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En Guinée : témoignages des agents sur le front contre la COVID-19

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Dans l’une des deux tentes dressées à l’entrée du centre de traitement COVID-19 de Donka, patients et promoteurs de la santé sont en grande discussion. Un gyrophare leur fait lever la tête, une ambulance se gare. En quelques instants, plusieurs personnes s’activent autour du véhicule pour s’occuper du patient qu’il transporte. Un homme en blouse s’approche et discute avec le chauffeur. Il s’agit de Kalidou Conté, gestionnaire des ambulances.

« Je coordonne le transport des malades. »

« Mon poste est important car je coordonne le transport des malades depuis les autres structures sanitaires jusqu’à Donka. Les médecins du service de triage, point de contact avec les autres centres de traitement COVID-19 de la région de Conakry, m’informent qu’il y a un patient dans un état critique à aller chercher dans une autre structure et j’envoie immédiatement un ambulancier avec un infirmier ou un médecin.­ »

Les soignants entrent dans le bâtiment avec le patient. Après avoir passé le comptoir d’accueil, nous les suivons dans un couloir aux murs verts, où les portes de bureaux se succèdent. Devant l’une d’elles, nous croisons le Dr Hadjiratou Bah, superviseure médicale pour ALIMA. Elle coordonne et supervise les activités médicales et les plannings du personnel, soit plus de 200 médecins au plus fort de la crise.

« La motivation et l’engagement de mes équipes me permettent de me surpasser tous les jours. »

« En tant que superviseure médicale, je joue aussi le rôle d’interface entre le centre de traitement et les spécialistes extérieurs lorsque des examens dans des structures externes sont nécessaires (scanners, échographies, examens biologiques, etc).

Cela exige de savoir gérer une multitude de profils : des généralistes, des spécialistes, des expérimentés, des jeunes diplômés… Avec le dévouement et l’effort, j’ai réussi à gagner la confiance de tous. La motivation et l’engagement de mes équipes me permettent de me surpasser tous les jours. La confiance des équipes et le nombre de patients sortis guéris sont une fierté pour moi. »

Un peu plus loin, le bureau des médecins et infirmiers du service de réanimation laisse s’échapper des bribes de conversations animées. C’est souvent le cas, car régulièrement, quelqu’un s’équipe pour entrer dans la zone rouge, où sont alités les patients atteints par le virus. Pétronile Agbodossindji, médecin réanimatrice, est justement sur le point de s’habiller. Elle prend le temps de nous parler de l’utilisation de l’oxygène.

« Avoir des stocks d’oxygène est essentiel. »

« La COVID-19 est une maladie qui entraîne des lésions pulmonaires qui réduisent la saturation en oxygène des patients, c’est pourquoi il faut leur administrer de l’oxygène. Si un patient grave arrive dans notre service de réanimation et que nous n’avons pas d’oxygène, il n’a aucune chance de survivre. Avoir des stocks d’oxygène est essentiel.

Au niveau du centre de traitement COVID de Donka, depuis qu’ALIMA a mis à disposition les concentrateurs d’oxygène, qui filtrent l’oxygène de l’air ambiant et le délivrent sous forme concentrée aux patients, la consommation de l’oxygène en bouteille a fortement diminué. Cela nous aide beaucoup car les bouteilles d’oxygène sont coûteuses et leurs manipulations difficiles. Maintenant, nous mettons les patients sous concentrateurs et nous ne craignons plus d’être en rupture. »

Docteur Pétronile va entrer dans la zone rouge pour s’occuper de ses patients. Elle est équipée de la tête aux pieds (charlotte, blouse, surblouse, gants, écran facial, bottes…), pour éviter toute contamination. Comme elle, nous nous équipons pour entrer. Dans un escalier, nous suivons une soignante. Elle tient fermement une petite glacière à la main. Il s’agit de Salimatou Diallo, infirmière affectée au laboratoire du centre de traitement COVID-19. Ce matin, elle a rendez-vous avec une trentaine de patients qui doivent être prélevés pour effectuer un test COVID de contrôle. Ce test est effectué tous les 7 jours à partir du premier test positif. Quand il revient négatif, le patient est déclaré guéri.

« Mon rôle est aussi de sensibiliser les patients. »

« Chaque matin, à 8 heures, je me présente au laboratoire. Je consulte la liste des patients à prélever : le nombre de prélèvements naso-pharyngés, de prélèvements sanguins… il y a parfois plus de 40 patients à aller voir dans la matinée ! On vérifie les listes puis on prépare le matériel, on fait l’étiquetage des tubes dans lesquels seront stockés les échantillons.

