Guinea

Le gouvernement et les partis d’opposition doivent renouer le dialogue et empêcher un nouveau cycle de violences

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La FIDH, son organisation membre, l’OGDH [1], et ses partenaires en Guinée (MDT, l’AVIPA et l’AVCB) [2] sont vivement préoccupés par la détérioration de la situation politique à l’approche des échéances électorales, illustrée par les violences survenues au cours des manifestations des 13 et 14 avril à Conakry et dont le bilan est de deux personnes tuées et une quarantaine blessées. Tout en se félicitant des gestes de détente pris tant par l’opposition que le gouvernement, nos organisations les appellent ainsi que les forces de l’ordre à s’abstenir de toute violence et à renouer le dialogue pour garantir la tenue des échéances électorales à venir, conformément à la Constitution et aux normes internationales en la matière.

Après l’agression de son porte-parole le 4 avril à Conakry, l’opposition avait appelé à manifester le 13 avril pour protester contre « l’insécurité croissante » en Guinée. Au cours de cette manifestation, de violents affrontements sont survenus entre les forces de l’ordre et les manifestants dans les quartiers de Bambeto, Cosa et Hamdallaye. A proximité du siège du parti au pouvoir, le RPG arc-en-ciel, une personne a été tuée et plusieurs autres blessées par balles.

« Il est indispensable que les autorités fassent la lumière sur les circonstances qui ont conduit à de tels actes de violences. Elles doivent également garantir l’usage d’armes non létales, ainsi qu’un recours proportionnel à la force, dont il semblerait qu’il ait excédé le cadre légal relatif à l’usage des armes à feu », a déclaré Me Drissa Traore, vice président de la FIDH.

Nos organisations sont préoccupées par ces évènements, à quelques mois d’élections essentielles à la consolidation d’un Etat de droit pérenne, et appellent l’ensemble des acteurs politiques à reprendre la voie du dialogue.

« Seule la reprise sans délai d’un dialogue politique constructif et apaisé pourrait permettre d’organiser la tenue d’élections transparentes, inclusives et acceptables par tous. La Guinée a trop souffert des violences politiques, nous devons franchir cette nouvelle étape dans le calme et rompre avec cette culture de violence » a déclaré Thierno SOW, président de l’OGDH.

Nos organisations soutiennent la proposition du Ministre des droits de l’Homme, M. Gassama Diaby, de mettre en place un Observatoire des manifestations, impliquant des membres de la société civile et des partis politiques, et appellent les autorités nationales ainsi que les partenaires internationaux à appuyer cette initiative allant dans le sens d’une responsabilisation des acteurs sur le terrain.

« La sécurité des citoyens guinéens relève de la responsabilité de l’ensemble des acteurs politiques, tant au niveau du maintien de l’ordre qu’au niveau de l’organisation et de l’encadrement des manifestations. Pour que celles-ci ne soient plus synonymes de morts, de blessés et de violences, les acteurs de ces tragédies doivent s’engager à respecter une Charte des manifestations pacifiques qui serait proposée par l’Observatoire des manifestations et accepter que cette dernière instance en surveille le déroulement » a déclaré Me Frédéric Foromo Loua, président de MDT.

La FIDH et ses partenaires en Guinée mènent des actions judiciaires et de plaidoyer contre la violence politique en Guinée. Ils accompagnent les victimes des crimes les plus graves perpétrés au cours des grands épisodes récents de violences politiques : répression des manifestations de 2007 ; massacre du stade du 28 septembre en 2009 ; tortures au cours de la campagne électorale de 2010, etc. En 2013, dans le cadre de manifestations populaires, 33 personnes avaient été déjà été tuées et 777 blessées parmi les manifestants et les forces de l’ordre, selon les Nations Unies.