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Haïti : Notes de la conférence de presse de la MINUSTAH, 9 octobre 2008

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Point de presse de la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti (MINUSTAH), animé par Sophie Boutaud de la Combe, Porte-parole de la Mission, avec pour intervenants : le colonel Damir Milinovic, chargé de la communication de la Force militaire, André Leclerc, Chargé de la communication de la UNPOL, professeur Azzouz Kardoun, membre du Comité des droits économiques sociaux et culturels des Nations Unies et Sonia Bakar, Représentante de la Section des droits de l'Homme de la MINUSTAH.

SOPHIE BOUTAUD DE LA COMBE (SBdlC) :

Bonjour,

En première partie aujourd'hui nous aurons les interventions de nos collègues militaires et de police.

La seconde partie de ce point de presse sera consacrée aux droits économiques sociaux et culturels avec notamment l'intervention d'un invité de marque en la personne du Professeur Kerdoun, membre du Comité des droits économiques sociaux et culturels des Nations Unies.

Hier mercredi 08 octobre le représentant spécial du SG et chef de la MINUSTAH, Monsieur Hédi Annabi, a présenté le dernier rapport du SG au Conseil de sécurité. Ce rapport de 32 pages couvre les faits survenus depuis le 26 mars 2008. Une version imprimée de ce rapport vous a été distribuée. Il est également accessible sur le site Internet de la MINUSTAH.

Sans vouloir entrer dans les détails, le Secrétaire Général, dans ses recommandations, préconise que le mandat de la MINUSTAH soit prorogé pour une année supplémentaire allant jusqu'au 15 octobre 2009, et que l'effectif des composantes militaire et de police soit maintenu à son niveau actuel, afin que la Mission puisse continuer d'appuyer le processus de stabilisation dans chacun de ces domaines.

Il appartient au Conseil de Sécurité de décider sur la base de ce rapport.

Sans transition je cède la parole au Colonel Milinovic qui va nous parler des activités de la force militaire.

INTERVENTION DU PORTE-PAROLE MILITAIRE

Bonjour à tous,

Activités sécuritaires

La Force militaire est présente sur le territoire et mène ses activités 24 heures sur 24. Elle continue ses opérations de sécurisation par les points de contrôle fixes et mobiles à travers le pays. Des patrouilles maritimes et aériennes sont aussi conduites pour prévenir les trafics illicites.

La petite fille libérée mardi 7 octobre l'a été conjointement par les soldats brésiliens de la MINUSTAH avec la Police Nationale Haïtienne (PNH) dans les heures qui ont suivis l'information sur le lieu de sa captivité.

Deux individus ont été arrêtés dans le cadre de cette opération de libération et conduits au commissariat de Cité Soleil pour les suites de l'enquête. L'un des suspects arrêtés serait un frère de la victime. Et hier mercredi 08 octobre un troisième suspect a été arrêté dans le cadre de ce kidnapping.

Intempéries

En ce qui a trait aux dernières intempéries, la force militaire a mobilisé toutes ses ressources pendant et après le passage des quatre tempêtes tropicales sur le pays. Elle a permis l'évacuation des victimes vers des abris provisoires, facilité le transport de l'aide humanitaire dans certaines régions où les ponts et routes ont été endommagés, elle a fourni des soins médicaux et distribué des aliments et de l'eau potable aux victimes spécialement aux Gonaïves qui a été le plus affecté.

Rentrée scolaire

L'actualité de cette semaine est dominée par la rentrée scolaire. La force militaire de concert avec l'UNPOL et la PNH effectue depuis le début de la semaine des patrouilles de sécurisation près des établissements scolaires et a entrepris une campagne de sensibilisation pour éviter les excès de vitesse.

Depuis le mois d'Aout 2008, la force militaire pour venir en aide aux parents a lancé une campagne de distribution de kits scolaires et de nettoyage à travers tout le pays. Des matériels scolaires seront distribués à plus de 14 831 élèves d'écoles maternelles, primaires et secondaires. Des matériels de bureaux tels que des tables et des bancs ont aussi été remis à certaines écoles. Cette campagne prendra fin à la fin du mois d'octobre 2008.

Des écoles publiques, privées et des orphelinats ont reçus ces matériels et kits scolaires. Les bataillons brésilien, chilien, Népalais I et II, sri lankais, uruguayens I et II, ainsi que la compagnie de génie militaire brésilienne et la compagnie boliviennes ont organisé des opérations de nettoyage, de peinture et de réhabilitation des salles de classe, en particulier dans les zones affectées par les tempêtes tropicales.

