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Haïti/Gonaïves : les sinistrés encouragés à quitter les abris provisoires

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Deux mois se sont écoulés depuis le passage, sur Haïti, de la série d'ouragans dévastateurs. Aux Gonaïves, les sinistrés avaient provisoirement trouvé refuge dans nombre d'établissements scolaires, leurs habitations ayant été soit partiellement endommagées soit totalement détruites. Mais, depuis quelques jours, ceux-ci sont incités à rejoindre leur domicile, moyennant des « kits de retour ».

Des feuilles de tôle et des matelas sur la tête, une natte sous le bras, Gracia C. a du mal à transporter le matériel qu'il vient de recevoir au siège de la Direction départementale de la Police Nationale de l'Artibonite, aux Gonaïves. Deux de ses enfants le suivent, tout aussi chargés d'objets de toutes sortes.

Ces dons proviennent du gouvernement et de la Communauté internationale. Ils entrent dans le cadre de l'opération de soutien au retour volontaire des sinistrés à leur domicile. A la date du 11 novembre, ils sont 1.700 familles sur les quelque 2.300 logées provisoirement dans les établissements scolaires, à avoir reçu les « kits de retour ».

«J'ai tout perdu. Hanna et Ike m'ont réduit à zéro. Heureusement que j'ai encore mes enfants qui me donnent le courage de me battre », témoigne Garcia, chemin faisant.

Ils sont, en effet, près de 250.000 Gonaïviens à avoir vu tous leurs biens disparaître suite aux ouragans qui ont détruit la ville, en début du mois de septembre dernier. Commerçant prospère, sa maison du quartier chaud de Descahos ainsi que sa boutique de produits divers ont en effet été inondés.

Comme il le répète, sa famille et lui n'ont eu la vie sauve que « grâce au bon Dieu ». Depuis, il a trouvé refuge au Lycée Fabre Geffrard, le plus grand établissement du secondaire public de la ville. « Avant de venir au lycée, ma femme, mes quatre enfants et moi avons passé deux jours sur le toit d'une maison voisine », relève-t-il.

Dans cet abri provisoire, sa famille et lui ont fait face à une autre situation tout aussi inconfortable : pas d'eau, pas de nourriture, pas de latrines, une insalubrité et une promiscuité auxquelles ils ne sont pas habituées. Dès lors, une seule idée s'impose à lui : quitter cet espace et retourner chez lui. Aussi, l'opération de soutien au retour volontaire vient-elle à point nommé.

Cette opération, initiée par le gouvernement haïtien, est appuyée par la communauté internationale. Dans sa première phase, elle visait principalement les sinistrés qui occupent les établissements scolaires. L'objectif final étant de faciliter la réouverture des classes aux Gonaïves, un mois après la rentrée officielle des classes au plan national.

Les kits d'accompagnement au retour comprennent deux lots distribués conjointement. Celui du gouvernement comprend : une tente (abri provisoire), un matelas mousse, une enveloppe contenant 1000 gourdes, un petit matelas yoga, un kit d'hygiène, un jerricane de 5 litres. Le lot offert par la communauté internationale contient : deux nattes par famille, cinq feuilles de tôle, un kit outils qui comprend une pelle, une scie, une truelle, un marteau, un kilo de clous.

« Nous avons commencé par identifier, dans les abris provisoires, les candidats au retour. Des cartes ont été remises au chef de famille. Après la phase d'identification, nous procédons à la distribution », explique Mme Salomé Kombéré, la coordonnatrice de l'OIM.

Une fois le kit d'accompagnement au retour remis au bénéficiaire, celui-ci s'engage par écrit devant les autorités haïtiennes présentes à quitter l'abri provisoire et à retourner à son domicile.

« L'opération a connu peu de succès au départ. Mais, depuis quelques jours, règne un certain engouement. Les familles qui étaient réticentes à ce programme, ont changé d'avis lorsqu'elles ont remarqué que les premiers bénéficiaires étaient satisfaits », poursuit Mme Kombéré.

La distribution de grande envergure a commencé le 3 novembre dernier. Environ 300 familles reçoivent les kits d'accompagnement au retour par jour. Une opération qui a abouti à des résultats positifs ayant facilité la réouverture des classes, le 10 novembre. Près de 70% des écoles ont déjà débuté les cours dans la Cité de l'Indépendance.

« En dehors de neuf établissements scolaires qui servent encore d'abris provisoires, les cours ont débuté dans toutes les autres écoles », s'est félicité Arnold Christian, le directeur départemental de l'Education nationale de l'Artibonite. Plus de cinquante structures scolaires avaient servi d'abris provisoires aux sinistrés des dernières inondations.

Le programme d'accompagnement des sinistrés va également prendre en compte les sinistrés qui ne veulent pas quitter les abris pour des raisons diverses. Ainsi, des espaces publics et privés ont été identifiés pour les relocaliser.

En effet, le site de Praville peut accueillir plus de 295 familles ; le marché de Bienac, 50 familles. Un espace proche de l'Université publique de l'Artibonite aux Gonaïves (UPAG) pourrait recevoir une cinquantaine de familles et un autre site proche du Lycée du Bicentenaire pourrait abriter environ 150 familles.

Des infrastructures de base comme des latrines, des points d'eau et des tentes sont en train d'être mises en place sur ces sites. Il s'agit de faciliter l'installation temporaire des sinistrés qui ne souhaitent pas rentrer chez eux.

Mais comme le fait remarquer Gracia, « avec tout le matériel reçu, je vais voir comment est-ce que je peux réhabiliter ma maison ». Et celui-ci de lancer, avant de se fondre dans la poussière étouffante qui emplit la Cité de l'indépendance, « en fin de compte, il vaut mieux être chez soi ».