Exploitation et abus sexuels : « Notre objectif ? Le risque zéro » (Terre des Hommes-Lausanne)

Report
from UN Mission for Justice Support in Haiti
Published on 30 May 2018 View Original

DAVID NIETO

L’assistance aux victimes d’actes d’exploitation et d’abus sexuels est une priorité pour la Mission des Nations unies pour l’appui à la Justice en Haïti (MINUJUSTH). Dans ce cadre, l'Équipe Déontologie et Discipline (CDT) et le Défenseur du Droit des victimes en Haïti, ont établi une solide relation de travail avec le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) et ses partenaires de mise en œuvre. Ainsi, des victimes d’exploitation et d’abus sexuels et leurs enfants ont été récemment référés à l’organisation Terre des Hommes-Lausanne, basée à Port-au-Prince. Présente dans le pays depuis 1989, l’ONG travaille pour la protection des enfants maltraités, exploités et abusés. Une coordination fondamentale pour la Famille des Nations unies en Haïti qui place le droit des victimes au cœur de sa politique Tolérance Zéro.

Chargée de faire entendre les voix des victimes et de placer leurs droits et leur dignité au premier plan pour prévenir et lutter contre l’exploitation et abus sexuels, Jane Connors, toute première Défenseure des droits de victimes, se rendait en Haïti il y a un mois afin de coordonner l’action des Nations unies dans le pays. Fonds de l’ONU dédié à la protection de l’enfance, l’UNICEF travaille depuis longtemps avec l’organisme Terre des Hommes-Lausanne pour la défense des droits des enfants en Haïti : droits de pouvoir aller à l’école, d’être nourris, de participer à des activités psychosociales.

À court terme comme à plus long terme, ses équipes travaillent à mettre en place les conditions pour que l’enfant puisse se sentir protégé. Rencontre avec la Chef de mission Islande Georges Cadet et le Coordinateur de protection Joanito Jethro Thomas Dubois.

Dans le cas d’exploitation et abus sexuels, quelle assistance aux victimes mettez-vous en œuvre ?

Islande Georges Cadet : Notre association travaille pour la promotion et le respect des droits des enfants, comme le recommande la Convention Internationale des Droits de l’Enfant qui lutte pour la prévention de la séparation des enfants avec leur famille. Quand les parents ont des difficultés, l’association fait en sorte que les droits de l’enfant soient respectés : cela passe par la satisfaction des besoins physiologiques, psychologiques ou émotionnels pour le développement adéquat de l’enfant.

Quand les parents et/ou les enfants sont victimes d’exploitation ou d’abus sexuels, les enfants sont référés par des autorités locales, des acteurs de protection ou des partenaires comme l'UNICEF pour un accompagnement qui répond à leurs besoins. Un travailleur social rend visite à la famille afin d’évaluer la situation économique, sociale ou médicale de l’enfant et de ses parents. Des psychologues peuvent aussi s’entretenir avec les parent pour discuter des problèmes psychologiques qui peuvent découler de cette situation et entraver ainsi le développement adéquat de l’enfant.

Quels sont les besoins les plus urgents que peuvent connaître ces enfants ?

Joanito Jethro Thomas Dubois : Une fois la situation évaluée, nous mettons alors en œuvre un plan d’intervention en fonction des besoins identifiés chez l’enfant. A Miragoane, des enfants victimes de violences sexuelles avaient par exemple été référés par des partenaires. Nous avons d’abord procédé à des références médicales surtout pour les cas récents, ne dépassant pas les 72 heures. Un accompagnement psychosocial est fait par les agents de Terre des Hommes. Ensuite, nous nous chargeons de les référencer auprès d’autres partenaires pour les informer et les accompagner dans la prise en charge légale.

À plus long terme, nous essayons d’analyser quelles sont les capacités des parents à trouver une activité génératrice de revenus pour assurer les besoins physiologiques de base de l’enfant, comme l’accès à la scolarité des enfants. Un agent socio-économique se charge de les suivre dans le temps.

Pourquoi la politique de tolérance zéro est-elle une priorité dans le secteur des ONG ?

J.J.T.D. : En tant qu’institution qui travaille dans la protection de l’enfance, je pense qu’il est indispensable d’être à l’avant-garde sur cette question. Nos activités ne doivent en aucun cas mettre en danger un enfant. La tolérance zéro permet de garantir la confiance qui est nécessaire aux ONG pour travailler avec les bénéficiaires et toute la communauté.

I.G.C. : Notre objectif est d’atteindre le risque zéro. Quand il y a des populations qui sont vraiment vulnérables, le risque existe. C’est pourquoi il est capital de placer des balises partout où nous le pouvons – et nous encourageons toutes les ONG à le faire. Cela peut passer par la signature de codes de conduite mais aussi par la nomination d’un point focal chargé de faire des rappels réguliers de ce qui n’est en aucune façon toléré.

Il faut aussi faire de la sensibilisation auprès de la population. Les bénéficiaires doivent toujours avoir la possibilité de faire remonter les plaintes, même de façon anonyme. Il faut à tout prix éviter que ces situations d’exploitation et abus sexuels ne se renouvellent au niveau des organisations.