De son coté le bataillon jordanien organise, comme chaque année, des activités pour la rentrée scolaire avec, cette année, un effort plus important dans les communes qui ont été particulièrement affectées par les intempéries, dans leur zone de responsabilité.

Ainsi, la semaine dernière, les soldats jordaniens ont déjà procédé à des distributions dans la zone de Cazeau. Et une nouvelle distribution de matériels scolaires par le bataillon jordanien aura lieu demain, vendredi 10 octobre 2008, l'école nationale de Cabaret.

De même le mardi 14 octobre 2008, le bataillon brésilien organisera lui aussi une activité de distribution de matériels scolaires au lycée Daniel Fignolé à la rue Maillart de 9 heures à 10 heures.

Je vous invite à venir couvrir ces activités.

Merci.

SBdlC : Merci Colonel. Maintenant nous cédons la parole à notre collègue André Leclerc, du bureau de la communication UNPOL.

INTERVENTION DU PORTE-PAROLE DE LA UNPOL

Rentrée scolaire

Depuis le 6 octobre, un dispositif spécial a été mis en place par la MINUSTAH en appui du plan national de sécurisation de la rentrée scolaire de la PNH. Ce plan comporte différents volets :

- d'une part un volet de sécurité routière afin de sensibiliser les conducteurs et les écoliers aux risques de la circulation et aux bons comportements pour utiliser les routes de façon sécuritaire.

- D'autre part un volet de prévention contre la criminalité par des patrouilles, des points de contrôles et des points fixes.

Les effectifs UNPOL assignés à la circulation de Port-au-Prince ont ainsi été déployés de façon à pouvoir couvrir le plus de carrefours stratégiques, en coordination avec les officiers de la PNH de la DCPR, pour prévenir les accidents de la circulation dont des écoliers avaient été victimes ces dernières années au moment de traverser les rues particulièrement lors des rentrées scolaires. Cet effort de sensibilisation des UNPOL s'est dirigé à la fois vers les conducteurs mais aussi vers les écoliers eux-mêmes afin que chacun comprenne les risques et l'importance de respecter les règles de sécurité.

Je profite de cette occasion pour inviter les parents de rappeler à leurs enfants les règles de base : ils doivent emprunter les passages pour piétons qui sont marqués au sol lorsqu'ils existent. Et que dans tous les cas il est nécessaire de regarder avant de traverser la rue pour vérifier si une voiture n'arrive pas d'un cote comme de l'autre. Pour les conducteurs il est nécessaire de laisser le passage à ceux qui sont engagés sur la chaussée pour traverser. La règle s'applique pour tout le monde.

C'est un appel à la vigilance que nous lançons en appui du plan de la PNH afin que cette année il n'y ait pas d'écoliers victimes d'accidents de la circulation.

Jusqu'à maintenant, les résultats sont encourageants car aucun accident impliquant la sécurité des écoliers n'a été rapporté jusqu'à ce jour.

Ces activités ne concernent pas seulement Port-au-Prince mais tous les départements du pays car les UNPOL de toutes les régions sont impliqués dans le plan de sécurisation de la rentrée scolaire.

Concernant le volet de la prévention contre la criminalité, les officiers UNPOL travaillant en collocation avec la PNH, gardent une attention spéciale aux écoles et à leurs alentours. Des patrouilles préventives y sont faites régulièrement de même que des points de contrôles et des points fixes.

Pour garantir une constance dans les habitudes des usagers de la route, le dispositif restera en place pour tout le mois et une réévaluation sera faite, par la suite, en partenariat avec les Unités de la Circulation de la PNH et de la MINUSTAH.

Aide aux orphelinats

Sur un plan plus personnel les membres du contingent UNPOL s'investissent depuis le début de la Mission dans la mesure de leurs moyens pour aider des orphelins nécessiteux.

Qu'il s'agisse de rénover les locaux de certains orphelinats, d'organiser des fêtes pour les enfants, de distribuer des jouets, des vêtements ou des matériels scolaires pour la rentrée collectés auprès de leurs familles au pays, ce sont quelques exemples des actions des hommes et des femmes qui composent la UNPOL.

