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Voix d’exil: Réalités du quotidien et perspectives d’avenir de réfugiés congolais et burundais de la Région des Grands Lacs

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Résumé

Cette étude a pour objectif d’apporter un nouvel éclairage sur la manière dont les réfugiés congolais et burundais vivent au quotidien leur exil dans la région des Grands Lacs, et comprennent et perçoivent les options qui s’offrent à eux dans ce cadre. La recherche s’inscrit dans la continuité de travaux de recherche entamés en 2010 dans le cadre du partenariat entre le Conseil Danois pour les Réfugiés et les organisations de la société civile congolaises et burundaises Action pour le Développement et la Paix Endogènes (ADEPAE), Rema Ministries et Solidarité des Volontaires pour l’Humanité (SVH). À travers le recueil de témoignages de réfugiés congolais et burundais dans sept sites géographiques au Burundi, en RDC et en Tanzanie, l’objectif principal de l’étude est d’intégrer la position des bénéficiaires dans le processus de traitement des problèmes et dans la recherche de solutions par les responsables politiques et les décideurs au niveau national et régional. Un second objectif est d’apporter une perspective régionale aux problématiques du déplacement, de l’exil et du retour, et de mettre en évidence les limites des options politiques prévues par les cadres normatifs actuels, à savoir : le droit à un retour volontaire dans le pays d’origine, la possibilité d’une intégration locale dans le pays d’accueil, ou l’option d’une réinstallation dans un pays tiers.

La grande majorité des réfugiés congolais et burundais en exil en Tanzanie, au Burundi et en RDC ont été contraints de fuir à la suite de guerres et de violences liées à l’histoire socio-politique de leur pays. En 1972, 1988 et 1993, des centaines de milliers de Burundais ont fui par vagues les crises politiques et les massacres provoqués par une compétition sanglante pour le pouvoir entre les communautés Hutu et Tutsi. En RDC, c’est à partir de 1996-97 que d’importantes vagues de départ ont eu lieu. Celles-ci se sont poursuivies lors de la seconde guerre congolaise (1998-2003) et continuent aujourd’hui dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu suite aux affrontements répétés entre des groupes rebelles et l’armée régulière. Ces conflits touchent tous les citoyens, sans exception, quel que soit leur statut social. Toutefois, si toutes les victimes des guerres, et particulièrement les réfugiés, sont liées par ce même destin commun, le caractère personnel de l’exil fait qu’il est ressenti de manière fondamentalement différente par chaque individu. Les entretiens menés avec ces réfugiés révèlent le caractère particulier, idiosyncrasique de chaque parcours : la situation socio-économique et géographique avant l’exil, l’appartenance communautaire, le contexte du départ, la connaissance du lieu d’arrivée et de la langue locale, l’étendue des réseaux sociaux et d’entraide, et la recomposition familiale et identitaire en exil, sont autant de facteurs qui rendent unique le parcours de chaque réfugié.

Les conditions du départ ont une influence décisive sur la façon dont est vécu le déplacement et sur la capacité du réfugié à surmonter les obstacles de l’exil. Les départs et les trajectoires parcourues ont souvent été violents et traumatisants, même si la violence a été vécue à des degrés très divers. Tous les réfugiés rencontrés rapportent avoir été les témoins directs ou indirects d’actes de violence perpétrés par des groupes armés ou des civils au moment où ils fuyaient la guerre dans leur pays d’origine, et en ont gardé des souvenirs particulièrement douloureux. Quelques-uns ont été les victimes directes de ces violences et souffrent aujourd’hui encore de leurs conséquences physiques. D’autres auront été poussés à fuir par la simple peur de devenir à leur tour des victimes – une peur si grande qu’elle compromet encore toute possibilité d’envisager un jour un retour au pays.

(Extrait)