Djibouti

Sécheresse et menace de famine à Djibouti

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NOTE A L'ATTENTION DU DR J.W. LEE
REPRESENTANT SPECIAL DU DIRECTEUR GENERAL DE L'OMS
POUR ACCOMPAGNER LA MISSION SPECIALE DES NATIONS UNIES
DANS LA CORNE DE L'AFRIQUE

Djibouti est un petit pays avec une superficie de 23 000 km² une population estimée à 640 000 habitants dont environ 19 % sont des nomades. Son climat est aride et la moyenne pluviométrique varie entre 100 et 200 mm par an et se caractérise par une irrégularité extrême.

Les températures se situent entre 30° et 35°C mais peuvent atteindre facilement 50°C pendant les mois de juin, juillet, août et septembre. Des vents violents et fréquents soufflent sur l'ensemble du pays, ce qui engendre une évaporation intense et une très forte érosion des sols.

Une partie du territoire est désertique, l'autre est de type volcanique aride. Les ressources en eau se limitent aux nappes souterraines. Les surfaces arables sont limitées à 10 000 hectares dont 630 sont actuellement cultivés. L'activité agricole se limite à l'arboriculture fruitière et le maraîchage dont la production couvre un peu plus de 10 % de la consommation nationale. L'élevage de type transhumant pratiqué dans les zones rurales constitue la principale activité économique des populations nomades. La production agricole reste limitée à 4 % du PIB. L'insuffisance et la qualité des ressources en eau et en terre arable ainsi que le mode de vie de pasteurs nomades constituent un véritable frein au développement de l'agriculture.

L'industrie est pratiquement inexistante. La plupart des tentatives d'industrialisation ont échoué pour diverses raisons liées aux coûts élevés des facteurs de production. La pauvreté reste donc endémique et touche une frange importante de la population tant rurale que urbaine.

Faute de moyens propres et de capacités de gestion des moyens mis à disposition par les bailleurs, il n'y a pas eu d'investissements significatifs pour sauvegarder l'environnement, maîtriser les écoulements naturels d'eau de pluies, assainir les eaux usées ou contrôler les déchets solides autour des villes.

Depuis plusieurs années, la République de Djibouti est donc soumise à différents types de catastrophes tant naturelles qu'induites par l'Homme, notamment la sécheresse, les inondations, la pollution du littoral, les épidémies en l'occurrence le choléra.

L'absence de politiques nationales cohérentes depuis l'Indépendance, basées sur la prévention de la maladie et la protection sanitaire, le déficit flagrant de l'allocation budgétaire pour la santé ont aboutit à des indicateurs de santé joints, des plus alarmants.

SITUATION NUTRITIONNELLE EN REPUBLIQUE DE DJIBOUTI

L'enquête menée en 1995 par le Ministère de la Santé en collaboration avec l'OMS à Djibouti-ville a montré que chez les adultes, 8,4 % des femmes et 14,4 % des hommes sont mal nourris.

La même enquête a montré que chez les enfants de moins de cinq ans, 14 % souffraient d'une malnutrition aiguë et 31,% d'une malnutrition chronique.

Si une telle situation prévaut en milieu urbain, il y lieu de penser que la situation est plus grave en milieu rural. En effet, le rapport du Ministère de la Santé en 1997, indique qu'environ 7 160 personnes, dont 4 462 des enfants de moins de cinq ans (62,2 %), ont consulté pour la malnutrition plaçant ainsi cette dernière au 10éme rang des causes de morbidité. Se référent aux principales causes d'hospitalisation, les troubles métaboliques et nutritionnelles occupent la troisième place avec 15,8 %, alors qu'ils occupent la première place comme cause de mortalité hospitalière.

Les facteurs qui sont à la base de cette situation sont surtout liés aux conditions climatiques qui sont à la base des sécheresses répétés et qui ne favorisent pas les activités agricoles. A moindre échelle, on pourrait aussi incriminer la tradition nomade et les habitudes alimentaires qui ne sont pas en faveur de la consommation de certains aliments en l'occurrence les poissons.

LA SECHERESSE EN REPUBLIQUE DE DJIBOUTI

La sécheresse sévit donc de façon chronique en République de Djibouti avec comme conséquences la disparition du couvert végétal, la tarissement des points d'eau, la remonté de la saumure dans les nappes phréatiques, la sous-alimentation du cheptel et la famine surtout chez les populations nomades.

Pendant ces dernières année, la République de Djibouti a eu à affronter effectivement à plusieurs reprises la sécheresse et c'est le cas notamment de 1994 à 1996 et en 1999. C'est en effet cette dernière sécheresse qui a débuté en 1999 qui semble se prolonger jusqu'aujourd'hui.

Au début de la sécheresse en 1999, une mission composée des représentants du Gouvernement, des Agences et des Organisations Internationales a été mise sur pieds pour évaluer la situation.

Trois aspects devaient retenir particulièrement l'attention de la mission à savoir la disponibilité de l'eau, l'état sanitaire des animaux et la situation sanitaire de la population.

