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Haïti : Notes de la conférence de presse de la MINUSTAH, 16 octobre 2008

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Point de presse hebdomadaire de la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti (MINUSTAH), animé par Madame Sophie Boutaud de la Combe, Porte-parole de la MINUSTAH, avec pour invité Monsieur Hédi Annabi, Représentant Spécial du Secrétaire General et chef de la MINUSTAH.

INTERVENTION DE LA PORTE-PAROLE, SOPHIE BOUTAUD DE LA COMBE

Mesdames, Messieurs bonjour. Comme annoncé, nous avons aujourd'hui une conférence de presse exceptionnelle avec la présence de M. Hédi Annabi qui est le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies et chef de la MINUSTAH. Sans transition, je lui cède la parole.

INTERVENTION DE M. HEDI ANNABI

Bonjour tout moun. Bonjour chers amis de la presse. Je suis très heureux d'avoir cette occasion de vous retrouver. Je voudrais d'abord m'excuser d'être un peu en retard, mais je viens d'une séance de travail avec le Premier ministre qui a duré plus longtemps que prévu.

Je voudrais, pour commencer, puisque ça fait quelque temps que nous ne nous sommes pas rencontrés dans ce format, exprimer ma sympathie et ma solidarité à l'égard de toutes les victimes des intempéries et des ouragans qui ont frappé le pays au cours des dernières semaines.

Je voudrais également, au-delà de cette expression de sympathie et de profonde solidarité, rendre hommage au courage dont les Haïtiens ont fait preuve pour faire face à ces difficultés et reprendre leurs activités.

Je suis heureux d'être de retour en Haïti. Comme vous savez, je rentre de New York, où j'ai passé quelques jours. Au cours de ce séjour à New York, j'ai rencontré le groupe des amis d'Haïti, j'ai rencontré le groupe des pays contributeurs de troupes et de personnel de police de la MINUSTAH et, bien entendu, j'ai participé aux délibérations du Conseil de sécurité sur le renouvellement du mandat de la MINUSTAH.

J'ai présenté, comme c'est la tradition, le rapport du Secrétaire général des Nations Unies sur la MINUSTAH au Conseil de sécurité. Ce rapport a été très bien accueilli par le Conseil de sécurité et les discussions du Conseil de sécurité ont abouti, comme vous le savez, il y a deux jours le 14 octobre, à l'adoption de la résolution 1840 (2008), qui renouvelle le mandat de la MINUSTAH pour une année, c'est-à-dire jusqu'au 15 octobre 2009.

Cette résolution a été adoptée à l'unanimité des membres du Conseil, c'est-à-dire par les 15 membres du Conseil de sécurité. Vous l'avez tous lu, je ne vais donc pas la paraphraser. Certains d'entre vous, certains organes de presse, nous ont fait l'amitié de lire des passages entiers de la résolution à la radio, ou de les publier. Et donc, je suis certain que vous êtes tout à fait familiers, 48 heures plus tard, avec le texte de la résolution. Ce que je voudrais faire, plutôt que de paraphraser son contenu, c'est vous dire comment je perçois cette résolution, et quel est, à mon sens, le message qui se dégage de cette résolution.

Cette résolution réaffirme d'abord, et c'est très important, le soutien total de la communauté internationale à l'égard d'Haïti et à l'égard des épreuves difficiles rencontrées par ce pays.

Elle marque également la volonté très claire de la communauté internationale de continuer à appuyer les efforts des autorités haïtiennes en vue de la consolidation de la stabilité dans le pays. Cette résolution donne par ailleurs à la MINUSTAH les moyens de contribuer à ces efforts, de les accompagner, de les appuyer, pendant une nouvelle période de 12 mois (c'est-à-dire, comme je l'ai dit tout à l'heure, jusqu'au 15 octobre 2009). La résolution souligne enfin, que pour progresser de manière durable dans la voie de la stabilisation, il faut avancer simultanément dans les cinq domaines suivants :

- Premièrement, la situation politique et institutionnelle.

- Deuxièmement, le renforcement des capacités de l'Etat et l'extension de son autorité sur l'ensemble du territoire, y compris bien entendu le programme de sécurisation et de gestion des frontières.

