Guinée : sortir du bourbier électoral

Report
from International Crisis Group
Published on 18 Feb 2013 View Original

Rapport Afrique N°199 | 18 février 2013
Dakar/Bruxelles

Les élections législatives tant attendues en Guinée pourraient rapidement dégénérer et entrainer des violences en l’absence d’un consensus sur les procédures électorales.

Guinée : sortir du bourbier électoral, le dernier rapport de l’International Crisis Group, analyse la controverse autour des prochaines élections en Guinée et recommande au pouvoir et à l’opposition de consolider le système électoral, avec l’aide de la communauté internationale, afin de favoriser une plus grande transparence.

« Les élections législatives s’annoncent compliquées : les tensions ethniques avivées par l’élection de 2010 demeurent et le système électoral est au cœur de la controverse », souligne Vincent Foucher, analyste principal du projet Afrique de l’Ouest de Crisis Group. « Des élections législatives apaisées et crédibles sont indispensables pour doter le pays d’un parlement représentatif de sa diversité, donner sa place à l’opposition et équilibrer le dispositif institutionnel ».

En décembre 2011, un peu plus d’un an après la prise de pouvoir d’Alpha Condé, le dialogue direct sur l’organisation des législatives s’est ouvert entre le pouvoir et l’opposition. Il s’est clos deux mois plus tard sur un bilan limité. Bien que certaines questions aient été réglées depuis, l’opposition a maintenu son désaccord sur deux points fondamentaux : la Commission électorale nationale indépendante (CENI) et le fichier électoral.

Une étape a été franchie avec la création, en septembre 2012, d’une nouvelle CENI, suivie de la présentation en décembre par son nouveau président, Bakary Fofana, du nouveau calendrier électoral fixant les élections pour mai 2013. La polarisation demeure néanmoins forte. L’opposition soupçonne des fraudes au niveau du processus de révision du fichier électoral. Le 29 janvier, l’opposition et des partis « centristes » ont appelé à de nouvelles manifestations et ont rejeté le dialogue direct tel que proposé par le pouvoir, n’y voyant qu’une simple manœuvre pour les contraindre à annuler leurs mobilisations.

Pour garantir un scrutin crédible, le président doit réunir, avec les chefs des principaux partis et les bureaux du Conseil national de transition (CNT) et de la CENI, une conférence périodique pour échanger sur la situation politique globale et pour construire une vision partagée du processus électoral. La Commission électorale, quant à elle, doit rouvrir la question du fichier électoral et construire un consensus fort sur ce point.

Pour lutter contre l’impunité très répandue au sein des forces de sécurité, dont le comportement sera crucial si une crise électorale éclate, le gouvernement guinéen doit accroitre et médiatiser la lutte contre les crimes et délits commis par l’armée, la gendarmerie et la police.

« Le régime Condé ne peut pas se contenter de mettre en avant sa volonté de rigueur dans la gestion publique et ses ambitions en matière de développement, il doit savoir pacifier l’arène politique », estime Gilles Yabi, le directeur du projet Afrique de l’Ouest de Crisis Group. « Si la marche aux élections sera forcément marquée par des tensions, il faut réduire au maximum les points de friction, mener un véritable dialogue et reconstruire un minimum de confiance dans le dispositif électoral ».