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Haïti : Resumé du rapport no 1 sur la vulnérabilité à l'insécurité alimentaire

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Ce rapport comprend quatre parties. La première présente les statistiques et le contexte de vulnérabilité à l'insécurité alimentaire en Haïti. La deuxième énumère les moyens d'existence durable des différents groupes de ménage. La troisième fait ressortir les capacités des ménages à faire face à l'insécurité alimentaire. Enfin, la quatrième section aborde la question de la vulnérabilité en fonction des statistiques disponibles, essentiellement celles de l'enquête sur les conditions de vie en Haïti (ECVH) sur l'accès aux biens alimentaires et les stratégies de lutte contre l'insécurité alimentaire.
I. Les statistiques sur l'insécurité alimentaire en Haïti

Les statistiques disponibles sur la sécurité alimentaire font état de trois composantes de l'offre de biens alimentaires : la production locale, les importations et l'aide alimentaire.

L'offre locale tend à diminuer : la production nationale a représenté en moyenne 49.24 % de l'offre alimentaire, contre 28.58 % des importations et 6.78 % de l'aide alimentaire entre 1999 et 2003, soit en moyenne annuelle 84.6 % des besoins alimentaires. Il reste un déficit à combler d'environ 15.4 %.

Les importations de biens alimentaires représentent environ 25 % de nos importations totales. Les devises pour financer ces importations dépendent des capitaux étrangers, des transferts des haïtiens émigrés à leurs parents restés en Haïti, paramètres que le pays ne maîtrise pas. C'est là la première manifestation de l'insécurité alimentaire des ménages. A n'importe quel moment, une rareté de devises, de moyens pour financer les importations peut conduire à une hausse des prix sur le marché local qui met les ménages dans l'impossibilité de se payer une ration alimentaire suffisante.

Plusieurs facteurs d'ordre conjoncturel provoquent l'insécurité alimentaire : l'instabilité politique, la mauvaise gouvernance économique, la faible structuration de la société civile, les inondations et les sécheresses, et un manque de vision en matière des politiques alimentaires (le problème de déficit alimentaire est posé en termes d'importation de biens alimentaires au détriment de la production nationale).

II. Les moyens d'existence

Les politiques publiques

Les politiques publiques n'ont pas facilité la création de nouvelles richesses.

1- Les choix économiques sont contradictoires.

2- La libéralisation du commerce extérieur coïncide avec des politiques de relance du secteur agricole (réforme agraire, appui divers au secteur agricole). Les mesures en faveur d'une hausse de la production vont de pair avec une limitation des parts de marché des producteurs.

3- L'incapacité des citoyens haïtiens à se concerter autour d'une politique économique cohérente montre en fait la faiblesse du capital social.

Le dialogue collectif

Les données de l'enquête sur les conditions de vie en Haïti (ECVH) montrent que les ménages et les individus n'ont pas confiance dans ces intermédiaires (partis politiques, mairies, organisations populaires, coopératives) servant à constituer le capital social : 74.7 % des citoyens n'ont pas confiance dans les partis politiques, 60.4 % dans les organisations populaires, 50.5 % dans les mairies, 42.2 % dans les coopératives.

Il résulte des difficultés pour la société haïtienne à structurer ces institutions qui devraient jouer un rôle important dans la construction d'un nouvel ordre social.

III. Les capacités des ménages d'avoir accès aux ressources

74.4 % des ménages n'ayant aucun niveau d'étude ont moins de 10.000 gourdes et 67.6 % d'entre eux travaillent à leur propre compte alors que la tendance sur le marché révèle que :

Les individus qui ont un niveau d'études supérieures gagnent en moyenne :

2 fois et demie de plus que ceux qui ont un niveau secondaire,

4 fois par rapport à ceux qui n'ont fait que l'école primaire,

7 fois par rapport à ceux qui n'ont aucun niveau de scolarisation.

Les considérations précédentes amènent à analyser la précarité des moyens d'existence des travailleurs du secteur agricole. Le capital final des ménages (les parcelles de terre agricole, les moyens utilisés pour les valoriser et le capital humain) s'en trouve à l'heure actuelle affecté à cause d'un manque d'effort de valorisation (problème de sécurité foncière, manque de moyens de production : engrais, canaux d'irrigation, accès au crédit, etc.). Selon les statistiques de l'ECVH, la faible productivité de la terre pourrait s'expliquer par le fait que seulement 7.5 % des ménages à faibles revenus sont dotés de moyens d'irrigation. Les activités agricoles dépendent à 83 % de la pluie. Aux problèmes d'accès aux terres irriguées s'ajoute le problème d'accès des petits agriculteurs aux ressources financières (le crédit). En effet, 49 % des agriculteurs n'arrivent pas à mobiliser une somme d'argent de 250 gourdes. Il en ressort que l'exploitation de la terre telle qu'elle est faite génère des revenus relativement faibles à coté d'autres sources telles que les revenus salariaux, les transferts, la pêche, etc.

Ainsi, l'accès aux ressources des ménages dépend de leurs moyens individuels et de leur capacité à mobiliser les ressources de leur environnement naturel, politique, social et économique. Ces moyens d'existence qui résultent de la synergie entre les différents types de capitaux à mobiliser par les ménages déterminent la redistribution des revenus, l'incidence de la pauvreté et la vulnérabilité à l'insécurité alimentaire.

