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Les femmes sur le front de l’action climatique : 9 pays qui élaborent des politiques climatiques sensibles au genre

Le changement climatique et les inégalités entre les sexes sont étroitement liés, et ce, de nombreuses manières.

La détérioration de l'environnement engendrée par la crise climatique peut accentuer l'insécurité alimentaire et hydrique et intensifier les problèmes de pauvreté et les inégalités qui y sont associées. En cas de catastrophes naturelles dues au climat, les femmes et les jeunes femmes sont les personnes les plus exposées à l'insécurité alimentaire, à la pauvreté et à la violence. Lors des phases de reconstruction consécutives aux catastrophes naturelles, ces deux catégories de personnes sont amenées à apporter plus encore qu'à l'ordinaire leur contribution sous forme des travaux non rémunérés, ce qui a un impact négatif sur leur capacité à obtenir un emploi générateur de revenus ou à poursuivre leur cursus scolaire.

C'est pourquoi les considérations relatives au genre doivent être placées au cœur des mesures de lutte contre la crise climatique. Alors que les pays soumettent leurs engagements climatiques nationaux qui décrivent comment ils vont réduire de manière significative les émissions de gaz à effet de serre à l'horizon 2030 et renforcer leur résilience climatique, le PNUD veille à ce que les femmes et les jeunes femmes (et notamment leur leadership, le mandat les concernant et leurs besoins spécifiques) ne soient pas laissés de côté.

À l'occasion de la Journée internationale des femmes de cette année, découvrez comment ces pays placent les questions relatives à l'égalité de genre au cœur de leurs actions climatiques.

CAMBODGE

Les moyens de subsistance des femmes des régions rurales du Cambodge reposent essentiellement sur l'agriculture et les ressources naturelles. Elles sont donc extrêmement vulnérables aux conséquences du changement climatique.

Si les pertes de revenus et de moyens de subsistances demeurent des inquiétudes majeures, les femmes sont également préoccupées par l'augmentation des dépenses, l'incapacité à rembourser les prêts et la rareté chronique de l'eau.

Avec le soutien du PNUD, le Cambodge construit des systèmes de prévision météorologique avancée pour la détection des événements climatiques extrêmes et travaille à l'amélioration des connaissances des femmes en matière de climat et de réduction des risques de catastrophe.

Le pays a également développé un Index de Résilience des Femmes, un mécanisme qui permet d'intégrer leurs besoins aux efforts nationaux de résilience.

La plupart des actions prioritaires évoquées dans la CDN de ce pays ont pour objectif une participation féminine variant entre 15 et 70 %.

Le Cambodge élabore actuellement un Indice de résilience des femmes, un mécanisme par le biais duquel les besoins des femmes peuvent être intégrés aux actions nationales de développement de la résilience.

Enfin, le Comité national de gestion des catastrophes s'est engagé à ce que 75 % des communautés disposent d'un niveau de préparation suffisant et de plans d'urgence développés et actualisés semestriellement d'ici 2030. Cette approche induit l'adoption de stratégies de simulation de catastrophes et d'adaptation au changement climatique. L'objectif est qu'au moins 25 % des membres des groupes de gestion des catastrophes des villages et des communautés soient des femmes, et d'augmenter de 25 % le nombre de femmes occupant des postes décisionnels liés à la gestion du changement climatique au sein des communautés.

GUINÉE

En Guinée, la discrimination liée au genre est répandue et prend de multiples formes, allant des violences basées sur le genre à une faible représentation dans les instances décisionnelles. La **Guinée **est le deuxième pays où les femmes et les filles sont les plus exposées aux risques de mutilation génitale féminine, et les femmes ne représentent que 28 % du Conseil national de transition. A niveau mondial, la Guinée est le cinquième pays avec le plus haut niveau de discrimination liée au genre dans les institutions sociales.

Avec sa Politique Nationale révisée sur le Genre, la Guinée vise à répondre à ces problèmes. Les dispositions de la politique ont également été prises en compte dans la CDN révisée du pays afin d'améliorer les capacités d'adaptation et la résilience climatique des femmes.