Victime de kidnapping libérée

Concernant la petite fille de 6 ans kidnappée le 2 octobre dernier à Terre Noire / Cité Soleil, libérée suite à des interventions-conjointes impliquant les PNH de Cité Soleil, la UNPOL et des militaires Brésiliens, avant hier matin :

Cette libération s'est faite grâce à des citoyens attentionnés de Cité Soleil qui ont fourni des informations relativement à des agissements inhabituels autour de certaines résidences de leur quartier. Un groupe formé de PNH, UNPOL et militaire Brésiliens a alors organisé une opération conjointe qui a permis de localiser et de libérer l'enfant, saine et sauve. 2 résidences à Linteau (Ti-Haïti) et à Bois Neuf ont été perquisitionnées.

2 suspects de 21 et 35 ans, dont le frère de la victime, furent arrêtés lors des perquisitions et amenés au Commissariat de Cité Soleil. Un troisième suspect, de 22 ans, qui s'est enfui lors de la libération, fut arrêté plus tard en soirée à Cité Lumière 3 / Cité Soleil par des agents de la PNH.

Il est important de faire ressortir 2 points importants :

1. L'implication et le sens des responsabilités des citoyens du quartier qui en collaborant avec les autorités policières ont permis de libérer cette petite fille et d'éviter sans doute d'autres kidnappings par l'arrestation de ses ravisseurs.

Cela démontre qu'en informant la Police, la communauté en bénéficie directement car elle permet non seulement de renforcer le sentiment de sécurité mais aussi concrètement d'assurer la sécurité de cette même communauté.

2. Le second point important concerne les cas pour lesquels un membre de la famille de la victime serait l'un des ravisseurs. Le phénomène de l'extorsion de fonds fait régulièrement partie des hypothèses retenues dans les enquêtes sur les cas de Kidnapping. Ces faux kidnappings causent autant de tors aux victimes qu'à leur entourage et sont poursuivis avec autant de célérité qu'un vrai kidnapping.

Arrestation des deux suspects

A la suite d'une enquête de plusieurs mois, des perquisitions ont eut lieux à Port-au-Prince pour localiser Jean Bertho, alias Ti-Bertho, et son complice Jameson Genisma, alias Ti-Rasta, soupçonnés d'être impliqués dans la mort du FPU Nigérian survenue en avril 2008.

Suite à une opération conduite dans la nuit du 26 Septembre dernier, où des équipes formées de la DCPJ et de la BRI (Brigade Rapide d'Intervention) de la PNH appuyés des UNPOL ont perquisitionné différentes caches potentielles des fugitifs, le même jour à 3 heure de l'après-midi, une équipe de la PNH a cernée et arrêté Ti-Bertho dans un local de Delmas 4 avant de le remettre à la DCPJ.

Son complice Ti-Rasta, fut localisé le mardi 7 Octobre par une équipe de la BRI de la PNH sur la rue Macajou, dans Bel-Air.

Ces deux arrestations sont le résultat d'une enquête exhaustive de 5 mois.

Bienvenue aux FPU népalais au Cap-Haïtien

Enfin pour terminer nous voudrions souhaiter la bienvenue aux FPU Népalais en fonction au Cap-Haïtien depuis le 5 septembre dernier.

125 policiers Népalais se sont en effet joints à la MINUSTAH en formant un contingent FPU (Forced Police Unit) au Cap-Haïtien.

Les FPU Népalais auront comme mission, comme = les 8 autres FPU déployées dans le pays, de travailler en conjonction avec les policiers de la PNH dans des activités telles que : le contrôle de foule, les patrouilles préventives, les postes de contrôle fixes et l'exécution d'opérations spéciales.

SBdlC : Merci André. A plusieurs reprises nous avons eu l'occasion dans le cadre de ce point de presse de rappeler l'importance de la ratification par Haïti du Pacte des droits ESC.

Nous accueillons aujourd'hui un invité de marque, le professeur Azzouz Kerdoun, membre du Comité des droits économiques sociaux et culturels des Nations Unies. Avant de lui céder la parole Sonia Bakar, la représentante de la section des droits de l'homme de la MINUSTAH, va vous informer du lancement d'une grande campagne qui justement insiste sur un droit économique et social fondamental touchant tous les haïtiens.

