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Haiti

Conseil de sécurité: multiplication d’appels à la création d’un bureau d’appui à la Mission multinationale d’appui à la sécurité pour éviter qu’Haïti ne sombre dans « l’abîme »

9953e séance – matin

CS/16111

« La situation sécuritaire en Haïti continue de placer le pays et ses habitants au bord de l’abîme », a déclaré, ce matin au Conseil de sécurité, le Sous-Secrétaire général pour l’Europe, l’Asie centrale et les Amériques, M. Miroslav Jenča dans une intervention qui s’est révélée aussi alarmiste que celle faite en avril dernier par Mme María Isabel Salvador, qui a achevé cette semaine son mandat à la tête du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) mis en place en 2019.

M. Miroslav Jenča, Mme Ghada Fathy Wali -la Directrice exécutive de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC)-, les membres du Conseil de sécurité et les pays de la région ont souligné d’une même voix inquiète l’urgence de renforcer tant le mandat du BINUH que les leviers d’opérationnalisation de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS), soutenue au premier chef par le contingent du Kenya. Le représentant kényan a d’ailleurs insisté sur la nécessité que le Conseil agisse pour sortir la Mission de son sous-financement, le fonds spécial mis en place pour la doter en ressources financières, matériels et humaines accusant un déficit de 52 millions de dollars. Après avoir signalé que la Mission, qui en fonctionnant à moins de 30% de ses capacités a enregistré ces derniers moins de réels succès en matière de sécurisation d’établissements publics, il a salué, à l’instar des autres intervenants, la suggestion du Secrétaire général de l’ONU que soit créé un bureau d’appui des Nations Unies à la MMAS. L’objectif affiché par António Guterres est d’hybrider, pour plus d’efficacité, l’action politique du BINUH et celle, sécuritaire, de la Mission.

« Haïti est le principal protagoniste de la gestion de cette crise », a déclaré de son côté le délégué haïtien, qui a ainsi reconnu qu’il appartient aux dirigeants de son pays de trouver les voies et moyens « pour sortir de ce bourbier, avec l’assistance de la communauté internationale ». Sur ce dernier point, le représentant a souhaité que la composante DDR (désarmement, démobilisation et réintégration) du BINUH soit tout particulièrement renforcée. S’agissant du régime de sanctions du Conseil, nous attendons le soutien ferme d’un BINUH plus fort, permettant une meilleure appropriation de ce régime par la justice haïtienne, notamment à travers le contrôle des frontières pour y limiter l’arrivée des armes et des munitions qui alimentent les gangs, a-t-il aussi dit.

M. Jenča et Mme Wali n’ont pu que constater qu’entre mars et juin, l’emprise criminelle des gangs haïtiens avait continué de s’étendre non seulement aux localités environnant la capitale Port-au-Prince mais aussi aux régions du nord et du centre. Rappelant à cet égard que, depuis le début de l’année, plus de 4 000 homicides, frappant femmes et enfants, ont été enregistrés par leurs services, les deux hauts responsables onusiens ont attiré l’attention sur le fait que la violence diffusée depuis cet « épicentre sans foi ni loi » qu’est devenue la capitale provoquait toujours plus de déplacements massifs de population. « La commune de La Chapelle, dans le département du bas-Artibonite, est la dernière en date à tomber sous le contrôle des gangs suite à une attaque perpétrée le 22 juin, agression qui a entraîné la fuite de près de 9 000 habitants », a notamment indiqué M. Jenča. Le représentant du Panama a pointé les lynchages, exécutions extrajudiciaires et attaques des groupes d’autodéfense, de même que les agissements sans réglementations claires des entreprises militaires privées.

Mme Wali et le Ministre des affaires étrangères de la République dominicaine ont mis l’accent sur les répercussions régionales de la violence qui se déchaîne en Haïti depuis des mois. L’utilisation de drones par les gangs, leur mainmise sur les ports et la pression migratoire qu’exerce sur le voisin dominicain la fuite des Haïtiens hors de leurs frontières nécessitent, ont-ils dit, que la communauté internationale, guidée par le Conseil de sécurité, agisse pour que ses résolutions soient pleinement mises en œuvre.

La France, le Royaume-Uni et les A3+ (Algérie, Sierra Leone, Somalie et Guyana) par la voix du Guyana n’ont pas dit autre chose, souhaitant une implication plus importante et mieux coordonnée des Nations Unies pour aider à rétablir la sécurité en Haïti. Ces pays ont plaidé à cette fin pour un élargissement de la liste des sanctions à des gangs que les États-Unis considèrent déjà comme des groupes terroristes, pour une application stricte de l’embargo sur les armes et pour un soutien accru aux autorités et forces de sécurité haïtiennes. Ce soutien, a dit la France, est nécessaire pour précisément assurer la pleine application du régime de sanctions, pour accompagner la montée en capacités des forces de sécurité, pour mettre en place des mécanismes de démobilisation des gangs et soutenir le renforcement des systèmes judiciaire et pénitentiaire haïtiens. La Chine et la Fédération de Russie ont estimé elles-aussi que, dans tous ces domaines, le BINUH a et aura un rôle à jouer.

« L’avenir d’Haïti est inextricablement lié à celui de notre région », a affirmé la Barbade, au nom des 14 pays membres de la Communauté des Caraïbes (CARICOM). Soulignant les efforts continus du Groupe de personnalités éminentes (GPE) de la Communauté pour accompagner le peuple haïtien dans sa quête de paix, de stabilité et de prospérité, le représentant a noté que la résolution récemment adoptée par l’Assemblée générale de l’Organisation des États américains soulignait à juste titre le caractère multiforme des défis sécuritaires et politiques à relever en Haïti.

Enfin, il a été souligné à plusieurs reprises que sans rétablissement de la sécurité, il ne pourrait y avoir de progrès dans le processus de transition politique. Les élections de 2026 paraissent de plus en plus irréalistes face à la prise d’un pouvoir parallèle des gangs en Haïti et la dégradation progressive de la situation humanitaire, s’est notamment inquiétée la délégation russe. De son côté, M. Jenča a tenu à saluer les efforts déployés dans ce contexte brûlant par le Conseil électoral provisoire. Avec le soutien du BINUH et d’autres partenaires des Nations Unies, ce Conseil a pu poursuivre les préparatifs pour achever la révision constitutionnelle et organiser des élections en février 2026, conformément aux délais fixés par l’accord d’avril 2024, a-t-il noté avec satisfaction.

Pour le Sous-secrétaire général, il faut agir maintenant, « en ce moment critique », pour maximiser les options qui s’offrent à la communauté internationale afin d’empêcher un effondrement total de la présence de l’État en Haïti. Il n’y a pas une minute à perdre, a-t-il insisté, ajoutant que les Nations Unies se doivent d’être plus solidaires que jamais du peuple haïtien, « qui mérite de vivre dans la dignité et à l’abri de la violence ».

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