Le pays s'engage à rendre la gouvernance plus sensible au genre et au climat, avec une attention particulière accordée à l'application de la nouvelle loi sur la parité hommes-femmes et un appui accru fourni aux équipes Genre et Equité dans les ministères.

Les fonds nationaux pour l'autonomisation des femmes parraineront davantage d'initiatives de résilience climatique, et les femmes bénéficieront de formations techniques conçues pour les aider à réaliser leur potentiel en tant qu'agents de changement.

Le gouvernement s'engage également à améliorer ses statistiques climatiques, avec la définition d'indicateurs de résultats et d'impact sexo-spécifiques, et le suivi des données désagrégées. Les données sexospécifiques aideront à intégrer le genre dans les solutions climatiques et les futures politiques publiques, et éclaireront la Stratégie nationale sur le genre et le climat qui sera élaborée d'ici 2024.

JORDANIE

Préalablement à la soumission de sa CDN révisée en octobre 2021, la Jordanie a effectué une analyse détaillée des questions relatives au genre afin d'identifier les obstacles restreignant l'engagement des femmes dans l'action climatique, ainsi que les opportunités de promotion des rôles féminins dans le cadre de l'application de mesures d'adaptation et d'atténuation des risques. Cette analyse a montré que la répartition inéquitable des ressources, des connaissances et des pouvoirs de décision influe sur la capacité des femmes à participer à l'application des plans d'intervention climatique, et que la résolution de ces problèmes passe par des approches ciblées et sensibles au genre.

La Jordanie ne considère pas sa CDN comme un simple outil de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Elle voit en elle un instrument soutenant le développement durable du pays, les questions relatives à l'égalité entre les sexes et à l'autonomisation des femmes étant des thématiques transversales majeures qui y sont intégrées. La Jordanie a récemment publié un rapport national sur l'égalité des sexes et le changement climatique afin d'établir un cadre permettant de traiter les inégalités entre les sexes dans le contexte de l'action climatique et d'atteindre les Objectifs de développement durable (ODD).

ÉQUATEUR

En Équateur, les femmes font face à de nombreux obstacles dans leur lutte pour l'égalité, notamment du fait de leur sous-représentation parmi les décideurs, de la somme de travail non rémunéré hebdomadaire largement supérieure à celle des hommes (31 h contre 9 h) et du niveau de violence subie. Selon les estimations, environ 6 Équatoriennes sur 10 ont été victimes de violences basées sur le genre. La pandémie de COVID-19 a aggravé ce fossé entre les sexes.

Conformément à l'engagement pris par ce pays en termes de réalisation des ODD, l'Équateur a lancé de nombreuses initiatives sous la direction de la Commission chargée des questions liées au genre du ministère de l'Environnement, ainsi que mis en exergue dans le processus participatif de formulation de sa CDN.

En établissant que l'autonomisation des femmes est un facteur essentiel de la gestion du changement climatique, le processus de la CDN vise à l'inclusion des différents groupes et à l'intégration des questions liées au genre au document. Cette approche implique d'adopter une approche sensible au genre de la conception à la mise en œuvre, notamment en matière de suivi et d'évaluation des politiques et des initiatives.

Depuis 2020, l'Équateur travaille sur un Plan de mesures relatives au genre et au changement climatique, qui est en cours d'élaboration. Ce plan a permis d'identifier les lacunes et les opportunités dans les principaux secteurs de mise en œuvre de la CDN et d'établir une feuille de route pour une action climatique sensible au genre.

Le PNUD a continué à soutenir l'Équateur en lui fournissant des directives techniques et des formations et en mettant en œuvre des partenariats visant à inclure des considérations relatives au genre dans les outils financiers liés au climat et à donner la parole aux populations historiquement marginalisées. MONTÉNÉGRO

35 % des femmes au Monténégro vivent en milieu rural. Certaines d'entre elles effectuent des travaux non rémunérés tout au long de leur vie et ne bénéficient pas d'une assurance retraite. En outre, alors que 66 % des ouvriers des exploitations agricoles familiales sont des femmes, seules 4 % d'entre elles sont propriétaires de biens immobiliers et 8 % sont propriétaires de terres. Cet état de fait les rend extrêmement vulnérables aux conséquences prévues dans le cadre du changement climatique, notamment dans le secteur agricole, et restreint leur capacité d'adaptation.

