Djibouti : Cyclone Sagar et inondations - Evaluation rapide des besoins humanitaires (27 mai 2018)

Report
from UN Country Team in Djibouti
Published on 27 May 2018

Note de synthèse

Le Cyclone Tropical Sagar a frappé Djibouti le 19 et 20 mai, occasionnant dans son passage de graves inondations, destruction d’infrastructures, de maisons et appauvrissant les moyens de subsistance des communautés. Avec des vents de 90km / heure, ce cyclone tropical est un événement inusuel, et qui frappa le plus à l’ouest de toute les tempêtes enregistrées dans le bassin Nord Indien depuis les dernières cinquante-deux années. Environ 110mm de pluie (l’équivalent de la moyenne annuelle à Djibouti) a été enregistré dans la journée du 20 Mai à Djibouti ville, résultant en fortes inondations. D’autres régions du pays ont été également touchées, avec des conséquences limitées. Basée sur l’imagerie par satellite, environ cinquante pour cent de la ville de Djibouti, où vivent quelques 150 000 personnes, a été durement touchée par les crues soudaines et des pluies abondantes. Le gouvernement estime qu’environ 5-10 000 familles (25-50 000 personnes) ont été touchées, selon des vérifications de terrain. L’impact de l’événement au niveau des ménages vulnérables est particulièrement préoccupant, étant donné que le 20,8% de la population est en situation de pauvreté extrême et 35,3% en situation de pauvreté globale1 de nombreux ménages possèdent des capacités limites pour faire face aux chocs additionnels.

Les renseignements disponibles indiquent des préoccupations majeures chez la population en ce qui concerne l’assainissement, la sécurité alimentaire et le logement, notamment parmi les familles les plus démunies, celles dont les maisons ont été inondées pendant plusieurs jours et les « populations flottantes » (réfugiés, migrants et personnes déplacées).

L’eau stagnante est encore visible en certains endroits de la ville une semaine après l’événement, car le réseau d’égouts n’est pas en mesure d’absorber l’eaux de crue et, en dépit des opérations de pompage menées par les pompiers, l’eau tend à revenir dans certaines zones touchant les plus affectées.

Malgré l’existence d’un système de collecte des ordures, pendant les inondations les ordures et les plastiques flottaient librement dans l’eau, et certains districts ont déclaré que même si la collecte a lieu, beaucoup de déchets restaient accumulés devant les maisons. La présence de latrines ouvertes et de pratiques de défécation en plein air a aggravé la situation, car les excréments et autres déchets se sont mélangés avec l’eau suite à l’inondation de ces installations. Cela augmente le risque de maladies à transmission vectorielle et a transmission hydrique.

Certaines infrastructures ont été endommagées ou inondées dans l’ensemble de la ville à cause des fortes pluies, du vent et des inondations.

Le Ministère de l’Education et l’UNICEF ont procédé à une évaluation des établissements d’enseignement concernés, qui indique que 16 bâtiments scolaires ont aussi été affectés par les inondations, ayant la plupart de leurs cours inondées. Après le pompage de l’eau, l’armée Djiboutienne a procédé au nettoyage. L’apprentissage des enfants n’a pas été affectée par le cyclone, car les élèves étaient en vacances scolaires, cependant les examens pour 135 000 étudiants ont dû être reportés d’une semaine, pour permettre à ce que les écoles soient débarrassées de l’eau et nettoyées. Deux écoles auraient besoin de quelques réparations. Cinq CDC (quartier 7, quartier 3, Arhiba, Hadji-Dideh, Wahle-Daba, Stade), qui sont censés être le point de référence pour les communautés touchées ont enregistré des dégâts causés des inondations.

Les inondations ont touché les routes primaires et tertiaires de la ville, surtout celles reliant la banlieue Balbala et la ville de Djibouti. Les eaux ont reculé après 24hrs et l’accès a été rétabli. Cependant, certains dommages sur la route ont été constatés (notamment certaines routes non revêtues), et une évaluation additionnelle sera nécessaire pour évaluer le niveau des dégâts. Les réseaux d’égouts demeurent bouchés dans certaines zones de la ville où l’eau a été pompée, mais continue à retourner, en raison de l’insuffisance de l’efficacité de drainage des eaux de surface. S.E le Premier Ministre a formalisé la création d’un Comité ad hoc présidé par le directeur général de la Protection civile, pour évaluer les systèmes d’évacuation des eaux de pluie et des eaux utilisées dans la ville de Djibouti.

Des évaluations rapides initiales menées par le ministère de l’Agriculture indiquent que plus de 100 « jardins », situés le long de l’Oued d’Ambouli (dans Attar ; Damerjog ; Bérangère ; de Djibouti Ville) ont été durement touchés par les inondations, ce qui a affecté directement les moyens de subsistance de plus de 500 personnes, dont ceux des travailleurs migrants. Avant l’inondation, la nappe phréatique était accessible juste en dessous du lit de l’oued grâce à un système de pompes, et ce permettant une horticulture rentable le long des rives. La crue a détruit les jardins et emporté des plantes, des arbres fruitiers, des outils, des motopompes, des animaux (chèvres, poules), endommagé des puits et bassins d’eau aussi bien que des logements temporaires utilisés comme des hangars et des logements pour les travailleurs.

Le risque de pollution environnementale après le cyclone est également préoccupant. Les informations disponibles indiquent que 500 mètres carrés le long du littoral situé derrière les locaux du ministère de l’Agriculture ont été contaminés par du carburant qui, combiné avec la marée basse, a entrainé la mort de plusieurs poissons.