INTERVENTION DE LA REPRESENTANTE DE LA SECTION DES DROITS DE L'HOMME

Chers amis,

La Section de droits de l'homme lance demain une campagne de droits à l'eau potable, dans la cadre de la célébration du 60ieme anniversaire de la DUDR. Cette grande campagne nationale va durer deux mois. Elle est organisée en collaboration avec la Cellule Eau et Assainissement du Ministère des Travaux Publiques, le Haut Commissariat pour les Droits de l'homme qui est représente en Haïti par la SDH, et avec l'assistance de l'UNICEF et du PNUD.

Elle a comme objectif principal d'informer le public que le droit à l'eau est un droit de l'homme comme l'est celui de la vie ou celle de la liberté de presse. Ce droit impose des obligations à l'Etat dans les pays en développement de prendre des mesures afin d'améliorer l'accès à l'eau potable dans les limites de ses possibilités et de manière progressive. Cependant les citoyens ont aussi des obligations quant à la protection de l'eau et des installations et au paiement à l'Etat du cout de l'accès à l'eau potable. Ce cout, qui ne doit pas être très important, ne vise pas à payer l'eau mais le service rendu pour l'amener aux consommateurs. Les autres objectifs de la campagne sont le vote par le parlement de la loi sur L'eau et l'assainissement, l'allocation d'une somme plus importante à l'amélioration de l'accès à l'eau potable et finalement la ratification du Pacte sur les DESC.

Pour lancer cette campagne, la Section des Droits de l'Homme de la MINUSTAH organise une conférence-débat à Port-au-Prince sur l'utilité et l'urgence de la ratification du Pacte sur les DESC par Haïti. Cette conférence débat se tiendra demain à la faculté de droit. Les participants sont le Professeur Kardoun, expert éminent de droits international, membre du Comite des droits ESC et le Prof. Denis Régis, avocat et professeur de droit international.

La Section organisera ce vendredi 10 octobre diverses activités à travers ses représentants régionaux dans les différents départements. Un programme de ces activités vous sera distribué. Plus tard, elle conduira des séances de sensibilisation et d'information à destination de toutes les couches de la société et en collaboration avec la Cellule Eau et Assainissement du Ministère des Travaux Publiques et le PNUD afin aussi de faire part des efforts de l'Etat quant à l'amélioration de l'accès à l'eau.

Je laisse la parole au Professeur Kerdoun qui va vous faire part du travail du Comité pour les DESC afin d'améliorer la situation de ses droits pour les pays qui l'ont ratifié et l'importance de sa ratification par Haïti.

Intervention du professeur Azzouz KERDOUN

Pour vous donner une idée générale sur le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, pour ceux qui ne le connaissent pas ou qui ont besoin de se rafraichir la mémoire, ce Pacte a été adopté par l'Assemblée générale dans sa résolution 2200 A 21, en date du 16 décembre 1966 ainsi que le Pacte sur les droits politiques et civils. Ce sont deux instruments juridiques internationaux qui sont entrés en vigueur le 3 janvier 1976 après 20 années de débats de la communauté internationale sur ces instruments juridiques.

Le premier Pacte est pratiquement ratifié par tous les Etats, c'est-à-dire le Pacte relatif aux droits civils et politiques, mais malheureusement pas le second parce qu'il vient avec d'autres droits, plus sensibles, qui sont des droits économiques, sociaux et culturels qui ne trouvent pas encore l'adhésion de l'ensemble de la communauté internationale. Mais il a quand même, à la date de septembre 2008, enregistre 159 ratifications sur 192 Etats membres des Nations Unies.

Il reste quelques pays - il y a 6 qui l'ont uniquement signé mais ne l'ont pas ratifié - notamment des pays qui ont des difficultés économiques, sociales, voire même politiques, qui ne l'ont pas encore ratifié. Donc ce Pacte n'a pas été ratifié par Haïti qui est un Etat-membre des Nations Unies. Nous souhaiterions et nous encourageons l'Etat haïtien à ratifier ce Pacte.

Pourquoi le ratifier ? Je pense que ce Pacte décrit une série de droits qui sont des droits importants. Je veux citer les plus importants, d'abord dans son article 1er, c'est l'autodétermination des peuples, l'article 3 parle de l'égalité des hommes et des femmes, travail et conditions favorables de travail, droit de construire des syndicats et d'y adhérer, droit à la sécurité sociale, protection de la famille, de la mère et de l'enfant, droit à un niveau de vie suffisant y compris vêtements, nourriture et logement suffisant, droit à un meilleur état de santé et des meilleurs soin de santé qu'il soit possible d'atteindre et enfin droit à l'éducation et à une vie culturelle. Ce sont à mon avis, des droits essentiels, notamment le droit à la santé et à la nourriture, le droit à l'éducation qui sont éminemment importants.