IV. Vulnérabilité et Stratégies des ménages face à l'insécurité alimentaire

La vulnérabilité à l'insécurité alimentaire a été analysée à partir de deux types d'information

1- Les carences alimentaires

2- Les stratégies alimentaires des ménages.

Les manifestations de cette vulnérabilité se présentent sous forme de carences alimentaires et de maladies. De ce point de vue, les ménages en milieux ruraux, particulièrement les enfants et les adultes sont plus exposés à ces problèmes. La fraction de la population souffrant d'insuffisance pondérale grave se retrouve surtout en milieu rural, soit 10 % contre 3.5% dans l'aire métropolitaine et 4.4 % dans les autres milieux urbains. Les enfants de moins de cinq ans ont la plus forte probabilité d'être victime d'un manque chronique d'aliments.

Face à l'insécurité alimentaire, les ménages adoptent différentes stratégies : diminution de la consommation de biens alimentaires, diminution des dépenses consacrées à l'alimentation, achat à crédit et emprunt.

On peut affirmer que 8.7 % des ménages pauvres gardent leurs habitudes alimentaires quelle que soit la situation socioéconomique de la famille ; 27.3 des ménages du premier quintile de revenu ont le même comportement. En revanche, une grande proportion change de pratiques. Elle diminue les ratios consommés et mangent de façon irrégulière.

De plus, les ménages misent davantage sur certains liens de proximité, familiaux, amicaux, etc.

Par ailleurs, les ménages en milieu rural, où les liens de solidarité sont plus solides, ont tendance à recourir beaucoup plus au crédit alimentaire que les ménages dans les autres milieux de résidence.

En conclusion, l'étude des moyens d'existence durable aide à prendre conscience qu'il faudrait orienter la réflexion vers d'autres terrains ou problématiques :

a) Comment aborder les pratiques d'agriculture durable devant aider à assurer une croissance de la production vivrière et l'emploi aux agriculteurs ?

b) Quelle politique monétaire devrait être mise en œuvre pour créer des emplois salariés stables et garantir le pouvoir d'achat des groupes vulnérables ?

c) Sur quelle base envisager l'éducation de la population active et les investissements prioritaires pour le développement d'Haïti :

d) Comment revaloriser les traditions alimentaires haïtiennes tout en favorisant l'éducation nutritionnelle et étudier des moyens d'existence dans les zones urbaines ?

e) Mobilisation de la capacité des citoyens dans un cadre collectif

En terme de plaidoirie pour l'adoption de politiques publiques adéquates, la demande la plus importante de la PFNSA aux autorités haïtiennes concerne la dotation du pays d'un plan national de sécurité alimentaire afin d'éviter l'émiettement des actions, de conjuguer les efforts vers un redressement du secteur agricole et de freiner la dégradation économique et sociale du pays.

- De plus la PFNSA recommande un ensemble de mesures tels que :

a) les investissements pouvant permettre de valoriser les potentialités du secteur agricole

b) l'adoption de mesures douanières et fiscales favorables au développement de la production de biens alimentaires dans le pays

c) la prise en compte dans le budget national d'un programme de lutte contre le chômage et le sous emploi.

d) la mise en place d'un cadre juridique et institutionnel, comportant un ensemble de lois sur la sécurité foncière, la protection de l'épargne, la décentralisation et la participation, favorables à l'amélioration de la sécurité alimentaire.

Combattre l'insécurité alimentaire, un devoir citoyen !
Assurer la sécurité alimentaire, une obligation de l'État !

Les institutions membres :

1. l'AGRO Action Allemande (AAA)

2. Action Aid

3. l'Association Française des volontaires du Progrès, (AFVP)

4. le Bureau de Nutrition et Développement

5. Centre de Recherche et d'Action pour le Développement (CRAD)

6. la Coordination des Opérations de Développement de l'Eglise Méthodiste en Haïti (CODEMH)

7. le Comite Protos Haïti (CPH)

8. le Centre International de Coopération pour le Développement Agricole (CICDA)

9. CHRISTIAN AID

10. le Groupe Haïtien de Recherches et d'Actions Pédagogiques (GHRAP)

11. Groupe de Recherches d'Appui au Milieu Rural (GRAMIR)

12. GRAF

13. HELVETAS

14. ICCO

15. Plate Forme Haïtienne de Plaidoyer pour un Développement Alternatif (PAPDA)

16. Parole et Action

17. PROTOS

18. Service Chrétien d'Haïti (SCH)

19. Société Internationale pour le Développement (SID)

Complément d'information :

La Plate Forme Nationale de Sécurité Alimentaire (PFNSA) est créée en juin 1999. L'idée de monter un cercle de réflexion autour des problèmes de sécurité alimentaire avait mobilisé un noyau d'institutions qui ont ressenti la nécessité d'aménager un espace d'échange, de concertation et de coordination de leurs efforts d'appui à une démarche de sécurité alimentaire.

La PFNSA contribue à l'élaboration et la mise en œuvre de stratégies et programmes garantissant l'amélioration de la situation de sécurité alimentaire en Haïti et l'éradication de la pauvreté.

Le deuxième rapport sur la vulnérabilité à l'insécurité alimentaire est attendu pour fin juillet et il sera préparé à partir de données statistiques qui seront extraites d'une enquête nationale conduite par la PFNSA.