000 bâtiments détruits, plus de 1,5 million de sans-abris et 200 000 morts.

Venus de localités diverses de la ville des poètes, ces 60 maçons incluant 3 femmes, ont témoigné que leurs méthodes de construction vont radicalement changer pour une meilleure résilience des bâtiments aux assauts des catastrophes naturelles éventuelles.

Quadragénaire et technicien en construction bâtiment, Toto Ernst qui a participé activement aux formations croit que les nouvelles compétences acquises auront un grand impact sur l’avenir de la ville de Jérémie. Il espère, dit-il, que les techniciens bénéficiaires de la formation vont convaincre les propriétaires sur la nécessité de ces nouvelles méthodes en termes de protection de la population et garantie de leurs investissements.

« Nous avons aujourd’hui intérêt à bien construire ! Nous allons faire la différence dans tout le département de la Grand’Anse en influençant les propriétaires et nos ouvriers de chantier afin qu’ils mettent en pratique les techniques recommandées par le MTPTC » promet-il.

Le département de la Grand-Anse, comme d’autres départements d’Haïti, est sujet à de risques majeurs de catastrophes. La vulnérabilité des populations de ses grandes villes sont aggravées par l’urbanisation d’espaces très exposés aux menaces des risques de catastrophes naturelles. Son urbanisation galopante, non maîtrisée et non adaptée aux espaces à risque est de nature à aggraver les risques et/ou en induire de nouveaux. Ainsi, renforcer les capacités des professionnels de la construction se révèle aujourd’hui une obligation d’Etat accompagné de ses partenaires.

Trentenaire, technicienne en construction, Elange Michel, une des trois femmes prenant part à la formation s’engage à ne plus utiliser le sable de mer non traité. Accrochée à ce métier depuis son jeune âge, elle est, avec cette formation, beaucoup mieux armée et travaillera à partir d’aujourd’hui au goût de la technique comme tous ces frères et sœurs de métiers.

« Nous ferons les mélanges de béton selon les recommandations du MTPTC et avec du sable traité. Il nous sera, sans doute, difficile de convaincre les propriétaires mais nous nous accrocherons à ces techniques car c’est dans notre intérêt mais aussi dans le leur » déclare-t-elle confiante après une visite de chantier.

Norman Wiener, Délégué départemental de la Grand’Anse, a salué la réalisation de ces formations qui constituent une garantie pour les techniciens en construction sur la qualité de leurs prochains ouvrages. Il a profité pour inviter la population à utiliser les services de ces maçons formés car selon lui « construire une maison est un investissement et utiliser un professionnel qualifié c’est atténuer les risques sur son capital ».

Avec ces 60 maçons formés, le travail ne fait que commencer pour le PNUD, le MTPTC et leurs partenaires. Plus de 300 autres professionnels en construction attendent avec impatience que le « constructobus* » visite leurs villes et contribue au renforcement de leurs capacités. Car, Ils ont hâte de pouvoir dire comme Elange et Toto : « Désormais, nous construisons au goût de la technique ».

Mais, avoir les connaissances techniques en construction parasismique ne suffit pas pour construire de façon sécuritaire dans un pays soumis à une multitude de risques (inondation, séisme, tsunami, mouvements de terrain et ouragan). Pour cela, il est primordial que les autorités locales puissent être en mesure de définir les zones propices aux constructions au regard de ces différents risques.

C’est en ce sens que ces sessions de formation seront accompagnées d’études de cartographies multirisques et l’élaboration de « Plans de Réduction des Risques Urbains » qui permettront aux autorités municipales des grandes villes de ce département d’avoir, entre autres, une connaissance précise des espaces aptes à recevoir des constructions ou pas. Basées sur cette connaissance des risques, d’autres séries de formations sur les techniques de mitigation des risques et de construction para-inondation, para-cyclonique, para-mouvements de terrain suivront.

Constructobus est une unité mobile et pratique de sensibilisation, conseils, démonstrations et d’information sur les méthodes de construction.