Vers 10 heures, je m’équipe et j’entre dans la zone rouge. Je passe dans les chambres des patients pour effectuer leurs prélèvements et je stocke leurs échantillons dans une glacière.

Certains patients sont contents de me voir, car ils savent que si leur test est négatif, ils vont pouvoir sortir. D’autres ont peur car le test peut être désagréable et douloureux. Mon rôle est aussi de les sensibiliser, de leur expliquer comment se passe le test et à quel moment ils auront leurs résultats. J’apprécie beaucoup ces interactions. »

Nous laissons Salimatou continuer son travail, elle ne doit pas perdre de temps. À 11h30, l’infirmière doit avoir terminé les prélèvements pour que les échantillons nasaux soient envoyés, au plus tard à midi, au laboratoire national chargé des analyses COVID. Dans le couloir du deuxième étage, plusieurs patients sont assis en rang, sur des chaises espacées. De là, ils ont une vue panoramique sur la grande cour de l’hôpital qui accueille les visiteurs, et où s’alignent les véhicules. On y voit aussi l’entrée des buanderies. Nous décidons d’y descendre. À l’intérieur, nous rencontrons Louty Pierre Kpamy, lavandier pour ALIMA.

« À l’origine, j’étais professeur de mathématiques dans un collège privé. »

« Je suis lavandier pour ALIMA depuis l’ouverture du centre, en avril 2020. À l’origine, j’étais professeur de mathématiques dans un collège privé. Quand l’établissement a fermé ses portes à cause de la COVID-19, j’ai voulu me rendre utile et venir au secours de la population.

En arrivant au centre le premier jour, j’avoue que j’ai eu peur. Mais en voyant les mesures strictes de prévention et de contrôle des infections mises en place, le port obligatoire des masques chirurgicaux et l’utilisation du chlore pour tout désinfecter, j’ai compris qu’il n’y avait pas de raison d’avoir peur. C’est mon métier de veiller à ce que tout soit toujours propre et désinfecté.

Bien sûr, le travail est physique et épuisant. Pendant les deux premières semaines par exemple, avant la réception des machines à laver, tous les équipements du personnel devaient être lavés à la main. C’était dur, mais je me suis battu corps et âme. Je n’ai pas baissé les bras.

Si je devais adresser un message à la jeunesse guinéenne, ce serait : “ne restez pas les bras croisés ! On peut tous contribuer à lutter contre le virus”. Je ne suis pas médecin et pourtant, je peux participer à la bataille, à mon niveau. »

Le roulement d’un tambour vient de s’arrêter, Louty Pierre se dirige déjà vers la machine. La buanderie est située juste à côté du poste de sortie de la zone rouge. C’est à ce niveau que sortent les soignants et qu’ils enlèvent leurs équipements de protection. C’est également ici que sortent les patients guéris, avant une ultime étape : l’entretien de sortie. Mariama Djego Bah, promotrice de la santé, est le dernier maillon de la grande chaîne des agents sur lesquels comptent les patients hospitalisés.

« Le plus positif pour moi, c’est de pouvoir venir en aide aux patients, de leur remonter le moral… »

« Nous sommes l’intermédiaire entre les équipes médicales et les patients. Nous sensibilisons les patients dès l’entrée et leur expliquons le fonctionnement du centre. Lorsqu’ils ont des questions ou des préoccupations, nous venons à leur chevet pour y répondre au mieux. Nous organisons aussi les visites des proches. Et lorsqu’ils quittent le centre, nous les recevons pour un entretien de sortie et la remise d’un certificat de guérison.

La plupart nous complimentent sur l’accueil, les soins, la disponibilité du personnel et le travail des hygiénistes. Le plus positif pour moi, c’est de pouvoir venir en aide aux patients, de leur remonter le moral et de voir leur satisfaction à la sortie. Cela me motive beaucoup. »

Depuis le 6 avril 2020, ALIMA soutient l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de Guinée dans la prise en charge des patients atteints de la COVID-19 au centre de traitement COVID-19 de Donka, à Conakry.

Les activités d’ALIMA dans le centre de traitement COVID-19 de Donka sont financées par l’Union européenne. Le contenu de cette publication relève de la seule responsabilité d’ALIMA et ne reflète pas nécessairement les opinions de l’Union européenne.