Cartographie et profil socio-économique des communautés de retour en Guinée (Avril 2018)

Report
from International Organization for Migration
Published on 02 Dec 2019 View Original

1. INTRODUCTION AU CONTEXTE GUINÉEN

L’ENVIRONNEMENT POLITIQUE, ÉCONOMIQUE ET SOCIAL

Une migration qui change d’échelle

Par sa position géographique, la Guinée est depuis longtemps un pays d’accueil et de transit des migrants en Afrique de l’Ouest. Bordé par l’océan Atlantique, le pays partage sa frontière avec six autres pays : la Guinée Bissau, le Sénégal, le Mali, la Côte d’Ivoire, le Libéria et la Sierra Leone. Tous ces pays ont été marqués par plusieurs périodes d’instabilité politique ces dernières années, à l’instar du Libéria et de la Sierra Leone, dont le nombre de réfugiés en Guinée a atteint le chiffre des 430.000 personnes en 2005, pour ensuite redescendre à 2.000 en 2017.3 La Guinée est également un pays de départ des migrants. Plusieurs facteurs ont incité les Guinéens à quitter leur pays ces dernières années. À commencer par un contexte politique instable : premier pays de l’Ouest africain à obtenir son indépendance en 1958, la Guinée a depuis vécu au rythme de coups d’Etat à répétition. Le dernier en date remonte à 2008 après la mort du Président Conté. Au pouvoir durant 25 ans, fervent défenseur d’une politique austère et isolationniste, Conté a contribué à l’essor de la corruption et à la chute de la croissance, ce qui a poussé de nombreux Guinéens à migrer vers les pays voisins.

La Guinée a également souffert du débordement des conflits voisins. Dans les années 1990, des intrusions armées de la Sierra Leone et du Libéria ont forcé les réfugiés et civils Guinéens à fuir leurs maisons. Enfin, à l’échelle nationale, l’exode rural des campagnes vers les villes s’est beaucoup accéléré ces dernières années, comme en témoigne le processus d’’urbanisation croissant dans les villes. Alors qu’en 1960, 90 % de la population vivait en Guinée rurale, ce chiffre s’élève aujourd’hui à 62 %. Enfin, l’épidémie Ebola a, elle aussi, entraîné des migrations internes. Apparue pour la première fois en 2014, en Guinée et plus généralement en Afrique de l’Ouest, elle provoqua la mort de 2.550 Guinéens et le déplacement interne de 34.000 personnes.4 Si la Guinée est donc marquée par une histoire migratoire dense, elle l’a été, en revanche, essentiellement au niveau national et régional. Selon les chiffres de l’UNDESA, en 2015, seulement 7 % des migrants se sont rendus en Europe. À contrario, 78 % d’entre eux ont privilégié des destinations en Afrique.5 C’est à partir de 2016 que la tendance a commencé à s’inverser, avec environ 13 300 migrants accostant l’Italie, soit une augmentation de 376% par rapport à 2015. La migration irrégulière des Guinéens vers l’Europe est donc considérée comme un phénomène nouveau, et motivé par des facteurs socio-économiques évoqués par les parties prenantes interrogées au cours de cette étude.

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