Durant la préparation de sa CDN révisée, le Monténégro a réalisé une analyse permettant de comprendre comment les différentes politiques et stratégies nationales portant sur des sujets tels que l'égalité entre les sexes, l'énergie, les transports, l'agriculture, la gestion des déchets, la réduction du risque de catastrophe ou les financements peuvent aider à l'élaboration de politiques d'adaptation et de réduction du risque sensibles au genre. La CDN révisée recommande la continuation de l'élargissement des capacités administratives, afin de proposer une action climatique répondant aux divers besoins et vulnérabilités des hommes et des femmes et de renforcer la participation des femmes aux prises de décisions et à la mise en œuvre de solutions relatives au changement climatique. En outre, une analyse des questions relatives au genre et au changement climatique a été réalisée dans le cadre du Troisième rapport biennal à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (UNFCCC) et propose une série de recommandations visant à renforcer la législation et les politiques relatives au changement climatique, par le biais de l'ajout de perspectives liées au genre, de l'amélioration du recueil et de l'analyse de données ventilées par genre et du renforcement des institutions nationales, de façon à dresser des rapports sur les résultats des actions sensibles au genre.

PANAMA

Au Panama, les femmes n'occupent que 21 % des sièges au Parlement. Le taux de présence des femmes sur le marché du travail n'est que de 53 %, contre 80 % pour les hommes, et ce, alors même que les femmes sont plus diplômées.

Les femmes, les personnes handicapées et les populations autochtones sont les catégories les plus touchées par les inégalités, notamment en termes d'accès aux soins de santé, aux ressources économiques et aux postes décisionnels. Elles sont également les plus affectées par le changement climatique.

Dans sa CDN révisée, présentée en 2020, le Panama a reconnu le rôle joué par les femmes dans la transformation de l'action climatique et l'importance de la promotion de l'égalité des sexes. La PCN a inclus une approche de planification et de prise de décisions sensible au genre, dans l'un de ses trois piliers méthodologiques principaux.

Ce pays élabore actuellement un Plan d'action national relatif aux questions de genre et au changement climatique, par le biais d'un processus multisectoriel et participatif. Ce plan devra promouvoir une approche basée sur les droits et inclure la notion d'égalité entre les sexes aux actions d'adaptation et d'atténuation des risques liés au changement climatique concernant les secteurs de l'énergie, de la biodiversité, des zones côtières, des infrastructures, de l'eau et des forêts.

Au cours des premières étapes de ce processus soutenu par le PNUD, le gouvernement a organisé des consultations avec les femmes et les groupes minoritaires afin de mieux comprendre et intégrer leur perception du changement climatique. Le Plan sous-tend maintenant la feuille de route de mise en œuvre de la CDN du Panama, garantissant une action climatique plus inclusive, plus forte et alignée sur les ODD.

RÉPUBLIQUE KIRGHIZE

En République kirghize, les femmes, notamment dans les régions rurales, sont responsables de l'approvisionnement en eau et en combustible pour le chauffage et la cuisine, deux ressources qui seront de plus en plus affectées par le changement climatique. Les femmes sont plus vulnérables aux conséquences destructrices du changement climatique mais, en raison de leur place dans la société, elles jouent également un rôle essentiel dans le développement des capacités d'adaptation des communautés. Malgré cela, leur accès aux ressources financières, aux activités de développement des compétences et aux transferts de technologies demeure restreint et elles sont souvent sous-représentées dans les organes de prise de décision de tous niveaux.