- Troisièmement, le renforcement du secteur de sécurité, notamment à travers la poursuite de la mise en œuvre du plan de réforme de la police nationale haïtienne, la PNH.

- Quatrièmement, la poursuite de la réforme de l'appareil judiciaire et pénitentiaire. Comme vous le savez, le renforcement des institutions de l'Etat de droit (c'est-à-dire le renforcement de la police, le renforcement de la justice, du système pénitentiaire) constituent la pierre angulaire du mandat de la MINUSTAH.

- Et enfin, cinquièmement, le développement économique et social. Il faut avancer sur le plan du développement économique et social. Bien entendu, il n'est pas de développement possible sans sécurité, ce à quoi on s'attache en appui aux autorités haïtiennes. Mais il n'y aura pas, à terme, de sécurité et de stabilité durable sans développement et sans, en particulier, une amélioration du niveau de vie de la population haïtienne.

Voilà les cinq grands axes du plan de consolidation présenté par le Secrétaire général dans son rapport qui est donc approuvé, endossé par le Conseil de sécurité dans cette résolution.

Je vous recommande, si vous n'avez pas eu le temps de le faire jusqu'ici, de jeter un coup d'œil sur ce plan de consolidation qui est décrit, dans le corps du rapport, mais également (avec un peu plus de détails) dans l'annexe au rapport du Secrétaire général et qui se situe à l'horizon 2011, date à laquelle nous estimons que si les objectifs décrits dans ce plan sont largement remplis, il sera possible de passer à une nouvelle phase de l'action de la communauté internationale, en appui à celle du gouvernement, et donc de commencer une réduction systématique de la présence de la MINUSTAH.

Encore une fois, je vous recommande de jeter un coup d'œil sur ce plan de consolidation, parce qu'il offre une feuille de route, développée sur la base des consultations que nous avons eues avec les autorités haïtiennes. Ce plan s'inscrit parfaitement, je pense, dans le cadre des objectifs définis par les autorités haïtiennes, dans le cadre des objectifs définis par le DSNCRP, c'est-à-dire le Document de Stratégie Nationale pour la Croissance et la Réduction de la Pauvreté.

Au cours de mon séjour à New York, j'ai eu l'occasion d'essayer de sensibiliser les membres du Conseil de sécurité, de la communauté internationale aux ravages et aux destructions infligées à ce pays par les quatre ouragans qui se sont succédés ici en août et en septembre. Et j'ai eu l'occasion de dire que nous nous trouvions aujourd'hui dans une situation exceptionnelle en raison de la gravité et de l'ampleur des destructions et des ravages causés par ces intempéries et que, face à cette situation exceptionnelle, il était absolument indispensable pour la communauté internationale de consentir à un effort exceptionnel, pour aider à la reconstruction et au redressement du pays, à la reconstruction des infrastructures de base, à la relance de l'agriculture et à toutes les activités de redressement et de relèvement nécessaires pour permettre à ce pays de reprendre sa marche vers le progrès.

J'ai donc souligné qu'il fallait, à notre avis, lancer un programme d'assistance coordonnée, articulé autour de trois axes :

- Premièrement, une poursuite et une augmentation de l'aide humanitaire car les besoins en aide humanitaire ont été accrus par les ouragans.

- Deuxièmement, il faut engager très rapidement des actions de « redressement rapide » ou de « relèvement rapide », basées sur des projets à haute intensité de main d'œuvre, de manière à injecter du cash et des liquidités dans l'économie.

- Et enfin, troisièmement, il est indispensable aujourd'hui, je l'ai souligné auprès des membres du Conseil de sécurité, il est indispensable d'entreprendre un effort majeur de reconstruction de l'infrastructure de base qui a été largement détruite par les ouragans.

J'ai souligné qu'il fallait un effort de grande envergure. Mais j'ai en même temps attiré l'attention des membres du Conseil de sécurité sur le fait que cet effort de grande envergure à l'échelle d'Haïti, ne représenterait pas, sur un plan global, des dépenses démesurées et qu'il permettrait également de sauvegarder les investissements consentis par la communauté internationale en Haïti jusqu'à présent.

Je pense qu'en l'absence d'un tel effort, en l'absence d'un vaste effort de reconstruction, il sera très difficile d'améliorer de manière durable la situation dans le pays.

