Haïti : Une maison où l'on se sent en sécurité, c'est la première étape de la reconstruction du pays

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from Première Urgence
Published on 11 Dec 2010 View Original
samedi, 11 décembre 2010

Malgré les heurts qui agitent actuellement Haïti et plus particulièrement Port-au-Prince, les activités de Première Urgence se poursuivent et notamment la construction des abris transitionnels.

On monte difficilement à la Bel Air. 20 minutes de routes carrossables et encore nous sommes en saison sèche. En suivant une route en lacets, on passe devant quelques habitations en dur encore debout, des abris de tôles et de parpaing et ici et là des petites maisons vertes et bleues. Puis arrivé en haut du morne - une colline en créole - dans ce quartier défavorisé sur les hauteurs de Carrefour, à côté de Port-au-Prince, la première chose qui interpelle, c'est la vue sur la capitale haïtienne et sa baie. Une ville grouille au pied de cette morne.

Mais la vie grouille aussi ici. Plusieurs femmes vendent des fruits, des boissons, d'autres rentrent de la source un bidon d'eau dans chaque main. On croise des hommes poussant des brouettes pleines de terre, d'autres coulent une dalle de béton, quelques femmes terrassent un lopin de terre. Mais on découvre vite, caché derrière le grand virage, des dizaines de tentes. Le séisme du 12 janvier a frappé ici aussi. Certes point de grandes maisons en pierre écroulées mais le tremblement de terre a surtout détruit les fragiles maisonnées dans lesquelles vivaient les populations pauvres de ce quartier. Choquées, démunies, celles-ci se sont donc regroupées dans un camp. Dans ces tentes bleues bien alignées, on comptait en octobre dernier encore 1.738 personnes dont près de la moitié sont des enfants.

Première Urgence est intervenue dans ce quartier juste après le séisme. La gestion du camp a permis à nos équipes d'identifier les besoins et les personnes les plus vulnérables. Nous avons organisé des distributions de biens de première nécessité, amélioré l'habitat mais aussi les conditions d'hygiène des populations sinistrées. Aujourd'hui, 10 mois après le séisme, nous sommes dans la seconde phase de notre intervention : la construction d'abris transitionnels. Derrière ce terme technique, le concept est simple. Dans l'attente des nouvelles normes nationales de reconstruction, Première Urgence a entrepris de construire des maisons en bois d'une durée de vie de 5 ans permettant aux sinistrés de retrouver rapidement un toit, d'avoir le temps d'économiser pour investir dans un logement a plus long terme et de se reconstruire après un tel drame.

A la Bel Air, près de 90 de ces abris ont été prévu, et la moitié sont déjà construits. Ce sont ces maisons en bois bleues, roses ou vertes qu'on aperçoit ici et là. Au bout d'une ruelle, Isianie nous accueille. Devant son abri peint en bleu, elle a installé un parterre de fleurs et de plantes, le linge sèche sur un fil dehors. Une vraie petite maison. Isianie et son mari ont quatre enfants. Ils habitaient déjà là avant. Avant ce 12 janvier quand leur maison s'est effondrée. Alors Isianie et sa famille se sont installées dans le camp en haut de la route. Puis les équipes de Première Urgence ont déblayé son terrain et construit cet abri, il y a près de deux mois maintenant. La maison est petite pour 6 personnes, mais Isianie l'a bien aménagée. Chaque lit a sa moustiquaire et il y a un espace avec quelques chaises et une étagère où sont disposés des objets, des souvenirs. Isianie est tout sourire en nous montrant sa maison. Comme elle nous l'explique, « Je me sens tellement mieux ici, en sécurité. Je n'ai pas peur du vent et de la pluie. L'autre jour, il y a encore eu une secousse, on l'a senti mais la maison n'a pas bougé. » Maintenant rassurée pour elle et sa famille, Isianie tente de reprendre une vie normale et de se reconstruire.