Dans sa CDN révisée, présentée en octobre 2021, la République kirghize observe les effets du changement climatique par le prisme des questions liées au genre et propose des mesures sensibles au genre pour augmenter le potentiel d'adaptation des communautés. La CDN révisée recommande que des mesures sensibles au genre soient intégrées à l'ensemble des actions d'adaptation liées au climat et associées à des indicateurs spécifiques permettant de mesurer leur efficacité. La promesse climatique nationale de ce pays prescrit aussi une analyse plus approfondie des impacts du changement climatique sur les questions liées au genre, afin d'obtenir une image plus claire de la répartition des risques au sein des différents groupes sociaux.

SIERRA LEONE

En Sierra Leone, les femmes et les jeunes femmes encourent l'essentiel des risques et des vulnérabilités liés auxau changement climatique et aux événements météorologiques extrêmes récurrents.

Depuis la publication de sa première CDN en 2015, le gouvernement s'est appuyé sur une approche sensible au genre pour l'adaptation au changement climatique, en mettant en œuvre des filets de protection sociale et des dispositifs d'assurance pour permettre aux femmes de résister aux impacts climatiques.

Dans sa CDN révisée, la Sierra Leone a pris de nouvelles dispositions visant à élaborer des stratégies transformatives et socialement inclusives qui autonomisent les femmes, réduisent les inégalités entre les sexes et améliorent les résultats en matière d'adaptation et de résilience.

Ce faisant, le pays a pour objectif de promouvoir un environnement institutionnel et politique dans lequel les femmes ont voix au chapitre en termes de prises de décisions relatives à la gestion des questions climatiques, et où l'accès des femmes aux services climatiques est amélioré et les opportunités socioéconomiques, plus nombreuses.

Cette approche vise à élargir les opportunités d'emploi des femmes et à les faire participer à la gestion des solutions liées à l'énergie solaire. Le gouvernement cherche également à renforcer le rôle des femmes dans le renforcement de la durabilité des ressources hydriques, avec la création de comités de gestion des bassins versants et des ressources en eau douce sensibles au genre.

Enfin, la Sierra Leone a élaboré une stratégie axée sur le genre et l'inclusion sociale, afin de mieux intégrer ces problématiques à ses actions climatiques, en conformité avec les dispositions de sa Politique relative à l'égalité entre les sexes et à l'autonomisation des femmes.

TUNISIE

Dans le cadre de sa première CDN, la Tunisie avait omis de mettre l'accent sur les dimensions relatives à l'égalité entre les sexes associées au changement climatique et à l'action climatique. Afin de pallier cette lacune, la Tunisie a élaboré un Plan d'action national relatif à l'égalité entre les sexes et au changement climatique, sur les bases du Programme étendu de Lima relatif au genre et de son plan d'intégration des questions liées au genre, avec une mise en exergue de cinq aspects prioritaires de ce dernier domaine.

Dans sa CDN révisée présentée en octobre 2021, ce pays a clairement affirmé que l'intégration des questions liées au genre était un facteur clé de l'accélération de la transition vers une économie à faible émission de carbone. Les priorités mises en lumières par la CDN comprennent des considérations relatives à l'égalité entre les sexes et font la promotion de l'autonomisation des femmes dans le cadre d'une vaste gamme d'actions climatiques, notamment : adaptation et résilience agricole, sécurité alimentaire et hydrique, réduction du risque lié aux catastrophes climatiques, préservation de l'écosystème, services de santé, tourisme durable et résilience côtière.

En reconnaissant que l'action climatique se doit de garantir une répartition équitable des ressources entre les hommes et les femmes, et que ces dernières ont un rôle essentiel à jouer dans les prises de décision relatives au changement climatique, la Tunisie a pour objectif d'éradiquer les inégalités sociales aggravant les effets du changement climatique. Elle s'engage également à combattre les stéréotypes de genre et à devenir un leader régional sur les questions relatives au genre et au climat.

Jusqu'à présent, 117 des 120 pays ayant rejoint le programme Climate Promise ont intégré les questions relatives à l'égalité de genre à leurs plans de travail. 96 % des pays ayant présenté leur CDN (initiale ou révisée) avec le soutien du programme Climate Promise du PNUD y ont introduit des références relatives aux droits des femmes et à l'égalité entre les sexes. En savoir plus sur nos actions en faveur de l'inclusion et de l'égalité entre les sexes.