Pour conclure, le Conseil de sécurité, en renouvelant le mandat de la MINUSTAH, a rappelé que la consolidation de la stabilité dans le pays dépend de l'engagement de trois groupes d'acteurs :

- Premièrement le gouvernement et, avant toute chose, le gouvernement et la population haïtienne. Le gouvernement et la population haïtienne doivent travailler ensemble pour prendre des décisions, pour définir les grandes priorités du pays et les mettre effectivement en œuvre.

- Deuxièmement, la MINUSTAH et les agences du système des Nations Unies doivent également faciliter et appuyer la mise en œuvre des décisions prises par le gouvernement et les priorités du gouvernement sur le terrain.

- Et enfin, la communauté internationale dans son ensemble doit apporter son assistance et son soutien, qui demeurent indispensable pour que ce travail de reconstruction devienne une réalité.

J'ai également souligné qu'aucun d'entre nous (parmi ces trois groupes d'acteurs), aucun d'entre nous, ne peut parvenir à des résultats durables si nous travaillons de manière isolée.

Si nous voulons que nos efforts aboutissent à des résultats, tangibles, réels, durables, nous devons travailler ensemble et assumer nos responsabilités respectives de manière coordonnée et dans un esprit de partenariat. Nous devons travailler en partenaires. Malgré les difficultés que nous avons connues cette année, notamment depuis le mois d'avril, je reste persuadé que si nous travaillons ensemble, si nous travaillons en partenaires, si nous travaillons d'une manière solidaire, nous parviendrons à relever les défis majeurs qui se présentent aujourd'hui à ce pays et il sera possible de lancer l'effort de reconstruction et d'améliorer le niveau de vie des populations. Car c'est pour cela que nous travaillons tous, c'est pour que le peuple haïtien puisse connaître un avenir meilleur. C'est notre seul objectif et notre seule ambition.

Je vous remercie et suis maintenant prêt à répondre à vos questions.

QUESTIONS / REPONSES

1-Au niveau de la classe politique, les réactions divergent en ce qui a trait au renouvellement du mandat de la MINUSTAH. Des responsables politiques, des parlementaires notamment, estiment qu'il est temps que le gouvernement haïtien élabore un calendrier de retrait pour les troupes onusiennes. D'autres vont même jusqu'à souligner qu'Haïti est à même aujourd'hui d'assurer sa propre sécurité. Que répondez-vous M. Annabi ?

M. Annabi : J'écoute comme vous les radios et je lis la presse. Ce que j'ai entendu, c'est effectivement des avis divergents et des réactions différentes. Les uns regrettent le renouvellement du mandat de la MINUSTAH, les autres s'en félicitent ; d'autres, comme vous l'avez dit, pensent qu'il faudrait définir un calendrier de retrait. C'est le travail dont nous avons essayé de jeter les bases. Si vous regardez le plan de consolidation contenu dans le rapport, vous verrez que nous avons défini, à l'horizon 2011, les objectifs à atteindre avec des indicateurs de progrès très concrets pour pouvoir, au fur et à mesure que les capacités de l'Etat haïtien se renforcent, ajuster notre dispositif et réduire notre présence afin, bien sûr, de la retirer lorsque les capacités nationales seront suffisantes. Ou encore, bien entendu, si le gouvernement haïtien ne souhaitait plus notre présence.

Pour l'instant, comme vous le savez, nous sommes là à la demande des autorités haïtiennes et nous travaillons en appui à leurs efforts, nous coopérons avec elles pour la mise en œuvre des différents objectifs.

2-Je voudrais savoir pourquoi le maintien d'Haïti sous le chapitre 7 de la Charte des Nations unies qui fait du pays une menace pour la paix et la sécurité internationale ?

Pourquoi le processus de renouvellement du mandat des casques bleus se fait toujours à l'initiative unilatérale des Nations Unies, jamais en consultation avec les autorités haïtiennes.

Est-ce qu'il appartient vraiment à la MINUSTAH de promouvoir le dialogue national, le dialogue politique pour la réconciliation nationale. Quel est le sens du concept de réconciliation nationale ?

