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Haïti : Vers la régularisation des orphelinats dans l'Artibonite

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Les orphelinats foisonnent aux Gonaïves, dans le département de l'Artibonite, notamment après le passage du cyclone Jeanne. Les difficultés économiques justifient, en partie, la présence de ces établissements dont le nombre cependant reste jusqu'ici inconnu. Pour combler ce déficit d'informations et assurer une meilleure protection des enfants, l'Institut du Bien-être Social et de Recherche (IBERS), l'instance régulatrice, a décidé, avec l'appui de la MINUSTAH, de répertorier les orphelinats fonctionnant dans le département de l'Artibonite, dont Gonaïves est le chef-lieu.

Le passage de la tempête Jeanne au Gonaïves, en 2004, a aggravé la situation économique des ménages dans cette ville située à 171 km au nord de Port-au-Prince. Cette situation a provoqué la prolifération d'institutions d'accueil pour les enfants déshérités. Cependant, à cause des faiblesses institutionnelles, ces orphelinats fonctionnent sans reconnaissance légale.

Comme illustration du laisser aller, l'orphelinat « Mission de Vie » aux Gonaïves détient une autorisation périmée depuis plus 20 ans. Il n'a jamais produit de nouvelle demande de renouvellement et personne ne l'a invité ou sommé de le faire, reconnait Aristhyl Joseph, directeur de l'orphelinat « Mission de Vie ».

Pour corriger cette anomalie, une équipe d'enquêteurs réalisent en ce moment un recensement des orphelinats dans le département de l'Artibonite dont la principale ville est Gonaïves. Ceci est réalisé avec l'appui du bureau régional des droits de l'homme de la MINUSTAH.

Ce recensement a pour but de renforcer la présence régionale de l'Institut du Bien-être social (IBERS), qui commence à fonctionner après plusieurs années d'absence, et le permettre, du même coup, de mieux s'acquitter de sa tâche de protection de l'enfance. Il s'agit d' « un premier pas vers la régularisation des orphelinats dans cette région du pays », selon le représentant régional de l'Institut du bien-être social, Cinedais Jean.

Se mettre en règle ou fermer les portes

Les enquêteurs se voient ainsi charger d'inciter les responsables des orphelinats à se mettre en règle avec l'institution régulatrice en produisant une demande de reconnaissance légale. « Après inventaire, tout orphelinat n'ayant pas de reconnaissance légale sera fermé et l'Etat confiera les enfants à d'autres orphelinats reconnus », prévient Cinedais Jean.

Pour le représentant régional de l'IBERS, « l'Etat a un droit de regard sur le fonctionnement des orphelinats ». Aussi, lors de visites périodiques des inspecteurs de l'IBERS, « les conditions sanitaires et le respect des droits de l'enfant dans ces établissements seront pris en compte », a par ailleurs annoncé M. Jean.

Le responsable de l'Institut du Bien-être social déplore le fait que de nombreux orphelinats se détournent des activités de bienfaisance. « Ce sont parfois des sources de revenues faciles et aussi un moyen sûr pour des individus amoraux d'assouvir leurs penchants sexuels », souligne-t-il. M. Jean faisait en effet allusion à une récente affaire de pédophilie dans un orphelinat aux Cayes, dans le Sud du pays.

Face à l'augmentation des cas de violations des droits des mineurs dans les orphelinats, le bureau central, à Port-au-Prince, seul habilité à décerner les lettres de reconnaissance légale aux orphelinats, s'est montré très prudent dans l'octroi de ces autorisations. Comme palliatif au retard dans ce processus, le bureau régional délivre un permis temporaire d'un mois.

Pour une reconnaissance légale, l'intéressé paie 2500 gourdes. Dans le cas d'un renouvellement, les frais s'élèvent à 1500 gourdes. Les frais exigés pour les permis temporaires se fixent à 500Gdes.

Qui finance les orphelinats ?

Les sources de financement varient d'un orphelinat à un autre. Par exemple les orphelinats « Mission de Vie » et « Don de Dieu » sont financés respectivement par un organisme allemand et un organisme américain ; tandis que l'orphelinat « Foyer de la Divine Providence » vit justement «de la providence», d'après Sœur Véronique, la responsable.

« Depuis l'ouverture de cet établissement, nous n'avons jamais eu de financement réguliers ». Selon la religieuse, l'avenir de son orphelinat dépend de l'aide ponctuelle de proches ou d'amis.

Les orphelinats fonctionnant sans reconnaissance légale ne se concentrent pas uniquement aux Gonaïves. Il s'agit plutôt d'une situation assez répandue dans le pays. Aussi, les 57 orphelinats reconnus par l'IBESR ne représentent qu'une partie du nombre total fonctionnant sur l'ensemble du territoire.