Les Etats ont souvent peur de ratifier ce Pacte parce qu'ils se disent si nous adhérons à ce Pacte, un certain nombre d'obligations vont peser sur nous. Effectivement, les Etats qui ratifient ce Pacte doivent se conformer à un certain nombre d'obligations qui découlent directement de ce pacte. Mais dans le cadre des droits économiques, sociaux et culturels, le problème se pose différemment que pour les droits civils et politiques. Pour que l'Etat puisse garantir le travail à tous, c'est très difficile, notamment pour les Etats pauvres, les Etats qui n'ont pas beaucoup de moyens. Pour que l'Etat puisse accorder le droit à la santé à tout le monde, par moment, c'est pratiquement impossible dans certains Etats. Alors justement le Pacte et le Comité des droits sociaux. économiques et culturels qui veillent à l'application de ce Pacte essaient d'aider les Etats qui ont ratifié ce Pacte par des obligations progressives, donc selon les moyens dont peut disposer l'Etat progressivement mais il faudrait qu'il montre qu'il fait des efforts dans ce sens par exemple en commençant a construire des dispensaires et des hôpitaux. Mais il n'est pas obligé de garantir systématiquement et immédiatement ces droits. C'est progressivement, en fonction de ses revenus, en fonction de ces moyens. C'est pareil pour le droit au travail, c'est en créant un marché du travail qu'il peut progressivement mettre les gens au travail. Ce sont là les droits économiques, sociaux et culturels. Le droit à un niveau de vie suffisant avec y compris nourriture suffisante pour pouvoir vivre, le droit à l'eau qui est indispensable à la vie, qui est lié à la santé, ce sont des droits qui se réalisent progressivement. Donc les Etats ne doivent pas se sentir obligés immédiatement de réaliser ces droits. Les efforts de chaque Etat doivent contribuer justement à améliorer la situation de leur population. C'est pour cela qu'on plaide pour la ratification par Haïti de ce Pacte international.

Le Comité des droits économique, sociaux et culturels est en quelque sorte le gardien de ce Pacte. Il veille et demande aux Etats d'élaborer des rapports qu'il doit présenter au Comité tous les 5 ans après le premier rapport qui doit être présenté au Comité 2 ans après la ratification. Après ce sera une périodicité de cinq années. Les droits économiques supposent le travail concerte au niveau des institutions gouvernementales, au niveau des autorités de tous les secteurs concernés parce qu'il y a la santé l'environnement, le travail... Tous les secteurs étatiques sont concernés et doivent élaborer un rapport conjointement pour venir le présenter devant le Comité et celui-ci juge quels sont les pas qui ont été réalisés par tel ou tel Etat dans l'application de tel ou tel droit. Le droit à l'Education par exemple, il faut que tous les enfants aillent à l'école primaire.

Donc le Comité aide à progresser dans la réalisation de ses droits qui, je peux le dire entre parenthèses, ont toujours été les parents pauvres du droit international, par rapport aux droits civils et aux droits politiques. Mais que signifie les droits politiques et les droits civils si nous n'avons pas les droits économiques, le droit à la santé, le droit à une nourriture saine, le droit à l'eau. Si on ne boit pas, si on ne mange pas, on va crever et donc on n'a pas besoin des droits civils et politiques qui sont déjà cernés par toutes les constitutions des Etats. Donc, voilà la raison essentielle pour lesquelles le Comité veille à l'application des dispositions qui sont contenues dans le Pacte relatif aux droits économiques, sociaux et culturels et il va aussi dans le sens de l'aide aux Etats pour pouvoir élaborer et fournir des conseils. Je vous remercie.

SBDLC : Merci Monsieur Kerdoun. Maintenant c'est le temps des questions.

Questions - Réponses

1- Les Nations Unies avaient lancé un appel à l'aide en faveur d'Haïti à l'endroit de la communauté internationale. Vous avez parlé de plus de cinq millions de dollars qui seraient nécessaires pour faire les interventions post-cycloniques. A quel point en est- on maintenant ? Quelle quantité de ce fond a été collectée et quelles interventions ont été faites en faveur de la population sinistrée dans les régions touchées ?