M. Annabi : D'abord, il faut être clair sur la nature du problème. La résolution 1840 (2008) adoptée par le Conseil de Sécurité, tout comme la toute première résolution, la 1542 (2004), ne fait référence au chapitre 7 que dans un contexte très limité. Le gros de la résolution ne relève pas du chapitre 7. Si vous regardez le texte de la première résolution, la résolution 1542 (2004), qui a été repris dans les mêmes termes jusqu'à la 1840, ce texte ne fait référence au chapitre 7 que pour des choses limitées et bien précises. Elle fait référence au chapitre 7 en ce qui concerne la liberté de mouvement, la protection du personnel et des installations. Ces trois points sont des points que vous allez retrouver dans les mêmes termes dans toutes les résolutions concernant le déploiement d'opérations de stabilisation ou de maintien de la paix à travers le monde. Il n'y a là rien d'inhabituel, c'est une pratique courante et quasiment systématique.

En plus de ces trois points, la résolution 1542 et toutes les autres, y compris la dernière, se réfèrent au chapitre 7 pour deux autres points :

- Premièrement, l'appui opérationnel à la police nationale. C'est un appui, encore une fois, qui est rendu nécessaire par le fait que la police nationale ne dispose pas encore d'effectifs ou d'équipements suffisants pour faire face à toutes ses obligations. Et bien entendu, quand on mène des opérations sécuritaires, il est important d'avoir une certaine liberté de manœuvre pour pouvoir opérer dans des conditions qui répondent aux préoccupations de pays qui mettent des troupes et le personnel de police à notre disposition.

- Ensuite, la résolution se réfère au chapitre 7 pour un cinquième point qui est le « vetting » ou, si vous préférez, la certification, du personnel de la police nationale. La certification de la capacité à servir, après les enquêtes d'usage, qui sont faites dans toutes les polices du monde, avant de confirmer la nomination des agents de la police. Nous participons au processus de vetting aux cotés des autorités haïtiennes. C'est quelque chose que nous faisons à la demande des autorités haïtiennes et sur autorisation du Conseil de Sécurité. La référence au chapitre 7 s'explique par le fait qu'il s'agit d'un processus qui est quelque peu intrusif, puisque nous participons à l'examen de dossiers et que nous donnons un avis sur les décisions, lesquelles sont prises en dernier ressort par les autorités haïtiennes. Le reste de la résolution n'est pas sous le chapitre 7.

Qu'elle est le sens du chapitre 7 dans la Chartre des Nations Unies ? Le sens du chapitre 7 dans la Charte des Nations Unies, c'est l'imposition de la paix, l'imposition de sanctions, c'est le lancement d'opérations de guerre pour repousser un agresseur en cas de violation de la paix, de la sécurité internationale. C'est donc un dispositif qui permet à la communauté internationale d'adopter des sanctions et, en dernière analyse, d'entreprendre des interventions militaires pour repousser l'agresseur.

Il est absolument clair, j'espère, dans l'esprit de tout le monde (et c'est absolument très clair dans l'esprit du Conseil de Sécurité) que nous ne sommes pas ici pour faire de l'imposition de la paix. Nous sommes ici pour accompagner, pour appuyer les efforts du gouvernement haïtien dans ses efforts de stabilisation. Nous le faisons, non pas en nous imposant, nous le faisons à leur demande, en appuyant leurs efforts et en coopération avec eux. Voilà exactement le sens de notre présence et les limites de nos prérogatives et du mandat qui nous est conféré. C'est très clair. S'il y a un doute là-dessus, je suis prêt à en discuter avec vous. Mais dans notre esprit c'est clair et j'espère que c'est très clair pour vous.

3-Pour être clair, M. Annabi, est-ce qu'Haïti ne représente plus une menace pour la sécurité internationale ?

