DR Congo + 3 more

Éviter les guerres par procuration dans l’est de la RDC et les Grands Lacs

Source
Published
Origin
View original

Attachments

Trois Etats de la région des Grands Lacs – Burundi, Rwanda et Ouganda – s’accusent mutuellement de subversion, chacun reprochant à l’autre de soutenir des rebelles en République démocratique du Congo, leur voisin commun. Les puissances extérieures devraient aider le président congolais à dénouer ces tensions pour éviter une mêlée meurtrière.

Que se passe-t-il ? Les tensions s'intensifient dans la région des Grands Lacs africains entre le Burundi, le Rwanda et l'Ouganda, qui soutiendraient tous des insurgés basés dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC). Parallèlement, le président congolais Félix Tshisekedi envisage d'inviter ces pays en RDC pour combattre les groupes auxquels ils s'opposent respectivement.

En quoi est-ce significatif ? Compte tenu de leur animosité croissante, ces trois pays, s'ils sont invités en RDC, pourraient intensifier leur soutien à des milices alliées tout en ciblant des ennemis. Historiquement, les voisins de la RDC se sont servis des milices qui y opèrent pour s'attaquer mutuellement. Un nouveau conflit par procuration pourrait déstabiliser davantage la RDC, et même provoquer une véritable crise de sécurité dans la région.

Comment agir ? Au lieu d'impliquer ses voisins dans des opérations militaires, Tshisekedi devrait renforcer ses efforts diplomatiques pour apaiser les frictions régionales, en s'appuyant sur une récente initiative conjointe de la RDC et de l'Angola et sur le soutien des Nations unies, des Etats-Unis, du Royaume-Uni et de la France.

I.Synthèse

L’intensification de l’hostilité entre les Etats des Grands Lacs risque de provoquer une reprise des guerres régionales qui ont déchiré cette région au cours des décennies précédentes. Le président du Rwanda, Paul Kagame, accuse le Burundi et l’Ouganda de soutenir les rebelles rwandais actifs dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu de la République démocratique du Congo (RDC), et menace de répondre aux attaques menées par ces groupes contre son pays. De leur côté, le Burundi et l’Ouganda affir-ment que le Rwanda soutient les rebelles burundais et ougandais en RDC. Au même moment, le nouveau président de la RDC, Félix Tshisekedi, a fait part de son intention d’inviter le Burundi, le Rwanda et l’Ouganda à mener des opérations militaires con-jointes avec les troupes de la RDC contre les insurgés qui ont trouvé refuge dans son pays, une politique qui risque d’alimenter les conflits par factions interposées. Tshisekedi devrait plutôt privilégier la voie diplomatique qu’il a également lancée, avec le président angolais João Lourenço, pour apaiser les tensions entre ses voisins. Les Nations unies et les gouvernements occidentaux, en particulier ceux des États-Unis et du Royaume-Uni, devraient appuyer ses efforts.

Les tensions entre le Rwanda et ses deux voisins, le Burundi et l’Ouganda se sont aggravées au cours des deux dernières années. En novembre 2019, Kagame a ouvertement menacé d’exercer des représailles contre ses voisins après un raid mené en octobre 2019 au Rwanda par une milice basée au Nord-Kivu qui, selon lui, est soutenue par le Burundi et l’Ouganda. De son côté, le Burundi affirme que le Rwanda soutient les rebelles burundais, basés au Sud-Kivu, qui seraient à l’origine des récentes attaques au Burundi. Les gouvernements burundais et rwandais ont déployé des troupes sur leur frontière commune. La rivalité de longue date entre Kagame et son homologue ougandais, Yoweri Museveni, s’est également aggravée, ce dernier accusant le premier de soutenir les insurgés basés en RDC contre Kampala. Les deux dirigeants ont retiré de leurs forces de sécurité des responsables perçus comme étant trop étroitement liés à leur adversaire ; le Rwanda a fermé son principal point de passage frontalier avec l’Ouganda ; et l’Ouganda a déployé des troupes à la frontière de la RDC. La méfiance croissante entre les voisins de la RDC comporte de graves risques pour le pays, étant donné la façon dont leurs rivalités s’y sont affrontées par le passé.

Félix Tshisekedi, en poste depuis à peine un an, a mis l'accent sur la diplomatie pour apaiser les tensions. Avec Lourenço, il a facilité des discussions en juillet 2019 entre les présidents rwandais et ougandais à Luanda. Tshisekedi a également cherché à améliorer les relations de la RDC avec le Rwanda. Cependant, il a parallèlement mis en œuvre un plan selon lequel le Burundi, le Rwanda et l'Ouganda mèneraient des opérations militaires, sous l'autorité de l'armée de la RDC, contre les insurgés qui ont trouvé refuge dans son pays. Cette politique risque d'attiser des conflits entre factions interposées en RDC. Le président congolais devrait plutôt relancer la voie diplomatique, en sollicitant le Burundi ainsi que le Rwanda et l'Ouganda. Il devrait inviter l'envoyé spécial de l'ONU pour les Grands Lacs à superviser des pourparlers tripartites en vue d'apaiser les hostilités. L'envoyé de l'ONU devrait encourager les représentants burundais, rwandais et ougandais à partager des preuves du soutien de leurs rivaux aux insurgés en RDC, en vue de la rédaction d'une feuille de route prévoyant le retrait de ces soutiens. Les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France devraient utiliser leur influence de longue date dans la région des Grands Lacs pour encourager une désescalade.

*Notre ligne du temps interractive présente une chronologie des conflits majeurs dans la région des Grands lacs entre 1998 et 2020. *