SBdlC : Merci pour cette question. Vous le savez, ce « Flash Appeal », cet Appel d'urgence qui a été lancé par les Nations Unies, ne couvre pas l'ensemble des besoins. Les 108 millions de dollars de l'Appel d'urgence n'en sont qu'une petite partie. Sur ces 108 millions de dollars, avait étaient annoncés, vous vous souvenez, que 2%, 3%, puis 7% avaient été offerts par les bailleurs.

A la date d'aujourd'hui nous en sommes à 33% dont un petit peu plus de 22% pour les contributions, et environ 10% de promesse de dons qui se repartissent comme suit : 23 millions 223 mille pour les contributions et 10 millions 731 mille pour les promesses de dons. Pour un montant total de 33 millions 955 mille, c'est-à-dire 33% du montant total requis.

Ce montant s'ajoute, je le répète, aux autres collaborations, unilatérales, bilatérales ou multilatérales comme par exemple celles de la coopération des Etats-Unis, de l'Union européenne, du Canada, de la France, etc. C'est donc un plus.

2- Au total ça fait combien, quand on ajoute le bilatéral, l'unilatéral etc. plus cette contribution de 33 millions. Le total fait combien.

SBdlC : Selon les informations à ma disposition, à l'heure où on parle, concernant simplement les ouragans Gustav, Hanna et incluant les projets qui ne sont pas listés dans l'appel d'urgence, le montant est de 59 millions 115 mille, dont en contribution 45 millions 430 mille 246 et en promesse de dons 13 millions 685 mille. Il faut ajouter bien sûr ces deux montants, c'est-à-dire les 59 millions 115 mille plus les 33 millions 955. Mais bien sûr, vous le savez, la coopération ne se limite pas seulement au cadre des ouragans auxquels ces chiffres font référence.

3- Nous savons que nous sommes des journalistes. Lorsque la MINUSTAH demande aux journalistes de se déplacer avec elle, elle se décharge de toute responsabilité. Parmi nous, il y a des pères et mères de famille, s'il nous arrive quelque chose pendant le voyage, que va-t-il vraiment se passer ?

SBDlC : C'est une question très importante et c'est vrai qu'elle nous est posée bilatéralement par les uns et les autres de temps en temps, par rapport au fait que vous signez effectivement des décharges avant de monter dans les véhicules des Nations Unies. Mais ce n'est pas seulement le cas des journalistes. C'est le cas de tous ceux qui ne sont pas des personnels des Nations Unies, de tous les « non UN ». C'est le cas aussi pour les membres du gouvernement ou pour les parlementaires qui utilisent les moyens de transport des Nations Unies. Ca n'est donc pas fait que pour les journalistes, mais pour ceux qui ne font pas partie des Nations Unies. Je peux vous transmettre toutes ces règles, si vous le souhaitez, dans un document écrit. Ce n'est pas seulement non plus pour Haïti je tiens à le préciser. C'est le cas aussi de toutes les missions de maintien de la paix et même des sièges au niveau de New York et de Genève.

4- Je voudrais adresser ma question à M. Kerdoun. M. Kerdoun vous venez de faire part de l'urgente nécessité pour Haïti de signer le pacte. Au cas où Haïti persiste sur ce chemin, qu'est ce qui lui arrivera ?

M. Kerdoun : Je vais vous répondre très franchement. Si Haïti persiste pour ne pas ratifier le pacte, personne ne l'y oblige. La souveraineté des Etats est encore le sacro-saint principe du droit international. Donc personne ne l'y oblige. Il y a des Etats qui ne l'ont pas ratifié et je cite le cas des Etats-Unis. Personne ne les oblige à ratifier le pacte. Mais simplement pour l'intérêt d'Haïti, il serait mieux que cet Etat le ratifie parce qu'il aura besoin d'une aide et il y a des mécanismes de coopération et d'aide à l'intérieur du pacte qui peuvent faciliter la tache pour la réalisation de ces droits progressivement. Merci.

SBdlC : Je vous invite à venir couvrir cette conférence-débat qui rentrera beaucoup plus dans le détail demain à la faculté de droit. Merci à toutes et à tous et bonne semaine.

Contacts media :

Sophie Boutaud de la Combe, Porte-parole de la MINUSTAH
Téléphones : (509) 244 20 50 - ext : 6099, 6035 Cell : (509) 478-6278
E-mail : boutaud-de-la-combe@un.org, ou consultez le Site Internet de la Mission au http://www.minustah.org