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Ethiopie: Pour rompre avec le cycle des famines - lutter contre la précarité alimentaire et ses causes profondes

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Si la réalité d'une crise alimentaire de grande ampleur en Ethiopie ne fait pas de doute aujourd'hui, il convient de s'interroger sur ses causes multiples et les réponses à envisager, au-delà de l'urgence et du court terme.
Confrontée à une précarité alimentaire structurelle, l'Ethiopie voit la situation se dégrader de manière récurrente en crise alimentaire de grande ampleur. Depuis maintenant près de 20 ans que ce pays fait périodiquement la une de l'actualité, l'essentiel de l'effort international porte sur une réponse à court terme : une aide alimentaire à grande échelle, renouvelée année après année. Indéniablement vitale, une telle aide ne peut cependant pas améliorer durablement la situation des 3 à 5 millions d'Ethiopiens en état d'insécurité alimentaire chronique, auxquels s'ajoutent chaque année plusieurs millions de personnes au gré des aléas climatiques, économiques ou politiques.

Or, si l'Ethiopie est le pays au monde qui a reçu le plus d'aide alimentaire d'urgence per capita au cours des dix dernières années, elle n'a bénéficié dans le même temps que d'une aide au développement dérisoire, parmi les plus faibles au monde .

Ainsi, les aléas climatiques, dont la sécheresse qui a sévi en 2002 dans la moitié est du pays, ne doivent pas être perçus comme une fatalité qui expliquerait à elle seule l'étendue et la fréquence des crises alimentaires, mais comme les facteurs aggravants d'une précarité " ordinaire " et inacceptable.

- Un potentiel agricole insuffisamment exploité et inégalement réparti...

L'Ethiopie dispose d'un potentiel agricole important, à ce jour, encore insuffisamment exploité et aussi inégalement réparti dans le pays. L'ouest et le centre concentrent la majeure partie de la production nationale de céréales de légumineuses, dont près de 80% dans les seules régions d'Amhara et d'Oromiya .

Depuis le milieu des années 90, l'agriculture éthiopienne -priorité économique du gouvernement- a affiché une augmentation significative de sa production vivrière. En 2001, elle a atteint 12,33 millions de tonnes de céréales et de légumineuses2, la plaçant en situation d'autosuffisance globale.

Cependant, même au niveau record de 200, la hausse de la production n'a pas bénéficié à l'ensemble de la population comme elle aurait dû. Cette progression a concerné essentiellement les zones de production déjà excédentaires, tandis que certaines régions chroniquement déficitaires continuaient d'enregistrer des rendements décroissants.

De plus, des problèmes structuraux entravent le transport et la commercialisation des excédents alimentaires à destination des régions déficitaires : la rareté des routes carrossables, le coût élevé des transports, l'insuffisance des capacités de stockage et des marchés locaux, les fluctuations importantes des prix, la faiblesse des revenus, etc.

...qui laisse des millions d'Ethiopiens à la merci de pénuries alimentaires dramatiques

Ainsi, même à l'issue d'une bonne récolte, comme celle de 2001, l'Ethiopie est demeurée dans une situation fragile et paradoxale : d'un côté des régions excédentaires qui peinent à écouler leur production et souffrent des fluctuations de prix ; et de l'autre des régions déficitaires qui ne bénéficient pas, ou insuffisamment, des progrès réalisés par ailleurs, et o=F9 la précarité alimentaire s'aggrave.

Associée à des conditions climatiques défavorables, cette instabilité chronique a provoqué un brusque retour en arrière en 2002 : une baisse de 20% de la production céréalière ; une insécurité alimentaire qui touche plus de 11 millions de personnes1 et dégénère en grave crise nutritionnelle dans un certain nombre de régions.

En 2003, l'aide alimentaire massive, sollicitée à temps et distribuée à bon escient, devrait permettre d'éviter une famine généralisée, contrairement à 1984-85.

Cependant, si cette aide alimentaire est indispensable, on ne peut en aucun cas s'en contenter : sauver les hommes sans se préoccuper de leur subsistance à moyen terme revient à repousser l'échéance jusqu'à la prochaine crise et à les maintenir sous dépendance, privés de leur dignité.

Un exemplaire concret : l'Afar

En Afar (nord-est du pays), région essentiellement consacrée à l'élevage, les crises successives ont durablement affecté l'équilibre économique des populations agro-pastorales. Au-delà des périodes de sécheresse prolongée, certains facteurs de cette vulnérabilité croissante peuvent être identifiés :

  • la raréfaction des pâturages disponibles et la quasi-disparition des cultures vivrières du fait d'un aménagement mal maîtrisé du fleuve Awash ;

  • la faiblesse du système vétérinaire insuffisamment développé et inadapté au mode de vie traditionnel des Afar ;

  • la trop grande versatilité des prix du marché, qui entraîne une dégradation catastrophique des termes de l'échange pour les éleveurs Afar en période de crise ;

  • l'aggravation des tensions claniques en période de crise, et l'affaiblissement des mécanismes traditionnels de régulation de ces conflits.
Pour enfin prévenir efficacement ces crises récurrentes et enrayer durablement la précarisation économique de populations marginalisées, il est indispensable d'agir en amont, sur le long terme, et non pas seulement en réaction à l'urgence.

La famine n'est pas une fatalité, en Afar ou ailleurs, et il est parfaitement possible d'en réduire les causes, si la communauté internationale et l'administration éthiopienne s'en donnent ensemble les moyens.

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Sylvaine de Rivières, 01 43 35 88 01

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