Concernant la disponibilité de l'eau, il a été constaté que l'eau n'était pas présente en quantité souhaitée, mais que les besoins minimaux étaient en ce moment là satisfaits dans la plupart des zones visitées. Toutefois, il y a lieu de signaler que dans certaines autres zones, l'eau commençait à être rare et la population était obligée d'attendre longtemps pour avoir la quantité pouvant satisfaire ses besoins et ceux des animaux.

Pour les animaux, certains troupeaux ne montraient pas de signes de souffrance alors que chez les autres, un certain nombre d'animaux avaient perdu manifestement du poids, ce qui avait des répercussions sur les prix de vente des animaux d'après la population. Dans certaines zones, des carcasses d'animaux ont été trouvées et la population a affirmé que c'était la sécheresse qui en était la cause.

Pour le secteur santé, il a été constaté que la population visitée souffrait de sous-alimentation chronique, et des cas de malnutrition aiguë ont été constatés dans les hôpitaux .

Les visites effectuées dans les services de santé auraient pu permettre la collecte de plus d'informations sur la malnutrition et sur d'autres maladies prises en charge dans ces services pendant les 6 ou 12 mois précédant la période de sécheresse, et ainsi estimer les conséquences de la sécheresse sur la santé de la population en termes d'augmentation de leur incidence. Malheureusement, certains Centres de Santé ne disposaient pas au moment du passage de la mission de registres depuis plusieurs mois, voire plusieurs années.

Concernant la disponibilité des médicaments essentiels, certains services de santé étaient pratiquement vides et le peu de médicaments que l'on a trouvé était périmé ou allait l'être dans les deux ou trois mois suivants.

L'absence de la vaccination dans la plupart des zones et Centres de Santé visités expliquait l'existence des cas de rougeole signalés dans certains zones du pays.

L'absence de supervisions par les autorités sanitaires, en l'occurrence celles du niveau des districts, semblait aussi contribuer largement à l'aggravation de la situation.

Quoique la plupart des problèmes de santé constatés par la mission exigent des solutions à moyen terme, quelques actions peuvent être immédiatement initiées non seulement pour permettre le suivi de la situation afin d'alerter quand il est encore temps, mais aussi pour prévenir certaines épidémies pouvant être favorisées par des situations comme celles de sécheresse et de famine.

Dans ce cadre, les actions suivantes ont été en effet recommandées par la mission:

A court terme :

  • Mettre en place un système d'enregistrement de tous les cas de maladies qui se présentent et en particulier un système de surveillance des cas de malnutrition aiguë dans les services de santé pour suivre l'état nutritionnel de la population et de détecter des changements éventuels en termes d'incidence ou de prévalence ;
  • Doter les Centres de Santé de stock optimal de médicaments essentiels pour permettre la prise en charge des affections courantes ;
  • Reprendre les activités de vaccination par les équipes mobiles en attendant que la chaîne de froid soit réhabilitée. La priorité devrait être donnée pour le moment à la vaccination contre la rougeole sans pour autant négliger les autres antigènes ;
  • Doter les Centres de Santé des registres pour permettre d'avoir une idée sur pathologies soignées dans ces derniers, y compris celles pouvant être favorisées par la situation de sécheresse ;
  • Assurer des supervisions régulièrement planifiées par les responsables sanitaires (Sous Directeur des Soins de Santé de Base, Médecins Chefs des Districts, Infirmiers Majors...) afin de discuter avec les agents de santé les difficultés qu'ils rencontrent quotidiennement et d'y apporter des solutions avant que la situation se détériore. Ces visites régulières sont indispensables pour combattre l'absentéisme et lutter contre les mauvaises pratiques médicales.

A moyen terme :
  • Rendre plus opérationnelles les unités de réhabilitation nutritionnelle existantes ou à créer, les équiper de matériel nécessaire et les mettre entre les mains d'un personnel compétent et dévoué pour leur permettre de jouer efficacement leur rôle ;
  • Renforcer le programme de nutrition surtout dans sa composante de lutte contre l'avitaminose A et l'anémie chez les femmes enceintes à travers la distribution respectivement de la vitamine A chez les enfants de moins de cinq ans notamment à l'occasion des vaccinations, et du fer et de la foldine chez les femmes enceintes entre autres dans les centres de PMI ;
  • Renforcer le Programme Elargi de Vaccination notamment en assurant une bonne chaîne de froid à travers la dotation des appareils frigorifiques mixtes pouvant fonctionner à l'énergie électrique ou solaire et au kérosène;
  • Mettre en place un système de supervision intégrée avec la participation des différents programmes notamment le programme de nutrition, de lutte contre les maladies diarrhéiques et des infections respiratoires aiguës, le paludisme, la maternité sans risque et le programme de vaccination.