M. Annabi : C'est vrai qu'il y a cette phrase dans la résolution qui est une phrase qui a été répétée, d'une manière un peu mécanique, dans chacune des résolutions depuis la 1542. Si vous regardez la résolution 1542, adoptée le 30 avril 2004, vous verrez qu'il y avait cette phrase que vous retrouvez dans la résolution d'aujourd'hui. Il faut bien comprendre la mécanique du Conseil de Sécurité et je crois qu'il ne faut pas prendre cette phrase littéralement. C'est vrai qu'en 2004, nous étions dans une situation différente, très différente, dans une situation d'instabilité très sérieuse, au moment où nous avons reçu le mandat de prendre la relève de la force multinationale, qui avait été déployée ici à la fin du mois de février et au début du mois de mars 2004. Nous avions donc une situation d'instabilité et comme le Conseil de Sécurité est l'organe dans la Charte des Nations Unies, qui est responsable du maintien de la paix et de la sécurité internationale, quand il adopte une résolution pour déployer une présence, il doit constater qu'il y a quelque part une menace à la paix et à la sécurité internationale. C'est ce qui justifie la décision qu'il prend. Alors, c'est vrai qu'en 2004 on était dans une situation très instable, d'où la référence à la menace pour la paix et la sécurité internationale dans la région, qui est le langage de la Charte et qui permet au Conseil de Sécurité d'agir. C'est vrai aussi, qu'aujourd'hui, nous avons fait des progrès et que la situation de sécurité s'est considérablement améliorée (même si elle n'est pas parfaite) et que les efforts de stabilisation, malgré les revers subis au cours de cette année, font des progrès. Il est évident qu'il ne faut pas prendre cela littéralement ; je ne pense pas qu'Haïti soit en mesure de menacer militairement ses voisins, ni les Etats de la région. Je crois que, là aussi, il faut comprendre que cela fait partie du mécanisme de décision du Conseil de Sécurité. C'est vrai que le raisonnement de base part du principe que là où il y a instabilité, là où il y a le chaos, il y a risque potentiel pour la paix et la sécurité internationale. C'est cela la logique de raisonnement. Je crois qu'il ne faut pas lire dans cette phrase plus que cela ; sinon cela pourrait nous amener à tirer les mauvaises conclusions. Je pense qu'il faut prendre cette phrase dans son contexte et dans le contexte du langage de la Charte.

La deuxième question portait sur la réconciliation nationale et le dialogue. Toutes les résolutions du Conseil de Sécurité sur la MINUSTAH, depuis la 1542 jusqu'à la 1780 l'année dernière, et la 1840 cette année, donnent à la MINUSTAH et au Représentant du Secrétaire général, un mandat de bons offices, - ce sont les termes utilisés dans la résolution - pour favoriser le dialogue, la réconciliation nationale, entre les divers courants de la vie politique, entre les diverses institutions du pays. Vous savez comme moi que dans ce domaine, il y a encore des progrès à faire. Je suis personnellement encouragé de voir l'élan de solidarité qui s'est produit dans le pays après les ouragans et de voir que, depuis début septembre (après la formation du gouvernement), à la suite de ces ouragans qui ont malheureusement ravagés le pays, on a vu un élan de solidarité se dessiner au sein des différents courants de la société haïtienne, de la société civile et on a vu un élan de solidarité au niveau des institutions. On les a vu également dialoguer, collaborer, prendre des décisions d'une manière beaucoup plus consensuelle, beaucoup plus rapide. La législation sur l'Etat d'urgence a été adoptée très rapidement, de même que le budget rectificatif. Je crois qu'il y a là un effort de solidarité qu'il faut appuyer et encourager. C'est le rôle que nous donne le Conseil de Sécurité parce que, comme je l'ai dit dans mon introduction, si les Haïtiens ne travaillent pas ensemble, s'ils ne coopèrent pas, s'ils ont du mal à se parler, cela rend notre travail plus difficile. On donne à la MINUSTAH ce travail de promotion du dialogue, de la coopération entre les différents secteurs de la vie nationale, entre les différentes institutions. Voilà le sens du mandat qui nous est donné dans ce domaine. Bien entendu, nous donnons des avis, nous donnons des conseils, mais les décisions appartiennent toutes, toujours, en dernier ressort, à nos amis haïtiens. Ce sont eux qui prennent les décisions. Si c'était nous qui prenions les décisions, nous n'aurions pas attendu cinq mois pour former un gouvernement.

