Haiti

Haïti : Première opération conjointe haïtiano-dominicaine à la frontière

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Des dizaines de policiers et militaires ont lancé la chasse aux trafiquants de drogue, d'armes et de marchandises
La Police nationale d'Haïti (PNH) et l'armée dominicaine ont réalisé jeudi pour la première fois, une opération conjointe de plusieurs heures à la zone frontalière, dans le but de procéder à la confiscation d'armes à feu, de drogue et de marchandises illégales.

Selon la presse dominicaine, l'opération qui visait spécifiquement la province de Jimanì et le no man's land baptisé "Terre de Personne", a été dirigée personnellement et de façon coordonnée par le nouveau commandant de la police haïtienne, Mario Andrésol et le major-général Rafael Ramìrez Ferreira, chef du département d'investigation des Forces Armées Dominicaines (J-2). Des sources proches de l'institution militaire dominicaine ont fait état de la participation de 200 militaires et policiers à cette première expérience de coopération binationale en matière de sécurité.

Plusieurs personnes ont été arrêtées, une fabrique de charbon de bois démantelée et des stocks de marchandises saisis, à environ 200 mètres du poste frontalier de Jimanì.

Haïti et la République Dominicaine qui se partagent l'île d'Haïti ou Hispaniola, sont séparées par une frontière, longue de plus de 300 kilomètres, que les trafiquants de tout poil exploitent régulièrement sur les deux versants.

La point de passage Malpasse/Jimanì est considéré comme l'un des plus sensibles de les mouvements transfrontaliers, en raison de sa proximité géographique avec Port-au-Prince, situé seulement à une cinquantaine de kilomètres de là, de l'intensité de la circulation des personnes et des échanges commerciaux entre les deux territoires. On estime que plus de 500 camions remplis de marchandises et 300 autobus et minibus pleins de produits divers transitent par cette zone, chaque semaine. Un marché informel tenu par des petits commerçants haïtiens et deux garages fonctionnent également, depuis plusieurs années, dans le no man's land "Terre de Personne". Plus de 70% des touristes et commerçants qui circulent entre Haïti et la République Dominicaine passent par Jimanì/Malpasse.

Le Président dominicain Leonel Fernàndez a confirmé lundi, une information qui circulait depuis plusieurs semaines, sur un plan de coopération dominico-américaine qui vise l'établissement d'une "zone de sécurité" à la frontière avec Haïti. Le chef de l'Etat a indiqué que, très bientôt, les autorités américaines soumettront à leurs homologues dominicaines un plan de construction d'une "frontière moderne" bénéficiant d'énormes moyens de contrôle qui permettront notamment d'intercepter de la drogue. Le commandement sud de l'armée américaine, qui réalise des missions et des exercices dans les Caraïbes et en Amérique Centrale, apportera son expertise à la réalisation de ce projet gigantesque dont les éléments précurseurs sont déjà visibles, avec la présence de techniciens et de plusieurs dizaines de conteneurs, non loin du territoire haïtien.

Bien qu'Haïti et la République Dominicaine jouent effectivement un rôle de plaque tournante dans le narcotrafic de la Colombie vers les Etats-Unis, l'établissement de la fameuse "zone de sécurité" à la frontière laisse plus d'un perplexe sur les véritables ambitions d'un tel projet, compte tenu des convulsions sociopolitiques chroniques qui marquent la situation intérieure d'Haïti, depuis vingt ans.