Haiti

Élections : Tension et questionnements maintenus 5 jours après la publication des résultats définitifs des législatives

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P-au-P, 25 avril 2011[AlterPresse] --- La publication des résultats définitifs des élections législatives du 20 mars dernier ont provoqué de violentes réactions en Haiti et des questionnements au niveau de plusieurs organisations haïtiennes et des membres de la communauté internationale. Le département du Centre (Est) parait le plus affecté, avec des manifestations de colère, des incendies et des routes barricadées.

Un tribunal de paix a été incendié par des inconnus dans la commune de Maissade (17 kms de Hinche) dans la nuit du 24 au 25 avril, selon un correspondant d’AlterPresse.

Plusieurs centaines de gens, dont des membres de l’organisation paysanne Mouvement Paysan Papaye (MPP), ont manifesté dans les rues de Hinche le 25 avril pour réclamer la victoire du candidat au sénat, sous la bannière de la plateforme politique Alternative, Francisco De La Cruz, relégué en 4e place après avoir occupé la première place dans les résultats préliminaires.

La route nationale # 3 a été bloquée, isolant de fait la ville de Hinche du reste du pays depuis près d’une semaine.

Jean Baptiste Chavannes du Mouvement Paysan papaye (MPP) souhaite que « le prochain gouvernement change le mode d’organisation des élections dans le pays afin d’en finir avec les cas de fraude ».

Les résultats vont maintenant en faveur du candidat au sénat Bazelet François du parti au pouvoir (INITE).

La Grand’ Anse (Sud-ouest) est aussi affectée. Des personnes non identifiées ont incendié le Bureau électoral Communal de la commune d’Abricot (une trentaine de kilomètres de la ville Jérémie) ainsi que le tribunal de Paix.

La population dénonce la « victoire » du candidat à la députation Rigaud Bélizaire de INITE.

Plusieurs maisons, dont une radio communautaire, ont également été détruites par des flammes à Carice, commune située à 4 kilomètres de la ville de Fort-Liberté (Nord-est).

La route nationale # 2 reliant le département géographique de l’Ouest à celui du Sud a été bloquée au niveau de plusieurs zones.

Des manifestations ont aussi eu lieu un peu partout dans le grand Sud du pays ainsi qu’à Port-au-Prince où plusieurs voitures ont été endommagées par des jets de pierres.

La Mission conjointe OEA-Caricom (MOEC), les États-Unis et les Nations-Unies et certains bailleurs ont lancé un appel à la transparence en ce qui concerne les résultats définitifs contestés dans plusieurs régions du pays.

« La Mission rappelle que la transparence demeure un élément essentiel pour l’intégrité et la légitimité du processus électoral » rapporte un communiqué de la MOEC, qui appelle le CEP « à afficher les décisions du BCEN dans les plus brefs délais afin d’en informer les candidats et partis politiques concernés des faits qui ont motivé leurs décisions ».

18 candidats, dont 17 à la députation et 1 au sénat, arrivés en tête selon les résultats préliminaires du 4 avril sont déclarés perdants par le CEP.

Le gouvernement américain convie le « Gouvernement d’Haïti et le Conseil Electoral Provisoire à fournir des explications approfondies et publiques en ce qui concerne ces 18 cas où ces revirements ont été notés. ».

Ces décisions présentent des irrégularités d’après le document transmis à AlterPresse par le service de communication de l’ambassade des États-Unis en Haiti.

Les États-Unis invitent la MOEC « à vérifier les documents supportant les résultats définitifs publiés par le CEP pour ces 18 cas en vue de faire montre de transparence »

Dans une déclaration conjointe, les Nations Unies et des pays donateurs, tels, le Brésil, le Canada, la France et l’Espagne, qui ont soutenu le processus électoral, lancent « un appel pressant à tous les acteurs politiques et à leurs partisans pour qu’ils demeurent calmes et utilisent des voies pacifiques pour résoudre cette situation. »

Face au climat de violence et de méfiance, les organismes nationaux d’observation électorale, dont le Conseil National d’Observation (CNO), estiment qu’il est encore temps de réparer les injustices commises, rétablir la vérité des urnes ainsi que la paix publique.

« Il est donc impératif que l’Exécutif s’abstienne de publier officiellement ces résultats largement contestés, en attendant qu’ils fassent l’objet d’un examen sérieux, fiable et crédible », déclarent ces organismes dans une note conjointe.

De son coté la Commission Episcopale Nationale Justice et Paix estime qu’ il « est difficile de croire que le CEP a respecté le vote du peuple ».

Elle appelle le conseil à expliqué ses décisions. La commission dit appuyer toute proposition d’une commission indépendante d’observation pour évaluer la base des décisions du CEP.

Une idée émise par le président élu, Michel Martelly, qui remet lui aussi en question les résultats législatifs.

Le CEP a finalement décidé de ne pas publier les résultats pour les 18 cas contestés, une décision qui n’apporte aucun changement dans l’attitude des partisans de ces candidats, qui ne cachent pas leur frustration.

La 49e législature haitienne a tenu sa première séance ce 25 avril avec la participation de 79 députés. [rh gp apr 25 /04/2011 16 :00]