4-Comment percevez-vous ce ressentiment de la population haïtienne vis-à-vis de la MINUSTAH et n'y a-t-il pas un moyen de normaliser la situation ? (Traduit à partir de l'Espagnol)

M. Annabi : Je vous laisse la responsabilité de vos conclusions. Un de vos collègues disait tout à l'heure qu'il y a eu des critiques vis-à-vis du renouvellement du mandat de la MINUSTAH. C'est vrai, les avis sont partagés. Certains disent qu'ils regrettent le renouvellement du mandat ; d'autres disent qu'ils sont plutôt satisfaits, très satisfaits ; d'autres disent que la MINUSTAH a encore besoin d'être là mais qu'il faudrait peut-être un calendrier définissant l'horizon au-delà duquel on pourra continuer sans sa présence. Encore une fois, c'est le travail que nous avons essayé de faire dans le plan de consolidation qui est présenté dans le rapport du Secrétaire général. Il est important d'atteindre les objectifs de consolidation de la situation dans le pays de façon à ce qu'après notre départ nous n'ayons plus à revenir. Notre souhait c'est de partir et de ne pas avoir à revenir. Nous étions là dans les années 90 et nous avons eu à revenir, à la demande des autorités haïtiennes, pour les aider à faire face à une situation difficile. Après les événements d'avril nous avons fait un sondage d'opinion, il y avait là aussi des opinions diverses, mais tout de même, 58% des gens interrogés avaient une opinion favorable de la MINUSTAH.

5- Me référant au rapport du Secrétaire général au Conseil de Sécurité concernant Haïti, paragraphe 60, 61, 62, [...] est-ce que les Haïtiens sont en droit aujourd'hui d'espérer qu'il y aura, à l'avenir, une meilleure coordination des différentes agences multilatérales et bilatérales intervenant dans des programmes de développement à l'échelle nationale. Quel serait votre apport, M. Annabi, pour mieux assurer l'atterrissage de l'aide, c'est-à-dire que l'aide puisse bénéficier à ceux qui en ont le plus besoin ?

M. Annabi : Il y a plusieurs instances de coordination de l'aide. Il y a d'abord ce qu'on appelle ici le Core Group, c'est-à-dire le groupe restreint que je réunis toutes les trois ou quatre semaines et qui comprend les principaux partenaires d'Haïti mais également, les chefs des différentes agences multilatérales, des institutions financières internationales et des différentes agences d'aide au développement. C'est une coordination au niveau politique. Nous avons une coordination plus pratique, si vous voulez, qui est le G10 (les dix principaux bailleurs de fonds) qui se réunit autour de M. Joël Boutroue, Représentant spécial adjoint chargé de la coordination de l'aide humanitaire, qui est en même temps le Représentant résident du Système des Nations Unies. Ce groupe se réunit plus fréquemment pour échanger les informations dont disposent les uns et les autres pour éviter le double emploi et faire en sorte que l'aide disponible soit déboursée de la manière la plus efficace. Le troisième angle de coordination important, c'est la coordination autour des autorités haïtiennes. Et je crois que là, tout le monde souhaiterait qu'il y ait un effort supplémentaire qui soit fait dans le cadre de cette coordination autour des autorités haïtiennes, c'est-à-dire conduite et gérée par les autorités haïtiennes. C'est vrai que les capacités sont limitées, c'est vrai qu'une partie de l'aide passe par les ONG et que le gouvernement n'a pas toujours la visibilité qu'il souhaiterait avoir sur le déboursement des fonds qui passent par ce canal. Mais je crois que tout le monde est disposé à travailler avec le gouvernement pour lui donner le leadership de la coordination de l'aide internationale apportée à Haïti. En ce qui me concerne, j'en serais très heureux. Il faut qu'on travaille tous pour renforcer les capacités du gouvernement de façon à ce qu'il puisse avoir un meilleur contrôle et une meilleure visibilité de l'ensemble de l'aide qui est apportée en Haïti. Alors cette aide, bien sûr, reste insuffisante pour faire face aux défis majeurs que rencontre le pays mais je continuerai, et nous allons tous continuer à militer, pour sensibiliser la communauté internationale et l'encourager à faire un effort supplémentaire, un effort exceptionnel, pour permettre à Haïti de régler les problèmes posés, non seulement par le développement socioéconomique en général, mais en particulier pour répondre aux dégâts causés par les quatre ouragans qui ont visité le pays. Il faut travailler sur trois fronts :

- Il faut que le flash Appeal c'est-à-dire l'appel d'urgence lancé par le système des Nations Unies (à hauteur de 108 millions de dollars pour 6 mois) soit financé entièrement. Malheureusement jusqu'à présent il n'est financé qu'à concurrence du tiers.