Les travailleurs sociaux ont indiqué que les groupes les plus vulnérables suite au cyclone sont les veuves, les personnes âgées et les personnes handicapées et les enfants à cause de leurs mobilité réduite, qui entre autres, leur empêche de réparer leurs maisons endommagées. Il est estimé que 15 % des ménages sont dirigés par une femme (pour la plupart veuves). Dans plusieurs districts, notamment à Arhiba, Quartier 4, Quartier 6, Quartier 7, Ambouli, cité de stade et Vietnam ont signalé l’hébergement de réfugiés et de populations migrantes, qui sont aussi parmi les plus vulnérables. A Enguella 1, les reports indiquent la présence d’enfants non accompagnés à risque d’insécurité. Un soutien particulier et des évaluations complémentaires seront nécessaires pour mieux évaluer les besoins de ce groupe.

En plusieurs endroits, les routes et systèmes électriques ont été endommagés par les inondations, et l’électricité a été coupée pour quelques jours par crainte de mort par électrocution de la population. Dans les districts, les limitations d’éclairage publique autour des lieux clés a été souligné par plusieurs travailleurs sociaux comme une préoccupation majeure avant même le cyclone. La situation a été aggravée par les inondations. L’amélioration de l’éclairage dans les quartiers contribuerait à accroître un sentiment de sécurité dans la nuit.

Une évaluation initiale rapide a été effectuée le samedi 26 mai avec le Secrétariat d’Etat aux Affaires Sociales (SEAS), à travers un processus consultatif afin d’évaluer les besoins humanitaires des populations touchées par le cyclone Sagar. Le rapport qui suit décrit les principales constatations de l’évaluation, apporte des informations supplémentaires découlant de sources gouvernementales et fait ressortir l’observation directe entreprise par les travailleurs sociaux. Les résultats indiquent une préoccupation particulière au niveau du logement et des articles non alimentaires, la sécurité alimentaire, la santé et l’accès aux services d’assainissement.

Au moment de l’évaluation effectuée le 26 mai, au moins 1 865 abris (9 350 personnes) ont été reconnus endommagés dans la ville de Djibouti, et 630 ménages (3 150 personnes) étaient toujours déplacés à la suite des inondations. La plupart de ces ménages ont pu maintenant retourner chez eux. Ce chiffre n’est pas définitif, car il est possible que beaucoup de familles n’aie pas encore signalé leurs pertes. Beaucoup auraient perdu des articles ménagers dans les inondations et doivent maintenant prioriser leurs dépenses d’argent pour les réparations de leur logement ou le remplacement des articles essentiels. Les dommages au logement sont particulièrement préoccupants pour les personnes vulnérables, y compris les veuves, les personnes âgées et les personnes handicapées, qui ont une capacité limitée d’entreprendre les réparations par elles-mêmes de leurs logements.

Certains groupes ont reporté la perte de documents officiels, notamment les documents d’identité (carte d’identité, acte de naissance), les titres de propriétés, etc. et la perte de matériel scolaire lors des inondations. Les documents personnels sont fondamentaux en tant que preuve de citoyenneté, pour obtenir un travail, s’enregistrer dans les écoles, et pour accéder à l’assistance sanitaire.

Dans plusieurs districts, les communautés, et particulièrement celles des quartier 4 et 6 et a Arhiba, ont encore une fois démontré leur générosité en hébergeant une large portion des populations déplacées, sans aucune forme de discrimination.

Tous les districts ont déclaré que les eaux sont en recul et le niveau d’eau reste moyen voir faible. L’eau stagnante a été signalée dans le quartier Vietnam. Toutefois, dans certaines zones des quartiers où l’eau a été pompée, l’eau est de retour, due aux limitations de capacité du système de drainage des eaux de surface.

La plupart des travailleurs sociaux ont signalé un impact direct du cyclone sur la sécurité alimentaire des personnes touchées, avec plusieurs districts notifiant qu’il y avait moins de nourriture disponible au sein des familles touchées et que les ménages ont dû recourir à des mécanismes négatifs d’adaptation en achetant des aliments moins chers, en empruntant des aliments et en limitant le nombre de repas journaliers.

Les installations sanitaires ont été significativement inondées et endommagées en raison du Cyclone. Des preuves de contamination fécale sont visible dans plusieurs districts et par conséquent, il y a un risque accru de maladies d’origine hydrique. Une augmentation des maladies diarrhéiques a été signalée dans deux districts.

Dans le camp de personnes déplacés de Damerjog, situé à 13 km de la ville de Djibouti, les 4 500-personnes qui y vivent ont été également touchés par le cyclone. Il y a des préoccupations particulières pour 43 familles vulnérables avec des orphelins et des enfants ayant des besoins spéciaux. Les conclusions de l’évaluation de terrain indiquent que des tentes et autres installations ont été endommagées pendant la pluie. Ce groupe a un accès l’aux possibilités d’emploi limité, et ceci à son tour augmente les risques d’insécurité alimentaire. L’accès aux services de santé et à l’eau, déjà limite avant les pluies du 20 Mai, a été affecté par le cyclone. Les points de collecte d’eau sont insuffisants pour la taille de la population. Des services d’assainissement a également été citée comme un souci par la population.

Les villages de réfugiés dans la province d’Ali Sabieh ont aussi été affectées dans une certaine mesure. La route entre Ali Sabieh ville et le site de Holl-Holl ainsi que quelques tentes et des installations sanitaires ont été endommagées.