CONTRIBUTION DE L'OMS

De part son mandat, l'OMS est considérée comme l'organisation d'avant-garde dans la recherche des solutions pour minimiser les conséquences de la sécheresse sur la santé des population. En effet, même si la situation est très complexe et que la seule intervention de l'OMS ne peut pas résoudre les problèmes sanitaires liés à la sécheresse, il y a lieu d'indiquer que l'OMS peut jouer un rôle important, surtout sur le plan technique, dans la mise en exécution des recommandations élaborées par la mission conjointe chargée de l'évaluation de la gravité de la sécheresse en 1999.

A présent, les activités planifiées par l'OMS concernent surtout l'amélioration de l'état vaccinal et nutritionnel de l'enfant de moins de cinq ans. De plus, l'OMS envisage de mener une enquête au niveau de tout le pays pour avoir des informations précises sur la prévalence de l'anémie dans le pays.

L'OMS, en collaboration avec le Ministère de la Santé, explore les possibilités de production d'aliment de complément pour les enfants de moins de cinq ans et la fortification de la farine avec les micro-nutriments et les vitamines.

A moyen et long terme, il y a aussi lieu de suggérer que l'OMS examine les possibilités d'assister le pays dans le développement des ressources humaines en octroyant par exemple deux bourses d'études tous les deux ans, y compris celles dans le domaine de santé publique. Ceci permettrait en effet de combler les lacunes constatées actuellement chez le personnel de santé et qui explique en partie le manque d'amélioration de la situation sanitaire dans le pays.

Un autre domaine qui devrait retenir l'attention de l'OMS est la réhabiliation des services de santé. En effet, avec la guerre civile de 1991 à 1993, un certains nombre de services de services de santé surtout ceux situés dans les districts du nord ont été détruits ou mis hors usage par manque d'équipements ou matériels.

Enfin, étant donné les risques d'épidémie en République de Djibouti, l'OMS devrait envisager d'assister le pays dans la mise en place des stocks stratégiques dans la cadre de la préparation et prévention contre ces épidémies. Les maladies le plus concernées sont surtout les maladies diarrhéiques, le paludisme et la tuberculose.

CONCLUSION

Le concept de réduction de risque et de vulnérabilité n'est pas encore bien perçu dans la Corne d'Afrique et particulièrement en République de Djibouti.

En effet, les problèmes relatifs à la gestion des catastrophes sont toujours posés en termes d'urgence, de secours et non dans l'optique de développement. Une telle vision ne peut contribuer qu'à l'augmentation de la vulnérabilités de la population.

Bien sûr qu'il est nécessaire d'assister de façon urgente les populations actuellement en détresse, mais il ne faudra pas que l'opération s'arrête là. Une réflexion devrait immédiatement être engagée par la communauté internationale et les gouvernements concernés pour examiner les voies et moyens pour prévenir de telles catastrophes dans l'avenir.

Les solutions à envisager devraient inclure la mise en place des stocks stratégiques, les mécanismes d'alerte précoce et l'identification des actions de développement pouvant être menées à moyen et à long terme pour minimiser les conséquences de la sécheresse, qui malheureusement est devenue chronique dans cette région du monde.

Dr Abdourahmane Sow
Représentant de l'O.M.S.

DEMOGRAPHIC, ECONOMICAL, SOCIAL AND HEALTH INDICATORS

Demographic indicators
YEAR
VALUE
Estimated population (thousand)
1998
640
Fertility rate
1991
5,8
Crude natality rate
1994
47,5
Crude mortality rate
1994
17,7

Socio-economical indicators
YEAR
VALUE
Literacy rate (%) :- Both sexes
1996
57,2
- Male
1996
73,8
- Female
1996
40,0
GDP
1993
480
Population below 15 years : Both sexes
1996
37,8
Human resource indicators for health
Population for : - 1 Physician
1999
6336
- 1 Dentists
1999
71 111
- 1 Pharmacist
1999
80000
- 1 Nurses
1999
1454
- 1 Midwife
1999
12 075
Coverage with primary health care (%)
Population access to drinking
1996
80
Access to sanitation
1996
90,6
Population access to local primary health care
1993
80
Pregnant women followed by qualified personnel
1994
58
Women delivered in presence of qualified personnel
1994
60
Infant receiving appropriate health care
1994
60
Women with family planning
1998
0,6
Children completely vaccinated : - BCG
1998
35
- OPV3
1998
23
- DTP3
1998
23
- Measles
1998
21
Pregnant women with TT
1998
16
Health indicators
New born with 2,5 kg and over (%)
1992
80
Infant mortality rate (per 1000 alive births)
1993
114
Mortality rate for children under five years (per 1000 alive births)
1990
164
Maternal mortality rate (per 10 000 alive births)
1989
74
Life ex for both sexes
1995
49,0
Number of cases : - Polio
1999
1
- Malaria
1997
80000
- Tuberculosis
1997
3727
- AIDS (cumulative)
1999
2048
- HIV infection (cumulative)
1999
9800
- Measles
1998
198
Leprosy prevalence
1999
12
© Copyright World Health Organization (WHO)
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