- Il faut deuxièmement lancer un effort de relèvement rapide (« early recovery » en anglais) pour injecter des liquidités dans l'économie, lancer des programmes générateurs d'emploi (des programmes à haute intensité de main d'œuvre), pour permettre d'améliorer le pouvoir d'achat des populations dans les régions.

- Troisièmement, c'est un aspect très important, il faut en réponse aux dégâts considérables causés par ces ouragans, un effort de reconstruction majeure sur une autre échelle. Parce qu'il ne s'agit plus, à mon avis, de reconstruire, de réparer d'une manière provisoire les ponts et les routes et de prendre le risque qu'ils soient de nouveaux détruits au cours de la prochaine saison cyclonique. Il faut maintenant un effort de reconstruction majeur qui permette de reconstruire en mieux, en plus solide et en plus durable. Il faut reconstruire l'infrastructure de base dans des conditions qui permettront au pays de mieux résister aux ouragans et d'éviter que les voies de communication ne soient totalement interrompues à la faveur de chaque saison cyclonique. Il faut donc une infrastructure de base, des ponts, des routes (en particulier sur les grands axes), qui soient reconstruits d'une manière durable et solide, de façon à ne pas être à la merci des intempéries. Je crois qu'il y a là, un effort absolument essentiel à faire. On est dans une situation exceptionnelle. Le pays aujourd'hui n'est pas ce qu'il était avant les ouragans. C'est un pays différent considérablement détruit. Il faut donc faire un effort exceptionnel pour commencer la reconstruction de l'infrastructure de base, sans laquelle la relance de l'économie sera beaucoup plus difficile. Si les gens ne peuvent circuler, aller vendre leurs produits au marché...Il y a là un effort essentiel à faire. Et parallèlement à cet effort de reconstruction des infrastructures de base, il faut prendre des mesures importantes pour relancer l'agriculture, pour relancer la production agricole, la productivité du secteur de l'agriculture.

6- Mr Annabi, vous dites avoir constaté une nette amélioration de la situation sécuritaire en Haïti mais qu'est ce qui explique que en dépit de cela, dans la résolution 1840, les effectifs des militaires et des policiers n'ont pas changé ?

Vous dites également avoir agi à la demande du gouvernement haïtien mais le président René Préval lors de la dernière visite du président Brésilien en Haïti, n'avait il pas suggéré qu'il y ait moins de militaires et plus de techniciens ?

Nous avons entrepris depuis deux ans un effort de reconfiguration de la force. A l'heure où je vous parle, il y a un millier de troupes qui sont, soit partis, soit affectés à d'autres tâches. Donc, ces troupes ne sont plus disponibles pour des fonctions de sécurité en zone urbaine. Environ la moitié de ces troupes a été rapatriée parce que les effectifs ont été réduits et l'autre moitié a été réaffectée à de nouvelles tâches de surveillance des frontières terrestres et maritimes. Certaines troupes ont par ailleurs été remplacées par une compagnie de génie qui doit être fournie par le Brésil. C'est une reconfiguration importante et nous espérons continuer ce processus mais, malheureusement, la reconfiguration autorisée l'année dernière, au mois d'octobre prévoyant le déploiement de 3 unités (c'est-à-dire le déploiement d'une compagnie de génie supplémentaire, le déploiement de la composante maritime et le déploiement d'une unité de police constituée supplémentaire) ne s'est pas produite jusqu'à ce jour. Malheureusement, les Etats contributeurs de troupes et de policiers ont tardé à mobiliser ces moyens.

J'ai quand même une bonne nouvelle à vous donner. Les premiers bateaux sont arrivés le 13 octobre, il y a 3 jours : 8 des 16 bateaux que nous devons déployer dans le cadre de la composante maritime sont arrivés à Port-au-Prince et nous préparons leur déploiement. Avec le déploiement de ces bateaux, nous allons augmenter la capacité de la Police nationale haïtienne à s'acquitter de ses fonctions de