Haiti

3 500 habitants de Cité Soleil ont accès à l’eau traitée

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© Logan Abassi UN/MINUSTAH

Grâce aux 84 filtres à eau installés au cours de ce mois d’avril dans dix établissements de Cité Soleil, une commune où l’accès à l’eau potable est très difficile, ce sont maintenant 3 500 personnes qui bénéficient gratuitement de l’eau traitée. L’installation de ces systèmes de filtrage, non seulement multiplie les points d’accès au réseau de distribution mais surtout améliore la qualité de l’eau. Ce projet mené par la Direction Nationale de l’Eau potable et de l’Assainissement (Dinepa) a reçu le soutien financier de la Section Réduction de la violence communautaire (RVC) de la MINUSTAH.

Depuis le mois d’avril, Israël Martine, la trentaine sait où trouver de l’eau potable pour sa famille. Cette mère de deux enfants peut désormais recueillir gratuitement 20 litres d’eau traitée dans un kiosque de la Ranch Mission, une église située à une dizaine de minutes de marche de sa maison.

Cette église fait partie des 10 établissements bénéficiaires des systèmes de filtration pour la production d’eau traitée. Pour cette communauté religieuse, cinq filtres ont été installés dans une salle, desservant 300 à 600 personnes, y compris les fidèles de l’église.

Pour rationner la distribution, le comité de gestion a décidé de ne fournir que 20 litres d’eau traitée par demandeur. Aussi, un récipient de cette capacité est disposé sous le robinet pour recueillir la quantité autorisée.

« Nous avons l’avantage d’avoir gratuitement 20 litres d’eau traitée ! Dieu merci puisqu’avant il fallait l’acheter ou consommer de l’eau non traitée », se souvient Israël.

L’installation de ces équipements est l’occasion de sensibiliser la population sur l’importance de l’eau potable. « Dlo klé pas dlo Pwop. Santé nou sé dlo ki trété » (toute eau claire n’est pas potable. Pour notre santé, consommons de l’eau traitée), affiche-t-on dans la salle de distribution d’eau.

Avant l’arrivée des filtres offerts par le projet, Israël, à l’instar de femmes du quartier Boston se ravitaillait en eau à partir de toute source accessible.

Dans cette commune où le réseau de la Dinepa n’a pas une grande pénétration, beaucoup de familles pauvres n’ont d’autre choix que de recourir à des points d’eau de fortune présentant un haut degré d’insalubrité, vue la pollution ambiante et la forte teneur en sédiments nocifs comme le calcaire, et la contamination des sources par des germes pathologiques.

Une fréquentation régulière grâce à la fourniture d’eau saine

A l’école communautaire Cité Gérard, à Route neuve, élèves, enseignants et parents d’élèves, soit 600 personnes ont accès à l’eau potable grâce aux 11 filtres installés au sein même des salles de classes. Les écoliers ont leur propre manière de saluer cet investissement.

Pendant cette période de recréation, les tout petits se disputent les gobelets pour recueillir de cette eau claire débarrassée de toute substance dangereuse comme s’ils n’en avaient jamais bue.

Jocelaine Rose, de la sixième année fondamentale attend sagement son tour. « Je n’ai plus besoin de dépenser gourde après gourde pour acheter de l’eau traitée en sachet » déclare-telle après s’être désaltérée.

Même satisfaction exprimée par Honnora Nancy, enseignante titulaire d’une classe de 1ere année fondamentale. « Je suis ravie de voir mes élèves trouver de l’eau traitée dans leur classe même. Pendant la recréation tout le monde reste ici », dit-elle avec gratitude.

Le Directeur de l’école ne cache pas la joie de la communauté au sein de laquelle l’école est née. « Quand les enfants sont en bonne santé parce qu’alimentés à l’eau traitée et fréquentent régulièrement l’école, c’est la satisfaction la plus totale chez nous les parents et les professeurs » dit le Directeur.

Une participation active des bénéficiaires

C’est à l’établissement Planète des Enfants à Boston que l’implication des bénéficiaires du projet a été démontrée. Toute la communauté a pris rendez-vous dans les locaux de l’association pour assister à la livraison des équipements, précédée d’une démonstration de l’installation et de l’entretien du filtre. Le passage de l’eau non traitée à l’eau potable a été expliqué avec force manipulations suscitant l’émerveillement de l’assistance.

Cet établissement qui accueille 9 000 jeunes de moins de 19 ans, propose des formations sportives telles que le Karaté, le Volley-ball, le Football et le Tennis.

Pour Beni-soit Roseny, responsable de Planète des Enfants, l’accès à l’eau de qualité contribue à la vision de l’association, celle de réussir l’insertion sociale des jeunes en proie à l’oisiveté qui fait le lit du banditisme.

Selon Fritz Pierre-Louis, technicien vulgarisateur chez Waves for Water, l’ONG qui a commandé les filtres des Etats Unis, ce système de traitement d’eau présente plusieurs avantages.

Le filtre est facile à assembler, de par le nombre limité des pièces, et facile à nettoyer. Il a une capacité de production de 1 000 litres pour une durée de vie de cinq ans.

Relié à deux récipients par de petits tuyaux, cet appareil purificateur de l’eau a la forme d’un cylindre de cinq centimètres de diamètre pourvu d’une membrane d’une extrême finesse, capable de débarrasser l’eau de toute impureté et microbe. Bien entretenu, le filtre peut produire 20 litres d’eau par heure.

Etendre l’initiative à d’autres communautés

Le ciblage des dix établissements constitue la phase pilote du projet. Une évaluation d’impact assurée par la Dinepa permettra aux promoteurs du projet de décider de la suite à donner, notamment le ciblage d’établissements dans d’autres zones sensibles devant bénéficier des 916 filtres restants.

Pour les partenaires impliqués dans cette initiative, ce projet pilote vise à faciliter l’accès à l’eau potable aux communautés les plus défavorisées de Port-au-Prince dans l’intention de faire reculer la prévalence des maladies hydriques.

Selon Paul Christian Namphy de la Dinepa, « l’installation des filtrages n’est pas superflue. Car cela constitue une protection supplémentaire pour les consommateurs, notamment les enfants ».

Pour Jacques Juvigny de la section Réduction de la violence communautaire, la pertinence de ce projet vient du fait que non seulement il facilite l’accès à l’eau mais anticipe aussi sur les conséquences des inondations en prélude à la saison cyclonique qui pointe à l’horizon.

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Antoine Adoum Goulgué –UN/MINUSTAH