Haïti : La Gonâve, l'île de tous les défis

Report
from UN Stabilization Mission in Haiti
Published on 26 Feb 2008
Située à 12 minutes de vol de Port-au-Prince, la plus grande des îles haïtiennes recèle d'importants atouts touristiques. Toutefois, elle face à de nombreux défis. En effet, outre la faiblesse de la présence de l'Etat, l'île souffre du manque d'énergie et d'eau potable. De plus, les infrastructures sanitaires et routières sont déficientes, rendant pénible la vie des habitants...

De par sa superficie, 743 km2, l'île de la Gonâve est presqu'aussi grande que la Martinique. Elle s'étend en effet sur 60km de long et 15km de large. C'est une île montagneuse dont le point culminant se situe à 300 m d'altitude.

«L'île de la Gonâve possède des baies et des plages naturelles aux sables blanc magnifiques dont certains sont recouverts de flamants roses. L'île abrite également des lagons, des grottes impressionnants et des récifs coralliens qui ne demandent qu'à être mis en valeur », comme le souligne le Maire de la principale ville de la Gonâve, Joseph Constant. Toutefois, ces atouts sont vite étouffés par les nombreuses difficultés quotidiennes des habitants de l'ile.

Des conditions de vie difficiles

Après 12 ans d'absence, l'Electricité d'Haïti (la compagnie publique d'énergie) revient enfin sur l'île de la Gonâve, ce grâce à l'actuel chef du gouvernement. Cependant, seule une partie de la population de la principale ville, Anse-à-Galets, peut en bénéficier. D'ailleurs, «l'énergie n'est pas encore accessible à tous les habitants d'Anse-à- Galets », comme le précise le Maire de la ville, Joseph Constant. La majorité étant très pauvre, elle ne peut pas s'en procurer.

La pauvreté est ici patente et la misère pousse les habitants de l'île à abattre les arbres pour les transformer en charbon. « Cette activité est en passe de reléguer la pêche en second plan », se lamente Joseph Constant.

En effet, la lutte pour la survie n'épargne même pas les mangroves qui servent de nids aux poissons. « Les pêcheurs dépourvus de moyens pour s'aventurer en haute mer ont tôt fini de capturer les petits poissons proche du littoral, entravant ainsi le cycle de reproduction », constate encore le Maire. Faute de poissons, beaucoup de pêcheurs sont allés grossir le rang des coupeurs de bois, ajoute-t-il.

Par ailleurs, l'île de la Gonâve fait face à une importante pénurie d'eau. Le service public d'eau potable (SNEP) est absent depuis plus de 10 ans. Les habitants des communes d'Anse-à-Galets et de Pointe-à-Raquettes ont le privilège de s'approvisionner dans les fontaines publiques, initiatives d'ONG sur place telles Wish, Concern, Service Chrétien ou la World Vision.

Cependant, dans les régions reculées, ils n'existent que les sources. Et en saison sèche (de décembre à mai), elles viennent parfois à tarir. En 2004, par exemple « des animaux commençaient à mourir de soif dans la région de bas la Gonâve », témoigne l'administrateur régional de la Word Vision, Jean Samuel Ménager. Cette ONG qui s'intéresse principalement à l'éducation et à la récupération nutritionnelle des enfants en bas âge et des femmes enceintes, a dû conjuguer ses efforts avec des organisations sœurs sur place « pour acheminer de l'eau d'Anse-à-Galets vers les régions affectées », explique M. Ménager.

Cherté de la vie

Autre défis importants pour les autorités locales est la vie chère. « La plupart des jeunes sont au chômage et c'est la diaspora qui fait vivre de nombreuses familles. Presque chaque famille ici a un membre ou deux qui la supporte à distance », explique le Maire Joseph Constant.

Les prix des produits primaires accusent une différence significative par rapport à ceux en cours à Port-au-Prince. « Par exemple pour un sac de riz en provenance de Port-au-Prince », comme le souligne Constant Joseph, selon qui «le prix d'achat ici par rapport à la capitale est supérieur de 100 gourdes, au moins ».

Cette situation est à mettre au compte, entre autres, de la faible production agricole de la localité. « La Gonâve pourrait se suffire à elle-même si elle pouvait produire deux fois l'an au lieu d'une ». Faute d'eau pour l'irrigation, en effet, les cultivateurs n'ont qu'une saison cultivable : la saison pluvieuse, qui s'étend de mai à novembre. On cultive entre autres le manioc, l'igname, le petit mil, le haricot, l'arachide, le melon et la mangue.

Autre cause de la cherté de la vie : l'état de délabrement des routes. A travers toute l'île, les routes sont en terre battue et le plus souvent en mauvais état. Cet état de fait se répercute sur le coût du transport. Celui-ci se traduit finalement par des prix relativement élevés, même pour les produits locaux.

Pour l'administrateur régional de la Word Vision : « la priorité sur l'île ce sont les routes ». Les voies de communication auront une incidence sur les conditions de vie de la population pari-t-il, voire sur sa santé car « à cause de l'état des routes des patients meurent parfois en cours de route », témoigne Roger, un habitant de Picmy, une région reculée de la Gonâve difficilement accessible.

Il n'existe pas d'hôpital sur l'île. On ne trouve qu'un centre de santé (à vocation hospitalière) avec lits à Anse-à-Galets et un dispensaire à Pointe-à-Raquettes. Le Père Roosevelt, curé de la Paroisse Saint-Louis Roi de France tient le dispensaire de Pointe-à-Raquette. Il parle de « calvaire » pour décrire la situation sanitaire dans sa zone. Pour les urgences son véhicule ou sa chaloupe sert d'ambulance pour transporter les malades au centre de santé d'Anse-à-Galets ou à l'hôpital de Miragoâne (le plus proche) sur la grande terre.

La Justice et la sécurité bientôt renforcées ?

Les besoins en matière de justice et sécurité sont également criants. Pour illustrer : l'île de la Gonâve compte seulement 15 policiers pour environ 100.000 habitants. La commune de Pointe-à-Raquette par exemple dispose d'un seul policier pour ses 45.000 habitants. De plus, il n'existe que quatre juges pour toute l'île. Des juges qui travaillent dans des conditions difficiles, sans véhicules ni radio de communication.

L'état défectueux des routes décourage les habitants des régions reculées à emprunter les voies légales pour résoudre les conflits. Dans ces régions, « la justice expéditive est couramment pratiquée », se plaint également le maire d'Anse-à-Galets, Joseph Constant. Juridiquement, la Gonâve dépend du département de l'Ouest dont la ville la plus importante est Port-au-Prince

Afin de s'enquérir de ces besoins, le commissaire du gouvernement Claudy Gassant et la Section de Justice de la MINUSTAH y ont récemment effectué une visite exploratoire. A l'issue de la visite, le commissaire du gouvernement, conscient des problèmes en matière de justice, a annoncé la nomination au prochain mois de quatre juges supplémentaires en vue de faciliter l'accès à la justice à la population de cette zone.

M. Gassant a en outre promis de plaider auprès du Ministère de la justice pour obtenir les moyens pouvant faciliter le travail des juges ainsi que l'augmentation de l'effectif policier de l'île. La MINUSTAH, de son côté, à travers sa section des Affaires civiles finance la réhabilitation du commissariat de Pointe-à-Raquette, actuellement délabré.

Tout porte à croire que les habitants de l'ile jouiront bientôt du fruit de ces nouvelles mesures en leur faveur.