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Haïti : Plus de respect pour les personnes handicapées

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En Haïti, la problématique des personnes handicapées est complexe. Handicapés moteurs, sensoriels ou mentaux, les personnes ayant une déficience vivent souvent dans des conditions difficiles et ne sont pas réellement intégrées dans la société. Célébrée, le 3 décembre à l'échelle mondiale, la Journée des Personnes handicapées offre l'occasion pour sensibiliser davantage les populations et améliorer la situation de cette frange le plus souvent défavorisée de la société.

En Haïti, près de 800.000 personnes, soit 10% de la population, vivent avec un handicap. La majorité d'entre elles ne bénéficient pas de la jouissance intégrale de leurs droits. Aussi constituent-elles l'un des groupes les plus vulnérables de la société.

L'un des maux dont souffrent le plus les personnes ayant un handicap en Haïti est la marginalisation. Elle est très visible dans le secteur de l'emploi. Peu de personnes atteintes d'un handicap bénéficient d'un salaire décent. En outre, dans la fonction publique, leur présence demeure faible. Le ratio est de 4 personnes handicapées pour 10.000 employés. Au niveau du secteur privé, la situation n'est guère plus reluisante. Bref, une «situation est très compliquée», reconnaît le Secrétaire d'Etat à l'intégration des Personnes Handicapées, Dr Michel Péant.

La question de l'emploi aux personnes handicapées se retrouve donc au cœur des préoccupations. D'ailleurs, cette année, le thème de la Journée mondiale a été «un travail décent pour les personnes handicapées». Cependant, les mesures concrètes destinées à améliorer leurs conditions se font encore attendre. Aussi poursuit Dr Péan, «dans ce pays, on a l'impression que la personne ayant un handicap n'a pas droit à une vie décente». «Nulle part, dans le code du travail haïtien, ne sont mentionnés les handicapés, ajoute-t-il, rappelant également la «nécessité de refondre le code du travail s'impose».

Autres difficultés auxquelles font face les personnes handicapées est la stigmatisation. En effet, peu de secteurs de la société haïtienne sont organisées de manière à faciliter l'intégration de ce groupe. Les salles de spectacles, les édifices publics, le transport en commun, la voirie, les écoles, entres autres ne sont ni équipées ni aménagées en vue de prendre en compte leurs besoins spécifiques. Un indice de cette négligence est sans doute le pourcentage, assez faible, d'enfants handicapés à fréquenter un établissement scolaire : 3%.

Le témoignage d'un handicapé moteur est, en effet, évocateur des sentiments de mépris ou de rejets dont ils sont l'objet de la part de la société haïtienne. «Je vis dans la rue et ce que j'endure est terrible. Je suis souvent injurié par les passants, personne ne me témoigne de respect», se lamente-t-il.

De même, le témoignage de la Secrétaire nationale du Réseau Associatif National pour l'Intégration des Personnes Handicapées (RANIPH), Marie Merlet Cadet, relatif à une scène entre deux handicapés et un chauffeur de transport en commun, va aussi dans le même sens. «Deux personnes visiblement très âgées et atteintes d'un handicap ont demandé à un chauffeur de patienter afin qu'elles puissent monter dans son autobus. Celui-ci leur a déclaré que les gens comme eux n'ont rien à faire dans la rue, ils doivent rester à la maison. Puis il est parti».

Aussi, à l'instar de leurs revendications relatives à l'accès à un travail, les personnes handicapées revendiquent-ils aussi une reconnaissance de leur droit en tant que personne. Fort heureusement, la société semble vouloir se réveiller de sa léthargie, puisque de plus en plus de secteurs se mobilisent pour le respect de la dignité des personnes handicapées.

De l'espoir pour les handicapés

Un des pas les plus significatifs dans le sens de l'intégration des handicapés en Haïti est pour beaucoup d'observateurs la création, en mai dernier, de la Secrétairerie d'Etat à l'intégration des personnes handicapées, ayant à sa tête Michel Péant, lui-même atteint d'un handicap visuel. Un des principaux objectifs de cet organisme est d'arriver à l'élaboration d'une législation haïtienne relative aux droits des personnes handicapées.

Le titulaire de l'institution s'est d'ailleurs montré très sensible à la perception de la population envers les personnes handicapées. Aussi fait-il de la sensibilisation, un autre axe de la politique de la Secrétairerie d'Etat. «Nous voulons arriver à un autre regard de la personne handicapée dans notre société», a-t-il confié.

Les plus hautes personnalités de l'Etat se sont également montrées très attentives à l'avancement des droits des handicapés. En effet, lors de l'inauguration du bâtiment logeant le bureau de la Secrétairerie d'Etat, le 3 décembre, le Président Préval s'est dit «choqué de la manière dont les handicapés sont perçus par les concitoyens». Le Premier Ministre Jacques Edouard Alexis, a pour sa part affirmé que la mobilisation contre la marginalisation des personnes handicapées était «une priorité de son gouvernement».

Dans ce combat en faveur des handicapées, le Gouvernement est appuyé par la communauté internationale. En effet, le Programme des Droits Humains de l'Organisation des Etats Américains en Haïti travaille avec la Secrétairerie d'Etat aux personnes handicapées sur l'aspect législatif.

Mais par-dessus tout, la célébration de la Journée internationale des personnes handicapées a offert l'opportunité à envions 500 handicapés en Haïti de faire entendre leur voix, notamment à travers des manifestations dans les rues de Port-au-Prince. Et tel un message à toute la société, ils ont crié : «Nous sommes des êtres humains comme vous, ayant droit au respect et à la dignité».